‹ L'Année liturgique (volume 3)Chapitre 94 sur 123 · LE SOIR · texte numérisé non relu

LE SOIR

LE jour marque par le plus grand des prodiges s'avance rapidement vers son terme; et bientôt la nuit va descendre avec ses ombres. Quatre fois, dans le cours de cette journée, la plus solennelle qui se soit levée sur le monde depuis la création de la lumière, Jésus a daigné manifester sa résurrection. Il lui reste maintenant à se faire voir aux Apôtres rassemblés, et à les mettre en mesure de joindre leur expérience personnelle au témoignage qu'ils ont accepté de la bouche de Pieri-e. Mais telle est la condescendance de notre divin ressuscité envers ceux qui s'attachèrent à lui dans les jours de sa vie mortelle, que, laissant pour quelques moments encore ceux qu'il nomme ses frères et qui maintenant ne doutent plus de son triomphe, il songe d'abord à consoler deux cœurs qui sont affligés à son sujet, mais dont l'affliction n'a cependant d'autre cause que leur peu de foi.

Sur la route de Jérusalem à Emmaûs chc-

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minent lentement et tristement deux voyageurs. A leur extérieur abattu, on juge aisément qu'une cruelle déception les a atteints; qui sait même s'ils ne s'éloignent pas de la ville par un sentiment d'inquiétude ? Ils étaient disciples de Jésus, lorsqu'il vivait; mais la mort honteuse et violente de ce maître en. qui ils avaient cru leur a causé une désolation aussi amère que profonde. Humiliés d'avoir compromis leur honneur en suivant un homme qui n'était pas ce qu'ils avaient pensé, ils s'étaient tenus cachés durant les premières heures qui suivirent son supplice ; mais tout à coup on a parlé de sépulcre ouvert et forcé, de la disparition d'un corps enseveli. Les ennemis de Jésus sont puissants, et sans doute en ce moment ils informent contre les violateurs d'un tombeau dont la pierre était scellée du sceau de l'autorité publique. Il est à croire que l'enquête amènera devant leur tribunal ceux qui s'étaient attachés à la suite d'un Messie que la Synagogue a crucifié entre deux voleurs. Tel était sans doute le sujet du dialogue de nos deux voyageurs.

Mais voici qu'ils sont joints par un troisième, et ce troisième voyageur est Jésus luimême, La concentration de leurs pensées sur l'objet lugubre qui les occupe leur a enlevé la liberté de reconnaître ses traits ; ainsi, lorsque nous nous laissons aller à une douleur trop humaine, nous arrive-t-il de perdre de vue le divin compagnon qui vient se placer près de nous, pour cheminer avec nous et raffermir nos espérances. Jésus interroge ces deux hommes sur le sujet de leur tris-

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tesse ; ils le lui avouent avec simplicité ; et ce Roi de gloire, ce vainqueur de la mort en ce jour môme, daigne balbutier avec eux, et Icu'expliquer, chemin faisant, toute la série des divins oracles qui annonçaient les humiliations, la mort et le triomphe tinaldu Rédempteur d'Israël. Les deux voyageurs sont émus; ils sentent, comme ils l'avoucrent-plus tard, leur cœur brûler d'un feu inconnu, à mesure que cette voix, qu'ils ne savent pas reconnaître encore, fait retentir à leurs oreilles ces touchantes vérités qu'ils avaient jusqu'alors méconnues. Jésus feint de vouloir les quitter; ils le retiennent. « Oh ! restez avec nous, lui disent-ils ; le jour baisse, et vous accepterez notre hospitalité. » Ils introduisent leur maître inconnu dans la maison d'Emmaûs ; ils le font asseoir à table avec eux ; et, chose merveilleuse ! ils n'ont pas deviné encore quel est ce céleste docteur qui vient de résoudre leurs doutes avec tant de sagesse et d'éloquence. Tels sommes-nous nous-mêmes, lorsque nous laissons les pensées humaines dominer en nous ; Jésus est près de nous, il nous parle, il nous instruit, il nous console; et il nous faut souvent beaucoup de temps pour reconnaître que c'est Jésus.

Enfin le moment est venu où le maître de la lumière va se révéler à ces deux disciples si lents à croire. Ils l'ont invité à présider à leur table ; c'est à lui de rompre le pain. Il le prend entre ses mains sacrées, comme il fit à la Cène ; et à l'instant où il en opère la fraction pour le leur partager, soudain leurs yeux s'ouvrent, et ils ont 'reconnu Jésus luitnéme, Jésus ressuscité. Ils vont tomber à ses

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pieds ; mais à peine s'est-il dévoilé à leurs regards qu'il disparaît, les laissant en proie à la stupeur, mais en même temps inondés d'une joie qui dépasse tont ce qu'ils ont jamais goûté de bonheur dans toute leur vie. C'est ici'^la cinquième apparition du Sauveur dans la journée de Pâques. Saint Luc nous en donne le récit ; et elle sera le sujet de la lecture du saint Evangile à la Messe de demain.

Les deux disciples ne peuvent plus demeurer davantage à Emmaûs ; malgré l'heure avancée, ils" ne songent désormais qu'à rentrer au plus tôt dans Jérusalem. Il leur tarde d'annoncer aux Apôtres, dont ils ont partagé ce matin l'abattement, que leur maître est vivant, qu'ils lui ont parlé, qu'ils l'ont vu. Ils franchissent rapidement l'espace qui sépare le village où ils comptaient passer la nuit, de ja grande cité, dont, il y a peu d'instants, ils fuyaient les périls. Bientôt ils sont au milieu des Apôtres, auxquels il s'apprêtent à raconter leur bonheur; mais ils ont été prévenus ; la foi de la Résurrection est vivante dans le collège apostolique. Avant qu'ils aient ouvert la bouche, on leur dit tout d'une voix : « Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il a apparu à Pierre. » Les deux disciples racontent alors aux Apôtres qu'eux aussi ont été favorisés de l'entretien et de la vue de leur maître commun.

La conversation continuait entre ces hommes simples et droits, ces hommes si obscurs alors, et dont le monde entier devait plus tard connaître les noms immortels. Les portes de la maison étaient fermées cepen-

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dant ; car la petite troupe craignait une sur-

f)rise. Les gardes du tombeau avaient fait eur rapport aux princes des prêtres dans la matinée ; ceux-ci avaient cherché à les suborner, et leur avaient même donné de l'argent pour les engager à dire que, pendant leur sommeil, les disciples de Jésus étaient venus dérober le corps. Ce système déloyal des autorités juives pouvait amener quelque réaction populaire contre les Apôtres, et ceux-ci avaient jugé devoir prendre des précautions. A ce moment, ils se trouvaient dix rassemblés ; car Thomas, qui avait été présent au '; moment de l'entrée des disciples a'Iùiimatis, était sorti plus tard dans la ville, à la faveur des ténèbres.

Au moment où les Apôtres repassaient entre eux les émotions de cette mémorable journée, voici Jésus qui paraît devant eux, et les portes ne se sont pas ouvertes poiu- lui donner pas- 1 sage. C'est bien lui, ce sont bien ses traits ; f c'est sa voix pleine de bonté. « La paix soit | avec vous ! » leur dit-il avec tendrcssq,. Toute- \ fois ils demeurent interdits ; cette entrée | mystérieuse et inattendue les a bouleversés, j Ils ignorent encore les prérogatives d'un | corps glorieux ; et sans douter'^de la résur- \ rection de leur maître, ils ne savent s'ils ne f sont point en présence d'un fantôme. Jésus, ] qui, dans toute cette journée, semble avoir | plus souci de témoigner son amour aux siens 1 que de proclamer sa gloire, daigne leur don- | ner à toucher ses membres divins; il fait j plus, et pour leur prouver la réalité de son \ corps, il leur demande à manger et mange devant eux. Qui pourrait dire^'la joie dont

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leurs cœurs sont remplis à la vue de cette ineft'able familiarité, les larmes d attendrissement qui coulent de leurs yeux ? Avec quelle allégresse naïve ils disent à Thomas, lorsque cet Apôtre est de retour auprès d'eux : « Nous avons vu le Seigneur ! » Ainsi se passa la sixième apparition de Jésus ressuscité, en ce jour de Pâques. Elle nous est rapportée par saint Luc, dont la sainte Eglise nous donnera à lire le récit à la Messe de l'un des jours de l'Octave.

Soyez donc béni et glorifié, vainqueur de la mort, qui en ce seul jour avez daigné vous montrer aux hommes jusqu'à six fois^ pour satisfaire votre amour et pour appuyer notre foi en votre divine Résurrection, Soyez béni et gloritié d'aAoir consolé, par votre chère présence et vos douces caresses, le cœur si oppressé de votre Mère et la nôtre. Soyez béni et gloritié d'avoir calmé la désolation de la pauvre Madeleine par une seule parole de votre amour. Soyez béni et gloritié d'avoir essuyé en un moment les larmes des saintes femmes par votre vue soudaine, et de leur avoir donné à baiser vos pieds sacrés. Soyez béni et gloritié d'avoir donné à Pierre"^ de votre propre bouche l'assurance de son pardon, et d'avoir confirmé en lui les dons de la Primauté, en lui révélant, à lui avant tous, le dogme fondamental de notre foi. Soyez béni et gloritié d'avoir rassuré avec tarit de douceur le cœur chancelant des deux disciples, sur la route d'Emmaûs, et d'avoir mis le comble à cette faveur, en vous dévoilant à eux. Soyez béni et gloritié de n'avoir pas achevé ceue journée sans visiter

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vos Apôtres, et sans leur avoir donné de si touchantes preuves de votre adorable condescendance à leur faiblesse. Soyez entin béni et glorifié, ô Jésus, de ce que vous daignez aujourd'hui , par l'organe de votre sainte Eglise, nous faire entrer en participation, après tant de siècles, des joies si pures et si enivrantes que goûtèrent à pareil jour et Marie, votre mère, et Madeleine avec ses compagnes, et Pierre, et les disciples d'Emmaùs, et les Apôtres rassemblés. Rien ici n'est elVacc ; tout est vivant, tout est renouvelé; vous êtes le même, et notre Pâque aujourd'hui est aussi la même que celle qui vous vit sortir du tombeau. Tous les temps sont à vous; et le monde des âmes vit par vos mystères, comme le monde matériel se soutient par votre pouvoir, depuis le moment où, à pareil jour, il vous plut de commencer votre œuvre, en créant la lumière visible qui doit éclairer ce monde, jusqu'à ce qu'elle pâlisse et s'efface devant l'éternelle clarté que vous nous avez conquise aujourd'hui.

Célébrons en ce jour le premier des six jours de la création, celui qui vit la lumière sortir des ténèbres à l'appel souverain du Verbe de Dieu. Il est la lumière incréée du Père, et il a débuté dans son œuvre en produisant du néant cette image matérielle de sa propre splendeur; et il a voulu que les justes fussent appelés enfants de la lumière, et les pécheurs enfants des ténèbres. Lorsqu'il s'est montré aux hommes dans la chair, il leur a dit : « Je suis la Lumière du monde :

Le Saint Jow de P

a que s.

celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres; mais il aura la lumière de vie. » (JoHAN. VIII, 12.) Enfin, pour montrer la parfaite harmonie et le lien sacré de l'ordre de nature et de l'ordre de grâce, il s'est élancé des ombres du tombeau le'jour même où il lit sortir du chaos la lumière visible qui nous éclaire, et qui est pour nous le premier des biens dans l'ordre matériel.

L'Eglise Gothique d'Espagne exprimait la reconnaissance de l'humanité régénérée pour le double bienfait qui se rattache à ce grand jour, dans cette belle prière que nous empruntons à son Bréviaire.

CAPITlLA.

Dieu, à qui nous devons ce jour , le premier de tous , dans lequel vous avez voulu manifester à tous les êtres créés la lumière visible et celui qui est la forme de l'invisible lumière, faisant jaillir dans un même jour le flambeau qui éclaire le monde, et la splendeur divine qui illumine les âmes ; vous qui par un calcul céleste avez joint ensemble le dimanche, j premier jour de votre laj beur, et le moment de la ré- ( surrection, afin que le même mystère ouvrît et terminât la solennité pascale : jetez un regard , dans ce temps favorable et dans ces jours de salut, sur vos serviteurs que vous avez rachetés ,

r^EUS. cujus unum hune *~^ ex omnibus diximus diem, in quo creatis rébus omnibus voluisti esse et prœsentis lucis indicem, et asterni luminis testem. u: in eo exsurgeret illuminatio temporum. atque resurgeret illuminatio animarum :

quique Dominicse et operationis primus, et resurrectionis idoneus revolutus in circulo, et redactus in calcule, Paschalis solemnitatis inciperet mysterium , et concluderet sacramentam ; respice in hoc tempore acceptabili , et in hac die salutis super serves tuos, Domine, quos redemisti de captivitate

Le Saint Jour de Pâques.

nequitiœ spirituali trophaîo Dominicœ passionis : quos Agni tui sanguine tinctos, ne vastator lœderet , libcrasii ; esto nobis prœvius in solitudine vitn? hujus , quo et in die calorcm tcntctionis nostrae quasi nubes protegcns obumbres, et in nocte a tenebris pcccatorum nos quasi columna ignis inlumines : ut, dum ades ad salutcm, perducas ad requiem.

Seigneur, de la captivité des esprits de malice par le trophée de Id passion de votre Fils ; que vous avez délivrés CT les couvrant du sang de votre Agneau, afin qu'ils ne fussent pas atteints du glaive exterminateur. Dans le désert de cette vie, daignez marcher devant nous, comme un nuage qui nous couvre de son ombre durnnt le jour, et tempère l'ardeur de nos tentations ; comme une colonne de feu qui, durant la nuit , nous préserve par sa lumière des ténèbres du péché : ainsi vous serez notre Sauveur par votre présence, et vous nous conduirez au lieu de notre repos.

II serait beau d'entendre retentir, à la fin de cette journée, le concert des voix de toutes les Eglises dans leurs Liturgies, à la louange du^ divin Epoux ressuscite; mais déjà nous avons dépassé, dans ce commentaire des saints Olfices de Pâques, les limites auxquelles nous avons coutume de nous arrêter dans les autres solennités. Nous réserverons d(mc pour les jours de l'Octave ces richesses liturgiques; et nous nous bornerons à insérer ici qiiclqucs-unes des strophes que l'Eglise grecque emploie à célébrer la Résurrection, dans son Office du matin au jour de Pâques.

Le Saint Jour de Pâques.

IN DOMINICA RESURRECTIONIS.

C'est le jour de la Résurrection ! Peuples , rayonnons de joie. C'est la Paque du Seigneur, le Passage : le Christ-Dieu nous a tait passer de la mort à la vie , de la terre au ciel :

chantons un cantique de triomphe.

Purifions nos sens , et nous verrons le Christ tout brillant de l'ineffable lumière de sa résurrection ; nous l'entendrons aussi nous dire : « Je vous salue ! n Chantons un cantique de triomphe.

Cieux, soyez dans la joie ; terre , glorifie-toi ; monde visible et invisible, célèbre la fête solennelle ; le Christ est ressuscité, joie éternelle.

Yemz boire le breuvage nouveau qui nous fortifie; il n'a point jailli par un prodige de la roche aride du désert; il coule du sépulcre du Christ, comme la fontaine de l'immortalité.

L'univers tout entier est inondé de lumière, le ciel, la terre et le monde inférieur ; que toute créature célèbre avec empressement la résurrection du Christ ; car c'est elle qui donne la consistance à tous les êtres.

Hier, 6 Christ, j'étais en-

DIES est Resurrectionis : splendescamus populi. Pascha Domini, Pascha : etenim ex morte ad vitam, atque ex terra ad cœlum Christus Deusdeduxit nos, triumphale Carmen canentes.

Sensus emundemus , et Christum inaccesso lumine resurrectionisfulgentem videbimus , et Salvete dicentem perspicue audiemus, triumphale Carmen canentes.

Cœli digne laîtentur, terraque glorieîur : festum solemniter agat niundus. visibilis totus et invisibilis; surrexit enim Christus, lœtitia asterna.

Venite, potum in que corroboramur bibamus novum, non ex infœcunda rupe mirabiliter eductum ; et immortalitatis fontem ex Christi sepulcro manantem.

Omnia lumine nuncrspleta sunt, cœlum, terra et inferi ; solemniter igitur agat omnis creatura Christi resurrectionem in qua firmatur.

Heri tecum, Christa,

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sepeliebar; hodie tecum résurgente surgo : heri crucifigebar tacum ; tu me conglorifica, Salvator, in regno tuo.

Deiparens David coram adumbrante arcn subsiliebat saltans ; nos vero, populus Dei sanctificatus, figurariim c\ïtiim videntes in afflatu divine gaudcamus, quia surrexit Christus tamquam omnipotens.

Valde mane eamus. et pro myrrha Iiymnum oFferamus Domino ; et Christum videbimus, jiistiticB solein, vitam cunctis renascentem.

Infinitam misericordiam tuam adspicientes iili qiios alligabant inferni vincuia, ad lucem laeto pede properarunt.

Christe, Paschati plaudentcs a-terno.

Adeamus lampadarii ad Christum, ex sépulcre progredientcm tani- ?|uam sponsum ; et in estivis agminibus Pascha Dei salutare concelebremus.

seveli avec toi ; aujourd'hui avec toi je ressuscite : hier, j'étais avec toi attaché à la croix; fais-moi part de ta gloire, ô Sauveur, dans ton rovaume.

David, l'ancêtre de Dieu, dansait avec transport devant l'arche figurative ; nous , peuple sanctifié de Dieu , qui voyons l'accomplissement des figures, réjouissons-nous, animés d'un souffle divin; car le Christ est ressuscité, et il a montré qu'il est le Tout-Puissant.

Allons dés le point du jour ; pour myrrhe offrons un hymne au Seigneur, et nous verrons le Christ,, soleil de justice, qui répand à son lever la vie sur tous les êtres.

Ils contemplèrent ton infinie miséricorde, ceux que leurs liens retenaient dans la région des Limbes ; d'un pied joyeux ils s'élancèrent à la lumière; ils applaudissaient à la Pàque éternelle, ô Christ !

Allons avec nos lampes au-devant du Christ qui sort du tombeau comme un époux ; et que nos groupes joyeux célèbrent la Piique par laquelle un Dieu nous sauve.

jNDI uti PAC^UES.

f^'zsT le jour que le Sei- "■ gneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.

.EC dies quam fecit ominus : exsultemus et lœtemur in ea.

H "^Dc

est si vaste et si profond, que nous n'aurons pas trop des sept jours de cette semaine pour le méditer et l'approfondir. Dans la journée d'hier, nous n'avons fait autre chose que contempler notre Rédempteur sortant du tombeau, et se manifestant aux siens jusqu'à six fois, dans sa bonté et dans sa puissance. Nous continuerons à lui rendre les hommages d'adoration, de reconnaissance et d'amour auxquels il a droit pour ce triomphe qui est le nôtre en même temps que le sien; mais il nous faut aussi pénétrer respectueusement l'ensemble merveilleux de doctrine et de faits dont la Résurrection de notre divin libérateur est le centre glorieux, atin que la lumière céleste

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nous illumine de plus en plus, et que notre joie croisse toujours.

Qu'est-ce donc d'abord que le mystère de la Pâque ? La Bible nous répond que la Pâque est l'immolation de l'Agneau. Pour comprendre la Pâque, il faut avoir compris le mystère de l'Agneail. Dès les premiers siècles du christianisme, sur les mosaïques et sur les peintures murales des Basiliques, on représentait l'ai^ncau comme le symbole qui réunissait l'idée du sacrifice du Christ et celle de sa victoire. Par sa pose pleine de douceur, l'Agneau exprimait le dévouement qui l'a porté à donner son sang pour l'homme; mais il était peint debout sur une colline verdoyante, et les quatre fleuves du paradis sortaient à son commandement de dessous ses pieds, figurant les quatre Evangiles qui ont porté sa gloire aux quatre points du monde. Plus tard, on le peignit armé d'une croix de laquelle pendait "une banderole triomphale : c'est la forme symbolique sous laquelle nous le révérons dans nos temps.

Depuis le péché, l'homme ne pouvait plus se passer de l'Agneau; sans l'Agneau, il se voyait déshérité pour jamais du ciel, et en ; butte éternellement au divin courroux. Aux premiers jours du monde, le juste Abcl sollicitait la clémence du Créateur irrité, en immolant sur un autel de gazon le plus bel agneau de son troupeau , jusqu'à ce que , \ agneau lui-même, il tombât sous les coups d\in fratricide, devenant ainsi le type vivant de notre Agneau, que ses frères aussi ont mis à mort. Dans la suite, Abraham, sur la montagne, consomma le sacrifice commencé ,

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par son héroïque obéissance, en immolant le Bélier dont la tète était entourée d'épines, et dont le sang arrosa l'autel dressé pour Isaac. Plus tard, Dieu parla à Moïse; il lui révéla la Pàque ; et cette Pàque consistait d'abord dans un agneau immolé et dans le festin de la chair de cet agneau. La sainte Eglise nous a donné à lire, ces derniers jours, dans le livre de l'Exode, le commandement du Seigneur à ce sujet. L'agneau pascal devait être sans aucune tache; on devait répandre son sang et se nourrir de sa chair : telle est la première Pàque. Elle est pleine de tîgures, mais vide de réalités : cependant elle dut suffire au peuple de Dieu durant quinze siècles; mais le Juif spirituel savait y reconnaître les traits mystérieux d'un autre Agneau.

A l'époque des grands Prophètes, Isaïe implora, dans ses vers inspirés, l'accomplissement de la promesse divine faite au commencement du monde. Nous avons répété ses sublimes élans, nous nous sommes unis à ses vœux, lorsque la sainte Eglise, au temps de l'Avent , nous mettait sous les yeux les magnifiques oracles de cet envoyé de Dieu. Avec quelle ardeur nous disions avec lui : « Envoyez-nous, Seigneur, l'Agneau qui doit dominer sur la terre! » Ce Messie tant attendu, c'était donc l'Agneau; quelle Pàque, disions-nous, que celle où un tel Agneau sera immolé ! quel festin que celui où il sera servi aux convives!

Lorsque la plénitude des temps fut arrivée, et que Dieu eut envoyé son Fils sur la terre, ce Verbe incarné qui ne s'était pas encore

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manifesté aux hommes, marchait au bord du Jourdain, lorsque tout à coup Jean-Baptiste le montra à ses disciples, en leur disant : « Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde. » Le saint Précurseur, à ce moment, annonçait la Pàque ; car il avertissait les hommes qu'enfin la terre possédait l'Agneau véritable, l'Agneau de Dieu, attendu depuis quatre mille ans. Il était venu, cet Agneau plus pur que celui qui fut choisi de la main d'Abcl, plus mystérieux que celui qu'Abraham trouva sur la montagne, plus exempt de taches que celui qu'offrirent en Egypte les Israélites. C'est véritablement r'Agneau imploré avec tant d'instance par Isaïe, un Agneau envoyé par Dieu lui-même, en un mot, l'Agneau de Dieu. Encore un peu de temps, et il sera imiuolé. 11 y a trois jours, nous avons assisté à son sacrifice ; nous avons vu sa patience, sa douceur sous le couteau qui regorgeait, et nous avons été arrosés de son sang clivin qui a lavé tous nos péchés.

L'effusion de ce sang rédempteur était nécessaire à notre Pàque; il fallait que nous en fussions marqués, pour échapper au glaive de l'Ange; en même temps, ce sang nous communiquait la pureté de celui cjui nous le donnait si libéralement. Nos néophytes sortaient de la fontaine dans laquelle il a mêlé sa vertu, plus blancs que la neige; les pécheurs même qui avaient eu le malheur de perdre la grâce qu'ils puisèrent autrefois dans le bain sacré, ont retrouvé, par l'inépuisable énergie du sang divin, leur intégrité première. Toute l'assemblée des fidèles a revêtu la robe nuptiale ; et cette robe est

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d'un éclat éblouissant; car c'est « dans le sang même de l'Agneau qu'elle a été blanchie. » {Apoc. VII, 14.)

Or c'est pour un festin que cette robe a été préparée, et à ce festin nous retrouvons encore notre Agneau. C'est lui qui se donne en nourriture a ses heureux conviés; et le festin, c'est la Pàque. Le grand Apôtre André l'exprima d'une mamère sublime devant le gouverneur Egée, quand il confessa Jésus-Christ en présence de ce païen : « La chair de l'Agneau sans tache, lui dit-il, sert de nourriture, son sang sert de breuvage au peuple qui a foi dans le Christ; et bien qu'immolé, cet Agneau est toujours entier et vivant. » Hier, par toate la terre, ce festin a eu lieu; il se continue encore en ces jours, et nous y contractons une étroite union avec l'Agneau qui s'incorpore à nous par ce divin mets.

Mais ce n'est pas tout sur l'Agneau. Isaïe demandait à Dieu de nous envoyer l'Agneau qui doit dominer sur la terre ;'il ne vient donc pas seulement pour être immolé, pour nous nourrir de sa chair sacrée, cet Agneau ; il vient donc pour commander, pour être Roi } Oui, il en est ainsi; et c'est là encore notre Pàque. Pâques est la proclamation du règne de l'Agneau. C'est le cri des élus dans le ciel : « Il a vaincu, le Lion de la tribu de Juda, le rejeton de David! » {Apoc. v, 5.) Mais s'il est Lion, comment est-il Agneau ? Entendons le mystère. Dans son amour pour l'homme qui avait besoin d'être racheté, d'être fortihé par une nourriture céleste, il a daigné se montrer Agneau; mais il fallait

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aussi qu'il triomphât de ses ennemis et des nôtres; il fallait qu'il régnât; car « toute puissance lui a ctc donnée au ciel et sur la I terre. » (Matth. xxviii, i8.)Dans son triom- { phe, dans sa force invincible, c'est un Lion auquel rien ne résiste, et dont les rugissements de victoire ébranlent aujourd'hui' l'univers. Ecoutez le grand diacre d'Edesse , saint Ephrcm : « A la douzième heure, on le j détacha de la croix comme un lion endormi 1.» Il dormait, notre Lion; « son repos, en effet, a été si court, dit saint Léon, qu'on dirait un sommeil plutôt qu'une mort 2. » Qu'était-ce donc alors, sinon l'ac- 1 complissement de l'oracle du vieux Jacob 5 sur son lit de mort, lorsque, annonçant deux î mille ans à l'avance les grandeurs de son I noble et divin rejeton, il disait dans un saint | enthousiasme : « Juda, c'est le jeune Lion; tu { t'es couché, mon iils, comme le lion ; tu t'es j étendu comme la lionne : qui le réveillera ? » ( {Gènes, xlix, q.) De lui-même il s'est réveillé \ aujourd'hui ; il s'est dressé sur ses pieds ; pour nous Agneau, Lion pour ses etinertiis ; unis- j sant désormais là force à la douceur. Ce A le { mystère complet de laPâque : un Agneau triomphant, obéi, adoré. Rendons-lui nos homma- s ces ; et en attendant que nous unissions nos voix dans le ciel à celles des millions d'Anges et j des vingt-quatre vieillards, répétons avec eux ' dès aujourd'hui sur la terre : « Il est digne, ! l'Agneau qui a été immolé, de recevoir la 1 puissance et la divinité, et la sagesse et la

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