‹ L'Année liturgique (volume 4)Chapitre 107 sur 132 · SAINT JULIEN, ÉVÊQUE DU MANS · texte numérisé non relu

SAINT JULIEN, ÉVÊQUE DU MANS

UNE des plus illustres Eglises de France honore aujourd'hui saint Julien, son Apôtre et son premier Evêque. Le culte de ce saint Pontife, fondé sur le Martyrologe Romain, était répandu autrefois dans l'Europe entière, comme on le voit par les anciens Calendriers. Le motif d'honorer son . patronage sur la {province que nous habitons, nous fait insérer sa mémoire dans cette Année liturgique.

Saint Julien est aussi un des anneaux par lesquels l'Eglise de France se rattache au Siège Apostolique. Les importants travaux entrepris en ce siècle sur les origines de nos Eglises et couronnés de si beaux succès, autorisent à faire remonter la mission de saint Julien dans le Maine, non seulement à saint Clément, disciple de saint Pierre, mais à saint Pierre lui-même. Les jours du saint Evêque furent longs et laborieux; d'admiirables prodiges confirmèrent son apostolat; et la foi de Jésus-Christ s'établit, sans de grandes difficultés, dans notre province Le Maine fut longtemps célèbre dans toute l'Eglise d'Occident par la sainteté de ses Evêques, par la ferveur de ses peuples, par le nombre et l'observance de ses monastères ; et comme la gloire des enfants retourne à leur père, le culte de saint Julien en prit des

Le Temps de Noël.

accroissements merveilleux dans un nombre considérable d'Eglises de l'Occident. Prions le saint Evèque de présenter au berceau du Sauveur la province qu'il a évangélisée, et félicitons-le de paraître à la cour de l'Emmanuel, non seulement comme Pontife, mais encore comme Apôtre.

Nous empruntons au Bréviaire du Mans de i6q3 le récit abrégé des actions de saint Julien,

BEATUS Julianus primus fuit Cenomanensium Episcopus.

quem cives maximo semper in honore. habuerunt, eumque tamquam suum Apostolum venerati

sunt. Is a sancto Petro Apostolo disseminandae Christianae religionis gratia in Gallias missus, Cenomanum venit :

ubi apertum propagandae religionis campum nactus, plurimos ad Christum convertit, quos et multis miraculis in fide suscepta confirmavit.

Quorum primum et memorabile illud exstitit, quod cum cives aquas penuria laborantes videret, cuspidem baculi, quem manu gestabat, humi defigens, fusis ad Deum precibus impetravit, ut inde fons vivus scaturiret. Cujus usus continuas perseverans,

LE bienheureux Julien a été le premier Evèque du Mans ; les habitants de cette ville l'ont toujours eu en grand honneur, et le vénèrent comme leur Apôtre.

Envoyé dans les Gaules par lApôtre saint Pierre, pour y répandre la religion Chrétienne, il vint au Mans, où ayant trouvé le champ ouvert

fiour la propagation de la oi, il convertit à Jésus- Christ un grand nombre d'habitants, qu'il confirma, par ses nombreux miracles, dans la foi qu'ils avaient reçue. Le premier et le plus mémorable est celui qu'il fit, lorsque, ayant vu les ha'oitants de la ville entièrement privés d'eau, il planta en terre l'extrémité du bâton qu'il tenait à la main, puis, adressant sa prière à Dieu, il commanda qu'une fontaine d'eau vive sortît de ce lieu.

L'usage de cette fontaine, qui subsiste toujours, prouve

Saint Julien, Ëvéque du Mans. 5o5

à tout le monde, et la puissance de Dieu et le mérite du bienheureux Julien.

IL y avait alors un Prince ou Chef de la Cité, nommé Défenseur, qui, à la nouvelle des prodiges que Dieu opérait par le bienheureux Julien, fit mander celuici auprès de sa personne. Le Pontife, en s'y rendant, rencontra devant le parvis de la cour du prince un aveugle qui implorait du secours. Julien invoqua le nom du Seifneur, imprima sur cet orame le signe de la croix, et lui rendit une santé parfaite. Le prince, ébranlé par ce miracle, se prosterna aux genoux du Saint, et reçut le baptême avec toute sa famille et une grande foule de nobles. Il donna même sa maison au bienheureux Julien pour en faire une église.

Presque tous les habitants suivirent l'exemple de leur chef, et furent régénérés dans la fontaine du baptême.

C'est une chose admirable que l'ardeur avec laquelle toute la province, mue par la prédication de Julien et les miracles qu'il faisait, se soumit au joug du Christ ; au point qu'ayant été témoins de la résurrection d'un enfant, vingt mille hommes embrassèrent la foi. Plusieurs

et divinitatis potentiam, et beati Juliani meritum cunctis demonstrat.

ERAT tune temporis Princeps, sive Dux civitatisDefensor dictus, qui, auditis quanta per beatum Julianum Deus operabatur, eum ad se accersivit. Accedens

Pontifex, ante aulae Principis atrium, obvium habuit caecum, quem auxilium efflagitantem, invocato Christi nomine, et crucis impresso signo, perfectse sanitati restituit. Ea re commotus Princeps, genibus Sancti advolvitur, et cum tota sua familia et multa nobilium turba baptizatur.

Domumque suam beato Julianoin ecclesiam consecrandam tradidit. Ducis exemplum secuti fere omnes, baptismi lavacro regenerati sunt.

MIRUM quanta animi alacritate tota provincia praedicatione Juliani, et miraculis ab eo factis commota. collum jugo Christi submiserit :

ita utad miraculum suscitati cujusdam pueri, viginti milLia hominum fidem susceperint.

Le Temps de Noël.

Quamplurimi bona sua ad Juliani pedes afferebant, alii praedia sua Ecclesiae donabant, alii domos suas in oratoria et templa consecrari rogabant. Vix ullus ad eum accessit, qui, c^uod peteret, Juliani precibus a Deonon sitconsecutus.

Tandem postquam sanctus Antistes provinciara omnem fidei lumine illustrasse!, a daemone oppresses liberasset, aegros sanitati restituissei,

vinctos in carcere exire liberos fecisset, multa idolorum templa funditus evertisset, plenus dierum, gloriosus meritis, migravit in cœlum, functus munere episcopali et apostolico annis quadraginta septem. Sepultus est magno cum honore in basilica, cujus ipse fundamenta jecerat, in Cœmeterio Christianorum dicto.

apportaient leurs biens aux pieds de Julien : d'autres donnaient leurs héritages à l'Eglise, d'autres priaient le saint Evéque de changer leurs maisons en oratoires, et de les consacrer en églises.

Il n'y en eut pas un en faveur duquel Julien n'obtînt de Dieu, par ses prières, l'effet de sa demande. Enfin, après que le saint Pontife eut éclairé la province entière de la lumière de la foi, délivré les possédés, rendu les malades à la santé, affranchi les captifs de leurs chaînes, renversé de fond en comble un grand nombre de temples d'idoles, plein de jours, et glorieux par ses mérites, il alla au ciel, ayant rempli la charge d'Evêque et d'Apôtre durant quarante-sept années.

Il fut enseveli avec une grande pompe dans la basilique dont il avait jeté lui-même les fondements, au lieu appelé le Cimetière des Chrétiens.

L'Eglise du Mans célèbre son Apôtre dans les Répons suivants, dont la plus grande partie fut composée par Létalde, moine de Micy, ouSaint-Mesmm, au diocèse d'Orléans.

a Lï IC itaque Julia- T a I ulien, né d'illustre ^' Al nus Romana ^"J race Romaine, élo-

f[enerositate clarissimus, quent dans les discours, * In-, ingua facundus, * Justi- signe dans la justice, apparut tia insignis, merito fidei non moins célèbre par le mcapparuit percelebris. rite de la foi.

Saint Julierit Évêque du Mans. 5oj

f. Julien fut le premier qui fut envoyé à la ville du Mans par le Seigneur, plutôt comme Apôtre que comme Evêque :*lnsigne dans la justice.

^. Par les mains du Pontife Julien, le Christ opérait tant de prodiges, * Qu'on le voyait apporter le soulagement à tous les malades, par le remède de la croix.

j^. O glorieux Prélat! ô prédicateur de la souveraine vérité ! qui était si plein de la grâce du Christ, * Qu'on le vovait apporter.

^. O glorieux Prélat, ô prédicateur de la souveraine vérité ! ô illustre ville du Mans ! qui as eu le bonheur de recevoir du Christ Julien pour pasteur.

f. Puisses-tu toujours mériter d'avoir pour intercesseur, dans les cieux, celui que tu as eu le bonheur de recevoir du Christ notre Rédempteur !

]^. Le Mans, ville illustrée par les mérites de Julien, fête aujourd'hui l'auguste solennité d'un père si grand ; * Afin que, sous la conduite de celui qui t'a prêché la vérité, tu mérites de parvenir par son secours aux récompenses éternelles.

j^. Puisse celui dont l'enseignement de vérité t'a conduit à la foi, te défendre toujours par son intercession ! * Afin que sous la conduite.

f. Primus urbi Cenomanicas non tantum Praesul, quantum Apostolus a Domino missus est Julianus. * Justitia insignis.

R| Per manus Juliani Pontificis tantas Christus operabaturvirtutes :* Ut cunctis languentibus opem crucis medicamine largiretur.

f. O gloriosum Prassulem, o summas veritatis prasconem, qui tanta Christi plenus erat gratia. ■* Ut cunctis.

fi). O gloriosum Praesulem, o summae veritatis praeconera, o urbs prseclara Cenomani. qua?

a Christo Julianum * Meruisti habere pastorem.

f. Eum semperin coelis merearis intercessorem, quera in terris a Christo, Redemptore nostro, " Meruisti.

^. Urbs provecta Cenomani Juliani meritis, tanti patris nunc praeclara suscipe solemnia :

* Ut quo duce veritatis sumpsisti prasconia, ejus ope sempiterna merearis praemia. <

j^. Cujus vera le produxit ad fidem assertio, ejus semper tueatur ubique intercessio. * Ut quo duce.

Le Temps de NoéL

Hj. Splendens Lucifer velut solem post anxi^ noctis nuntiat umbram :

sic Julianus post errorum tenebras, * Exortum solem justitiae Cenomanensibus nuntiavit.

j^. Sedentibus in tenebris et umbra mortis Julianus praeco veritatis, * Exortum Solem.

^. Beatissimus Julianus Cenomanensium Pontifex primus, virtutum fulgore clarissimus, antiqui hostis superbia superata : * Hodie felix et Victor régna subiit sempiterna.

f. Immortalis palmœ adeptus bravium régnât cum Christo in aeternum.

• Hodie.

^. De même que l'étoile brillante du matin, après les ombres d'une nuit agitée, annonce le soleil ; ainsi Julien, après les ténèbres de l'erreur, * Annonce aux Manceaux le Soleil de justice.

f. A ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort, Julien, prédicateur de la vérité, ' Annonce.

^. Le très heureux Julien, premier Pontife des Manceaux, resplendissant de l'éclat des prodiges, ayant abattu l'orgueil de l'ancien ennemi, * Aujourd' hui heureux et vainqueur, pénètre au royaume éternel.

f. Il a acquis pour récompense une palme immortelle, il règne avec le Christ pour l'éternité. * Aujourd'hui.

L'Eglise du Mans chantait, en la fête de son saint Evêque, l'antique Séquence Christo inclyta, qui est propre à la fête de la Toussaint, et qu'on adaptait pour la solennité, en y insérant simplement le nom de saint Julien. Mais nous trouvons dans les anciens Missels, pour les Messes votives, la suivante, qui est une des imitations du Victimœ Paschali^ si communes aux xv et xvi" siècles.

SEQUENCE

ANi sacri laudes concinant Christiani.

JULl co:

Hic primo Cenoma

DE sair louan

nt Julien que les nges soient chantées par tous les Chrétiens.

C'est lui qui le premier ré-

Saint Julien. Ëvêque du Mans. 5og

concilia avec Dieu les Manceaux, païens égarés et pécheurs.

Un aveugle recouvre la vue ; soudain le Roi est baptisé, il croit au Christ qui vit et règne.

— Jeune fille, dis-nous :

qu'as-tu vu sur ta route ?

— Une fontaine jaillissante, que sa prière a fait sortir en un instant.

Il baptise les témoins du prodige, qui déposent leurs vêtements.

L'enfant assiste au souper, et se rend après le Christ en Galilée.

Les ardents sont guéris ; les possédés sont délivrés du démon fallacieux qui les tourmentait.

Nous savons qu'il a ressuscité trois morts, en vérité.

O Christ Roi ! ayez pitié de nous. Amen.

nenses, paganos errantes; reconciliavit peccatores,

Caeco lumen redditur ; statim Rex baptizatur, credens quod Christus régnât vivus.

Die nobis, puella, quid vidisti in via?

Rivum fontis decurrentis, prece facta, protinus surgentis.

Hic baptizat testes, tune déponentes vestes.

Puer assistit ad cœnam : pergit post Christum Galilaeam.

Igné curantur accensi :

sanantur obsessi, qui vexabantur daemone fallaci.

Scimus illum suscitasse très mortuos vere.

Tu nobis, Christe Rex, miserere. Amen.

Vous veniez nous annoncer, ô saint Pontife, celui qui est la source vive de la vie éternelle, et inviter nos Pères à se désaltérer aux fontaines du Sauveur. Pour exciter leurs désirs vers cette eau jaillissante qui procède de la Citerne de Bethléhem, votre main apostolique frappa la terre, et une source féconde en sortit à l'instant, symbole de la régénération dont vous alliez être le ministre pour tout un peuple. Des siècles se sont écoulés depuis ce )our où l'Evangile du salut fut annoncé par vous à notre province ; et le champ du Seigneur, que vous aviez arrosé, a plus d'une

5jo Le Temps de Noël.

fois souffert de la sécheresse qui désolait nos contrées. Jetez donc les yeux sur cette terre où vos travaux ont mérité la couronne ; rendez-lui sa fertilité première. Ranimez la foi; réchauffez la charité, donnez la fécondité à la semence, et veillez à ce cjue l'ivraie n'étouffe pas le bon grain. Protégez le Pontife qui siège dans votre Chaire ; secondez les efforts du clergé, veillez sur le peuple fidèle, afin que l'Eglise du Mans, que votre nom a rendue illustre, redevienne par vos soins une des riches portions de l'héritage de l'Emmanuel.

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