Homil. V. de Resurreclionc
272 Le Lundi de Pâques.
£;oùt pour les saintes pompes de la Liturgie, l'intérêt qu'ils portaient aux nouvelles recrues qui réjouissaient l'Eglise en ces jours, qu'ils se prêtaient avec empressement à toutes les assiduités qui étaient exigées d'eux durant cette semaine. La joie de la Résurrection remplissait tous les cœurs et occupait tous les mstants. Les conciles publièrent des canons qui érigeaient en loi cette pieuse coutume. Celui" de Mâcon, en 585, formulait ainsi son décret : « Nous devons tous célébrer et fêter avec zèle notre Pâque, dans laquelle le souverain Prêtre et Pontife a été immolé pour nos péchés, et l'honorer par notre exactitude à garder les prescriptions qu'elle impose. Nul ne se permettra donc aucune œuvre servile durant ces six jours (qui suivaient le Dimanche) ; mais tous se reuniront pour chanter les hymnes de la Pâque, assistant avec assiduité aux sacrifices quotidiens, et se rassemblant pour louer notre créateur et régénérateur, le" soir, le matin et à midi 1. » Les conciles de Mayence (81 3) et de Meaux(845) établissent les mêmes prescriptions. Nous les retrouvons en Espagne, au vil" siècle, dans les édits des rois Recesvinthe et Wamba. L'Eglise grecque les renouvela dans son concile in Trullo ; Char- i lemagne, Louis le Pieux, Charles le Chauve, \ les sanctionnèrent dans leurs capitulaires; \ les canonistes des xr et xii' siècles, Burkard, j saint Yves de Chartres, Gratien, nous les montrent en usage de leur temps ; enfin Gré- \ goire IXessayait'encore de leur donner force .
Le Lundi de Pâques. 2j3
de loi dans une de ses Décrétales, au xin' siècle. Mais déjà, en beaucoup de lieux, cette observance avait faibli. Le concile tenu à Constance, en 1094, réduisait la solennité de la Pâque au lun'di et au mardi qui suivent le grand Dimanche. Les liturgistes Jean Beleth, pour le xii'' siècle, et Durand, pour le xiii", attestent que, de leur temps, cette réduction était déjà en usage chez les Français. Elle ne tarda pas à s^étendre dans tout l'Occident, et forma le droit commun pour la célébration de la Pâque, jusqu'à ce que, le relâchement croissant toujours, on ait obtenu successivement du Siège Apostolique la dispense de l'obligation de férier le Mardi, et même le Lundi, en France, après le Concordat de 1801.
Pour avoir l'intelligence de la Liturgie des jours qui vont se succéder jusqu'au dimanche in Albis, il est donc nécessaire de se souvenir constamment de nos néophytes, toujours présents avec leurs robes blanches à la Messe et aux Offices divins. Les allusions à leur récente régénération sont continuelles, et se montrent sans cesse dans les chants et dans les lectures que la sainte Eglise emploie durant tout le cours de cette solennelle Octave.
A Rome, la Station d'aujourd'hui est dans la Basilique dé Saint-Pierre. Initiés samedi dernier aux divins mystères dans la Basilique du Sauveur, au Latran, les néophytes hier célébrèrent la résurrection du irils dans le splendide sanctuaire de la Mère ; il est juste qu'en ce troisième jour ils viennent rendre leurs hommages à Pierre, sur lequel repose
Le Lundi de Pâques.
réditice entier de la sainte Eglise. Jésus Sauveur, Marie, Mère de Dieu et des hommes, Pierre, chef visible du corps mystique du Christ : ce sont là les trois manifestations divines par lesquelles nous sommes entrés et nous sommes maintenus dans l'Eglise chrétienne.
A LA MESSE
L'Introït, tiré de l'Exode, s'adresse aux nouveau-nés de l'Eglise. Il leur rappelle le lait et le miel mystérieux qui leur furent donnés dans la nuit sacrée du Samedi, après qu'ils eurent participé au divin banquet. Ils sont le véritable Israël, introduit dans la véritable Terre promise. Qu'ils louent donc le Seigneur, qui les a choisis du sein de la gentilité pour faire d'eux son peuple de prédilection.
tNTRoduxit vo:; Domil nus in terram fluentem lac et mel, alléluia :
et ut lex Domini sempcr sit in ore vestro. Alléluia,
Ps. Confitemini Domino et invocate Nomen cjus : annuntiate inter gentcs opéra ejus. Gloria Patri. Introdu\it.
IE Seigneur vous a inlro- , duits dans une terre où coulent le lait et le miel, alléluia ; que la loi du Seigneur soit toujours dans votre bouche. Alléluia , alléluia.
Ps, Loiîez le Seigneur, et invoquez son Nom ; publiez SCS œuvres parmi les nations. Gloire au Père. Le Seigneur.
A la vue du Christ, son Epoux, délivré des liens de la mort, la sainte Eglise demande à
A la Messe.
Dieu que nous, les membres de ce divin Chef, nous arrivions à l'heureux affranchissement dont Jésus nous offre le modèle. Trop longtemps asservis par le péché, nous devons comprendre maintenant le prix de cette liberté des enfants de Dieu qui nous a été rendue par la Pàque.
COLLECTE
ODiEU qui, dans la solennité pascale, avez donné au monde le remède dont il avait besoin, daignez répandre le don céleste sur votre peuple ; afin qu'il mérite d'arriver à la liberté parfaite, et qu'il s'avance toujours plus vers la vie éternelle. Par Jesus-Christ notre Seigneur. Amen.
EUS, qui solemnitate paschali, mundo remédia contulisti : populum tuum, quœsumus, cœlesti dono prosequere ; ut et perfectam libertatem consequi mereatur, et ad vitam proficiat serapiîernam. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
Lecture des Actes des Apôtres. Chap. X.
EN ces jours-là, Pierre s'étant levé au milieu de l'assemblée, parla ainsi ; Mes Frères, vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, en commençant par la Galilée, après le baptême que Jean prêchait ; comment Jésus de Nazareth a reçu de Dieu l'onction du Saint-Esprit et de la puissance ; comment il a passé en faisant le bien, et guérissant tous ceux qui étaient opprimés par le diable, parce que Dieu était avec lui. Et nous som-
Lectio Actuum Apostolorum. Cap. x.
IX diebus illis : Stans Petrus in medio piebis, dixit : Viri fratres, vos scitis quod factum est verbum per universam Judasam : incipiens enim a Galilœa post baptismum, quod prasdicavit Johannes, Jesum a Nazareth : quomodo unxit eum Deus Spiritu Sancto, et virtute, qui pertransiit benefaciendo, et sanando omnes opprcssos a diabolo, quoniam Deus erat cum illo.
L", lAindi de Pâques.
Et nos testes sumus omnium, qunc fecit in regione Jiidœorum et Jérusalem, qucm occiderunt suspendcntes in ligno. Hune Deus suscitavit tertia die, et dédit eum manifestum fieri, non onini populo, sed testibus prœordinatis a Deo : nobis, qui manducavimus et bibimus cum illo, postquam resurrccit a mortuis. Et pra^cepit nobis prœdicare populo, et testificari, quia ipse est, qui constitutus est a Deo judex vivorum et mortuorum. Huic omnes Propheta2 testimonium perhibent, remissionem
Keccatorum accipcre per [omen ejus omncs, qui credunt in eum.
mes les témoins de toutes les choses qu'il a opérées dans la Judée et à Jérusalem.
C'est lui que l'on a fait mourir, en l'attachant à la croix ; mais Dieu l'a ressuscité le troisième jour, et il a voulu qu'il se montrât, non à tout le peuple, mais aux témoins que Dieu avait choisis d'avance ; à nous qui avons mangé et bu avec lui, depuis qu'il est ressuscité d'entre les morts. Et il nous a commandé de prêcher et de rendre témoignage au peuple, que c'est lui qui a été établi de Dieu pour être le juge des vivants et des morts. C'est à lui que tous les Prophètes rendent ce témoignage : Que quiconque croira en lui, recevra par son Nom la rémission de ses péchés.
Saint Pierre adressa ce discours au centurion Corneille, et aux parents et amis de ce gentil, qui les avait rassemblés autour de lui pour recevoir l'Apôtre que Dieu lui envoyait. Il s'agissait de disposer tout cet auditoire à recevoir le Baptême et à devenir les prémices de la gcntilite; car jusque-là l'Evangile n'avait été annoncé qu'aux Juifs. Remarquons que c'est saint Pierre, et non un autre Apôtre, qui nous ouvre aujourd'hui, à nous gentils, les portes de l'Eglise que le Fils de Dieu a établie sur lui comme sur le roc inébranlable. Voilà pourquoi ce passage du livre des Actes des Apôtres se lit aujourd'hui, dans la
A la Messe.
Basilique de Saint-Pierre, près de sa glorieuse Confession, et en présence des néopfiytes q.ui sont autant de conquêtes de la foi' sur les derniers sectateurs de l'idolâtrie païenne. Observons ensuite la méthode qu'emploie TApôtre pour inculquer à Corneille et aux autres gentils la véiité du christianisme. Il commence par leur parler de Jésus-Christ ; il rappelle les prodiges qui ont accompagné sa mission ; puis ayant raconté sa mort ignominieuse sur la croix, il montre le fait de la Résurrection de l'Homme-Dieu comme la plus haute garantie de la vérité de son divin caractère. Vient ensuite la mission des Apôtres qu'il faut accepter, ainsi que leur témoignage si solennel et si désintéressé, puisqu'il ne leur a valu que des persécutions. Celui-là donc qui confesse le Fils de Dieu revêtu de la chair, passant en ce monde en faisant le bien, opérant toutes sortes de prodiges, mourant sur la croix, ressuscité du tombeau, et confiant aux hommes qu'il a choisis la mission de continuer sur la terre le ministère qu'il y a commencé ; celui qui confesse toute cette doctrine est prêt à recevoir, dans le saint Baptême, la rémission de ses péchés: tel fut l'heureux sort de Corneille et de ses compagnons ; tel a été celui de nos néophytes.
On chante ensuite le Graduel, qui présente l'expression ordinaire de la joie pascale; le Verset seulement est ditFérent de celui d'hier, et variera chaque jour, jusqu'à Vendredi. Le Verset de l'Alleluia nous retrace l'Ange descendu du ciel pour ouvrir le sépulcre vide, et
Le Lundi de Pâques.
manifester la sortie victorieuse et spontanée du Rédempteur.
H^C dies, quam fecit Dominus : exsiiltcmus et laetemur in ea.
f. Dicat nunc Israël, quoniam bonus : quoniam in saeculum misericordia ejus.
Alléluia, alléluia.
f. Angélus Domini descendit de cœlo : et accedens revolvit lapidera , et sedebat super eum.
/"^'est le jour que le Sei- ^^ gneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.
f. Que maintenant Israël chante que le Seigneur est bon, que sa miséricorde est à jamais.
Alléluia, alléluia,
f. L'Ange du Seigneur descendit du ciel ; il renversa la pierre et s'assit dessus.
La Séquence Victimœ paschali, page 21g.
EVANGILE
Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. xxiv.
j N illo tempore : Duo * ex discipulis Jesu ibant ipsa die in castellum, quod erat in spatio stadiorum sexaginta ab Jérusalem, nomine Emmaus. Et ipsi loquebantur ad invicem de his omnibus , qux acciderant. Et factum est, dum fabularentur, et secum quaercrent : et ipse Jésus appropinquans ibat cum illis : oculi autem illorum tenebanlur
La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap.
XX tv.
; , N ce temps-là, le jour L- même où Jésus était ressuscité, deux de ses disciples s'en allaient à un village nommé l"'mmuûs, qui était à soixante stades de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé. Et il arriva que pendant qu'ils s'entretenaient et conféraient ensemble, Jésus lui-même les joignit, et se mit à marcher avec eux ; mais leurs yeux étaient comme retenus , en sorte
A la Messe.
qu ils ne le reconnurent pas.
Kt il leur dit : De quoi vous entretenez-vous ainsi tout tristes en marchant ? Et l'un d'eux nommé Cléophas lui répondit : Etes-vous seul si étranger dans Jérusalem que vous ne sachiez pas ce qui s'y est passé ces jours-ci ?
Quoi donc ? leur dit-il. Et ils répondirent : Au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peup'e : et comment les princes des prêtres et nos chefs l'ont livre pour être condamné à mort, et l'ont crucifié. Cependant nous espérions qu'il était celui qui doit racheter Is ail ; et après tout cela, voici déjà le troisième jour que ces choses sa sont passées. Il est vrai que quelques femmes qui étaient avec nous nous ont effrayés ; car étant allées avant le jour au sépulcre, et n'ayant point trouvé son corps, elles sont revenues dire qu'elles ont vu des Anges qui leur ont dit qu'il est vivant. Et quelques-uns des nôtres sont allés au sépulcre, et ont trouvé toutes choses comme l'avaient dit les femmes ; mais lui. ils ne l'ont point trouvé. Et Jésus leur dit : O insensés et cœurs tardifs à croire tout ce que les Prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le
ne eum agnoscerent. Et ait ad illos : Qui sunt hi sermones, quos conferîis ad invicem ambulantes, et estis tristes ? Et respondens unus, cui nomen Cléophas, dixit ei :
Tu solus peregrinus es in Jérusalem, et non cognovisti quas facta sunt in illa his diebus ? Quibus ille di.\it : Quae ?
Et dixerunt : de Jesu Nazareno, qui fuit vir propheta, potens in opère, et sermone coram Dec et omni populo : et quomodo eum tradiderunt summi sacerdotes, et principes nostri in damnationem mortis. et crucifixerunt eum. Nos autem sperabamus quia ipse esset redempturus Israël : et nunc super hœc omnia, tertia dies est hodie quod haec facta sunt. Sed et mulieres quaedam ex nostris terruerunt nos, quœ ante lucem fuerunt ad monumentum, et non invente corpore ejus, venerunt, dicentes se etiam visionem Angelorum vidisse, qui dicunt eum vivere. Et abierunt quidam ex nostris ad monumentum, et ita invenerunt, sicut mulieres dixerunt ; ipsum vero non invenerunt. Et ipse
L? Lundi de Pâques.
dixit ad eos : O stulti, et tardi corde ad credendum in omnibus, qiiœ locuti sunl Prophet;u 1 Nonne hœc opormit pati Christum, et ita intrare in gloriam suam ?
Et incipiens a Moyse. et omnibus Prophetis, interpretabatur illis in omnibus Scripturis, quas de ipso ernnt. Et appropinquaverunt casteilo, quo ibnnt : et ipse se finxit longius ire. Et coegertint illiim, diccntes : Mane nobisciim, quoniam advespcrascit, et inclinata est jam dies.
Et intravit ciim iilis. Et factum est dum recumberet cum eis, accepit panem, et benedixit, ac rregit, et porrigcbat illis. Et aperti sunl oculi eorum, et cognoverunt eum : et ipse evanuit ex oculis eorum.
Et dixerunt ad invicem :
Nonne cor nostrum ardens crat in nobis, dum loqueretur in via et aperiret nobis Scripturas ?
Et surgentcs cadem hora regressi sunt in Jérusalem : et invenerimt congregatos undecim, et eos, qui cum illis erant, dicentcs : Quod surrexit Dominus vere, et apparuit Simoni. lit ipsi narra et quomodo cognoverunt e
Christ souffrît toutes ces choses, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire ? Et commençant pur Moïse et tous les i^rophètes, il leur interprétait ce qui avait été dit de lui dans toutes les Ecritures. Et lorsqu'ils furent proches du viUai^e où ils allaient, il fit semblant d'aller plus loin. Mais ils le pressèrent, et lui dirent : Demeurez avec nous; car il se fait tard, et le jour est sur son déclin. Et il entra avec eux.
Et étant avec eux à table, il prit le pain et le bénit ; et l'ayant rompu, il leur en présenta. Et leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent; mais il disparut tout à coup à leurs yeux.
Et ils se disaient l'un à l'autre : Notre cœur n'était-ii pas tout brûlant au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et qu'il nous ouvrait les Ecritures ? et se levant à l'heure même, ils retournèrent à Jérusalem, et ils trouvèrent réunis les onze et ceux qui étaient avec eux disant : Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il est apparu à Simon. Et eux racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu au moment où il avait rompu le pain.
bant quae gesta erant in via :
um in fractione panis.
A la Messe. 281
Contemplons ces trois pèlerins qui conversent sur la route d'Emmaus, et joignonsles par le cœur et par la pensée. Deux d'entre eux sont des hommes fragiles comme nous, qui tremblent devant la" tribulation, que la croix a déconcertés, à qui il faut de la gloire et des prospérités, pour c^u'ils puissetit continuer à croire. « O insensés et cœurs tardifs, » leur dit le troisième voyageur; « vous ne saviez donc pas qu'il fallait q"ue le Christ souffrît, et qu'il n'entrât dans sa gloire que par cette voie ? )> Jusqu'ici, nous avons trop ressemblé à ces deux hommes; le juif s'est montré en nous plus que le chrétien ; et c'est pour cela que l'amour des choses terrestres qui nous entraînait nous a rendus insensibles à l'attrait céleste, et par là même exposés au péché. Nous ne pouvons plus désormais penser ainsi. Les splendeurs de la Résurrection de notre Maître nous montrent assez vivement quel est le but de la tribulation, lorsque Dieu nous l'envoie. Quelles que soient nos épreuves, il n'y a pas d'apparence que nous soyons cloués à un gibet, ni crucifiés entre deux scélérats. Le Fils de Dieu a éprouvé ce sort; et voyez aujourd'hui si les supplices du Vendredi ont arrêté l'essor qii'il devait prendre le Dimanche vers sa royauté immortelle. Sa gloire n'est-elle pas d'autant plus éclatante que son humiliation avait été plus profonde ? ,
Ne tremblons donc plus tant à la ^ue du sacrifice; pensons à la félicité éternelle qui le paiera. Jésus, que les deux disciples ne reconnaissaient pas, n'a eu qu'à leur faire entendre sa voix, qu'à déduire devant eux
282 Le Lundi de Pâques.
les plans de la sagesse et de la bonté divines, et le jour se faisait à mesure dans leurs esprits. Que dis-jc ? leur cœur s'échauflait et brûlait dans leur poitrine, en l'entendant discourir à propos de la croix qui conduit à la gloire ; et si déjà ils ne l'avaient pas découvert, c'est qu'il retenait leurs yeux, atin qu'ils ne le reconnussent pas. De même en sera-t-il pour nous, si nous laissons, comme eux, parler Jésus. Nous comprendrons alors que « le disciple n'est pas au-dessus du maître » (Matth. X, 24) ; et en voyant l'éclat immortel dont ce Maître resplendit aujourd'hui, nous nous sentirons inclinés à dire aussi à notre tour : « Non, les souffrances de ce monde passager n'ont rien de comparable avec la gloire qui doit plus tard se manifester en nous. » [Rom. viii, 18.)
En ces jours où les efforts du chrétien pour sa régénération sont payés par l'honneur de s'asseoir, avec la robe nuptiale, à la table du festin du Christ, nous ne manquerons pas de remarquer que ce fut au moment de la fraction du pain que les yeux des deux disciples s'ouvrirent, et qu'ils reconnurent leur maître. La nourriture céleste, dont toute la vertu procède de la parole du Christ, donne la lumière aux âmes ; et elles voient alors ce qu'elles ne voyaient pas avant de s'en être nourries. Il en sera ainsi de nous, par l'effet merveilleux du divin sacrement de la Pâque; mais considérons ce que nous dit à ce sujet le pieux auteur de V Imitation : « Ceux-là connaissent véritablement le Seigneur au moment de la fraction du pain, dont le cœur était ardent lorsque Jésus cheminait avec
A la Messe. 2 83
eux sur la route. » (Lib. IV, c. xiv.) Livronsnous donc à notre divin ressuscité; désormais nous sommes à lui plus que jamais, non plus seulement en vertu de sa mort pour nous, mais à cause de sa résurrection, qui est aussi pour nous. Devenons semblables aux disciples d'Emmaùs, tidèles comme eux, joyeux comme eux, empressés, à leur exemple, de montrer dans nos œuvres cette nouveauté de vie que nous recommande l'Apôtre, etqui seule convient à ceux que le Christ a aimés jusqu'à ne vouloir ressusciter qu'avec eux. La sainte Eglise a placé en ce jour ce passage de l'Evangile préférablement à tout autre, à raison de la Station qui se tient dans la Basilique de Saint-Pierre. Saint Luc y raconte, en effet, que les deux disciples trouvèrent les Apôtres déjà instruits de la résurrection de leur Maître; « car, disaient-ils, il a apparu à Simon. » Nous avons parlé hier de cette faveur faite au prince des Apôtres, et que i'E.elise romaine proclame avec tant de raison aujourd'hui.
L'Offertoire est formé d'un passage du saint Evangile relatif aux circonstances de la Résurrection du Christ.
OFFERTOIRE
T 'Ange du Seigneur des- -*- cendit du ciel, et il dit aux femmes : Celui que vous cherchez est ressuscité, comme il l'avait dit. Alléluia.
A NGELUS Domini des- " *■ cendit de cœlo, et dixit mulieribus : Quem quasritis, surrexit sicut dixit. Alléluia.
Dans la Secrète, l'Eglise demande en faveur de ses enfants que la nourriture pascale soit
Le Lundi de Pâques.
pour euxun aliment d'immortalité, qui unisse les membres à leur divin Chef, non seulement pour le temps, mais jusque dans la vie éternelle.
CusciPE , quœsuniLis ^ Domine, preces populi tui ciiin oblationibus hostiaiLim : ut paschalibus initiata mysteriis, ad fftcrnitalis nobis medclam, te opérante, proficiant. Per Dominum nostrum Jcsum Christura. Amen.
RECEVEZ, s'il vous plaît, Seigneur, les prières de votre peuple, avec ces hosties que nous vous offrons; afin que notre oblation, étant consacrée par le mystère de la Pàque, nous serve par votre action divine comme un remède qui nous dispose à l'éternité. Par Jésu?-Christ notre Seigneur. Amen.
Pendant la Communion, l'Eglise rappelle aux fidèles le souvenir de Pierre, qui fut favorisé de la visite du Sauveur ressuscité, La foi de la Résurrection est la foi de Pierre, et la foi de Pierre est le fondement de l'Eglise et le lien de l'unité catholique.
COMMUNION
SURREXiT Dominus, et apparuit Pelro. Alléluia.
LE Seigneur est ressuscite, et il est apparu à Pierre.
AIlcKiia.
Dans la Postcommunion, l'Eglise continue à demander pour tous ses enfants, convives du même festin de l'Agneau, l'esprit de concorde qui doit les unir comme les membres d'une même famille dont la nouvelle Pâque est venue sceller l'inviolable fraternité.
A Vêpres.
POSTCOMMUNION
ÉPANDEZ en nous. Seigneur, l'esprit de votre
charité ; et par votre bonté unissez dans une douce concorde ceux que vous venez de nourrir du Mystère pascal.
Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
SPIRITUM nobis. Domine, tuas charitatis infunde : ut quos sacramentis paschalibus satiasti, tua facias pletate concordes. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
A VEPRES.
L'Ordre des Vêpres est le même cjuhier, à l'exception de l'Antienne de Magnificat et de la Collecte.
.ANTIENNE DE Magnijicat,
^^^' V discour
sont ces irs dont vous vous entretenez en marchant ensemble, et pourquoi êtes-vous tristes ? AUeluia.
OUI sunt hi sermones quos confertis ad invicem ambulantes, et estis tristes ? Alléluia.
COLLECTE
O Dieu qui, dans la solennité pascale, avez donné au monde le remède dont il avait besoin, daignez répandre le don céleste sur votre peuple; afin qu'il mérite d'arriver à la liberté parfaite, et qu'il s'avance toujours plus vers la vie éternelle. Par Jésus- Christ notre Seigneur.
Amen.
Deus, qui solemnitate paschali, mundo remédia contulisti : populum tuum, quaesuraus, cœlesti donc prosequere ; ut et perfectam libertatem
consequi mereatur; et ad vitara proficiat sempiternam. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
Le Lundi de Pâques.
Rendons gloire au F'ils de Dieu pour l'œuvre qu'il a accomplie dans ce second jour de la création, en séparant les eaux inférieures des eaux supérieures, et en établissant le firmament qui s'étend entre les unes et les autres; paroles mystérieuses que les Pères ont commentées avec respect, s'attachant au sens spirituel qu'elles présentent, de préférence au sens matériel. On y reconnaît la puissance d'un bras divin qui aflermit son œuvre, et maintient en équilibre des forces qui demeuraient confondues dans le chaos. La Liturgie Mozarabe nous fournit cette belle prière pour glorifier notre créateur, en ce jour où son œuvre acquiert un nouveau développement.
CAPITULA
CHRISTE Dcus noster, qui secundo die iîrmamentum formans , quasi solidamcntum bcripturarum in Ecclesia préparas, quo cœlestes populos Angclorum ab infirmitate interiorum hominum, quasi aquas ab aquis, discernerc voluisti : quique duo testamenta constituens, figuram veteris sacriricii per testamcntum novum immolatione tui corporis complevisti ; da nobis, ut intelleclu prudentiœ angelicis Potestatibus, quasi aquis superioribus sociemur, et semper ad supcrna ten-
^-^ Christ, notre Dieu, qui, \) au second jour, créaat le firmament, indiquez par avance la fermeté et solidité des saintes Ecritures, sur lesquelles repose l'Eglise ; et qui, séparant les eaux des eaux, indiquez la distance qui sépare le peuple céleste des Anges de la faible et inférieure race des hommes; vous qui, auteur des deux Testaments, avez accompli la figure de l'antique sacrifice, en scellant la nouvelle alliance par l'immolation de votre corps : donnez-nous d'être associés par l'intelligence et la sagesse aux Puissances angéliques, comme aux eaux supérieures, et de
Le Lundi de Pâques.
tendre toujours vers ce qui est élevé; afin que la solidité des deux lois étant établie dans notre cœur, la vertu de votre résurrection nous attire jusqu'aux joies infinies.
damus : qualiler ita solidamentum utriusque legis in corde nostro prœpoUeat. ut resurrectionis tuas potentia ad gaudia nos pertrahat innnita.
Empruntons, pour terminer cette journée, la voix des Eglises antiques qui célèbrent à Tenvi le haut mystère de la Résurrection. L'Eglise Ambrosienne nous fournira d'abord la belle Préface qu'elle emploie au jour de Pâques,
IL est véritablement juste et raisonnable . équitable et salutaire, ô Dieu saint et tout-puissant, que nous vous rendions grâces, que nous célébrions avec amour vos louanges, auguste Père, auteur et créateur de toutes choses; car votre Fils Jésus- Christ, qui était le Seigneur de majesté, a daigné souffrir le supplice de la croix pour la délivrance du genre humain. C'est lui qu'autrefois Abraham figurait dans son fils, et que le peuple instruit par Moïse présageait dans l'immolation de l'Agneau sans tache. C'est lui que célébrait la trompette sacrée des Prophètes, comme celui qui devait prendre sur lui le péché et abolir le crime.
Voici donc la Pàque illustrée
Î)ar le sang du Christ, dans aquelle le peuple fidèle se