‹ L'Année liturgique (volume 3)Chapitre 86 sur 123 · L'APRES-MIDI · texte numérisé non relu

L'APRES-MIDI

J A journée s'avance dans son cours , et *-' Jésus ne s'est pas montré encore à ses disciples. Les saintes femmes sont tout entières à la joie et à la reconnaissance que leur inspire la faveur dont elles ont été l'objet. Elles ont rendu leur témoignage aux Apôtres : ce ne sont plus seulement des Anges qui leur ont apparu ; Jésus lui-même s'est montré; il a daigné leur parler; elles ont embrassé ses pieds sacrés; elles sont fermes dans leurs affirmations ; néanmoins

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elles ne parviennent pas à vaincre le découragement de ces hommes que les scènes de la'Passion de leur maître ont profondement abattus. Quelque récit qu'ils entendent, ils sont tristes comme des gens qui ont éprouvé une cruelle déception, do. sont eux cependant que Ton verra bientôt allronter les supplices et la mort, en témoignage de la résurrection de ce maître dont le souvenir est en ce moment pour eux comme une humiliation. Nous pouvons nous faire l'idée des impressions auxquelles ils sont en proie, en écoutant la conversation de deux hommes qui ont passé avec eux une partie du jc^ir, et qui eux-mêmes avaient des relations avec Jésus. Ce soir môme, sur le chemin d'Em- j maûs, ils exprimeront ainsi l'état de leur âme déçue : « Nous avions espéré en lui comme en celui qui devait racheter Israël; ^ et voilà déjà trois jours que la catastrophe a ; eu lieu. Il y a bien eu quelques femmes qui J sont des nôtres, et qui, étant allées au tom- j beau avant le jour, nous ont causé par leurs | récits une certaine émotion. N'ayant pas î trouvé son corps, elles sont revenues disant \ avoir vu des Anges qui leur auraient f raconté qu'il vit niaintenant. Quelques-uns \ d'entre nous sont allés au tombeau, et ils j ont constaté ce que les femmes avaient dit ; i mais lui, ils ne l'ont pas trouvé. » Chose étonnante! l'annonce de sa résurrection que, j tant de fois, Jésus avait faite devant eux. ; môme en présence des Juifs, ne leur revenait ; pas en mémoire : tant le spectacle et le sou- ; venir de la mort étouffent, chez les hommes . charnels, le sentiment de cette nouvelle nais

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sance que notre corps doit puiser au sein du tombeau !

11 faut cependant que Jésus ressuscité se manifeste à ceux qui doivent porter jusqu'aux extrémités du monde le témoignage de sa divinité. Jusqu'à cette heure, il n'a apparu encore que pour satisfaire sa tendresse filiale pour sa mère, et son intinie bonté envers les âmes qui avaient répondu, selon leur pouvoir, à ses bienfaits. Le moment semble venu pour lui de songer à sa gloire ; du moins serions-nous portés à le penser. Attendons encore cependant, Jésus a vouIh d'abord récompenser l'amour ; mais, avant de proclamer son triomphe, il éprouve le besoin de signaler sa générosité. Le collège apostolique, dont tous les membres ont fui au moment du péril, a vu son chef s'oublier jusqu'à renier, à la parole d'une servante, le maître qui l'avait comblé d'honneurs ; mais depuis le regard de reproche et de pardon que lui a lancé Jésus chez le Grand-Prêtre, Pierre n'a cessé de déplorer sa lâcheté avec les larmes les plus amères. Jésus veut, avant tout, consoler l'humble pénitent, l'assurer de vive voix qu'il lui pardonne, et confirmer de nouveau, par cette marque de prédilection divine, les sublimes prérogatives qu'il lui a conférées naguère devant tous les autres. Pierre doute 'encore delà résurrection; il ne s'est pas rendu au témoignage de Madeleine; mais il ne tardera pas à "reconnaître le divin ressuscité dans la personne de ce maître offensé, qui s'apprête à se montrer à lui sous les traits d'un ami qui pardonne.

Déjà, dès ce matin, par le commandement

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d'un maître si généreux, l'Ange a dit aux i

femmes: « Allez, et dites à ses disciples et à \

Pierre qu'il vous précédera en Galilée, » \

Pourquoi Pierre est-il nommé ici par son t

nom, si ce n'est atin qu'il sache que, s'il a eu l

le malheur de renier Jésus, Jésus ne l'a pas j

renié? Pourquoi n'est-il pas nommé, cette !

fois, à la tète des autres, si ce n'est a(in de lui \

épargner l'humiliation qu'offrirait le con- \ trast'c de sa haute dignité avec la faiblesse indigne qu'il a commise? Mais cette mention spéciale indique aussi qu'il n'a cessé d'être

présent au cœur de son maître, et que bientôt ■ il sera à portée d'expier par ses regrets, par

son amende honorable aux pieds de ce mai- S

tre si glorieux et si rempli de bonté, le mal- \

heur qu'il a eu de lui être inhdèle. Pierre est i|

lent à croire ; mais son repentir est sincère ■ et mérite récompense.

Tout à coup, à l'une des heures de cette après-midi, l'Apôtre voit paraître devant lui

ce même Jésus cju'il vit, il y a trois^ jours, ;

garrotté et traîne par les valets de (>aïphe, ■

et dont il craignit d'avoir à partager le sort. »

Mais ce Jésus,"alors si humilié, l^rillc main- \

tenant de toutes les splendeurs de sa résur- i

rection : c'est un vainqueur, un Messie glo- \

rieux; mais ce qui rayonne le plus vivement I

aux yeux de l'Apôtre, c'est l'ineffable bonté \

de ce divin Roi, qui rassure le pécheur plus \

encore que son éclat ne l'éblouit. Qui oserait |

essayer de rendre ce collocjue entre le cou- \

pabfc et le divin offense; les regrets de | l'Apôtre, qu'une telle générosité couvre de la plus profonde confusion ; l'assurance du pardon descendant de cette bouche sacrée et

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remplissant de la joie pascale ce cœur si abattu ? Soyez béni, ô Jésus, qui avez relevé de son abaissement celui que vous nous laisserez pour Chef et pour Père, lorsque vous remonterez au ciel pour n'en plus redescendre qu'à la fin des temps.

Après avoir rendu hommage à cette infinie miséricorde qui réside dans le Cœur de notre Sauveur ressuscité, avec non moins de puissance et d'expansion qu'il la daigna manifester dans les jours de sa vie "mortelle, admirons la sublime sagesse avec laquelle il continue d'accomplir en saint Pierre le mystère de l'unité de l'Eglise, mystère qui doit résider en cet Apôtre et dans ses successeurs. Jésus lui a dit en présence des autres, à la dernière Cène : « J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas : lorsque tu seras converti, tu confirmeras tes frères. » Le moment est venu d'établir en Pierre cette foi qui ne doit jamais manquer : Jésus la lui donne à l'heure même. C'est lui qu'il instruit d'abord par lui-même, afin de poser le fondement. Bientôt il va se montrer aux autres Apôtres; mais Pierre y sera présent avec ses frères; en sorte que si cet Apôtre obtient des faveurs auxquelles les autres ne participent pas, ceux-ci n'en reçoivent jamais qu'il n'y ait sa part. C'est à eux de croire sur la parole de Pierre, comme ils le firent; par le témoignage de Pierre, ils reçoivent la foi de la résurrecti'on et ils la proclament, ainsi que nous le verrons bientôt. Jésus ensuite leur apparaîtra à eux-mêmes; car il les aime, il les appelle ses frères, il les destine à prêcher sa gloire par toute la terre; mais il trouvera

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déjà établie en eux la foi de sa résurrection, parce qu'ils ont cru au témoignage de Pierre; et le témoignage de Pierre a' opéré en eux le mystère de^l'unité, qu'il opérera dans l'Eglise jusqu'au dernier jour du monde.

L'apparition de Jésus au Prince des Apôtres est appuyée sur l'Evangile de saint Eue et sur la première Epître cîe saint Paul aux Corinthiens, et elle est la quatrième de celles qui eurent lieu le jour de la résurrection.

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