I. Sap. X
Le Vendredi de la Sexagésime. 2i3
amour pour cette autre Arche, dont la première ne fut que la figure, et qui, depuis dix-iieur siècles, nous sauve et nous conduit à Dieu; pour cette Eglise sainte, Epouse du Fils de Dieu, hors de laquelle il n'y a pas de salut, et au sein de laquelle nous trouvons la vérité qui délivre de l'erreur et du doute ^ la grâce qui purifie les cœurs, l'aliment qui les nourrit et les prépare pour l'immortalité!
Arche sacrée, vous êtes habitée, non plus par une seule famille, mais par des membres de toutes les nations qui sont sous le ciel. Vous voguez sur les tempêtes depuis le jour où le pilote vous lança sur la mer de ce monde, et jamais vous n'avez sombré ; et nous savons que vous aborderez à l'éternité, sans que jamais aucun naufrage vienne accuser la prévoyance de celui qui'vous aime et pour vous-même et pour le dépôt que vous lui gardez. C'est par vous qu'il repeuple ce monde, qu'il n'a créé que pour ses élus - ; « quand il est irrité contre les hommes, il se ressouvient de sa miséricorde ^ », à cause de vous ; car c'est en vous qu'il a fait alliance avec notre race.
Asile de sécurité, gardez-nous au milieu de l'affreux déluge. Au jour où l'Empire profane qui s'était enivré du sang des Martyrs ^ disparaissait sous l'invasion des barbares, la génération chrétienne était en sûreté, à l'ombre de vos flancs maternels. Le torrent qui inondait tout s'écoula peu à peu ; et la génération qui s'était confiée à vous, vaincue
I. JOHAN. VIII, 32. — 2. MaTTH. XXIV, 22. —3. Ha- BAC. III. 2. — 4. Apoc. XVII. 6.
2 T4 Le Temps de la Septuagésime.
selon la chair, devint bientôt victorieuse par l'esprit. Le Sicambre s'humilia devant son esclave, et des peuples nouveaux, ayant pour
Eremière loi l'Evangile, commencèrent leurs riilantes destinées sur la terre même qu'avaient corrompue et que n'avaient pu défendre les Césars.
Lorsque l'inondation sarrasine vint à son tour submerger tant de contrées orientales, menaçant même l'Europe qu'elle eût envahie tout entière, si la vigueur des fils que vous aviez sauvés n'eût refoulé ces hordes barbares, n'est-ce pas dans votre sein, Arche tutélaire, que se sont réfugiés les restes des chrétiens qui, au milieu des scandales et de l'abrutissement dans lesquels le schisme et l'hérésie ont plongé le plus grand nombre de leurs frères, conservent fidèlement le feu sacré ? Sous l'abri que vous leur avez ménagé, ils forment la chaîne non interrompue des témoins de la vérité dans ces régions, jusqu'à ce que le retour de la miséricorde céleste amène des temps meilleurs, et qu'il soit donné à ces nouveaux Sem de se multiplier encore sur cette terre jadis si féconde en fruits de gloire et de sainteté.
Et nous, ô Eglise, avec quel bonheur nous nous sentons portés par vous, et par vous garantis contre les vagues de 1 océan de ï'anarchie qui monte toujours, et que nos péchés ont déchaîné. Nous supplions le Seigneur, afin qu'il dise à cette mer furieuse : « Tu ne viendras que jusqu'ici, et tu briseras « là l'orgueil de tes flots i »; mais si la divine