EMPEREUR
AU gracieux souvenir de la douce martyre Agnès, un grand nombre d'Eglises, surtout en Allemagne, associent aujourd'hui la mémoire imposante du pieux empereur Charlemagne. L'Emmanuel, en venant en ce monde, doit recevoir le titre de Roi des rois et de Seigneur des seigneurs ; il doit ceindre répée et tenir sous son sceptre la multitude des nations: quoi de plus juste que d'amener à son berceau le plus grand des princes chrétiens, celui qui se fit toujours gloire de mettre son épée au service du Christ et de son Eglise ?
Le respect des peuples était déjà préparé en faveur de la sainteté de Charlemagne, lorsque Frédéric Barberousse fit rendre le décret de sa canonisation par l'antipape Pascal III, en ii65: c'est pourquoi le Siège Apostolique, sans vouloir approuver une procédure irrégulière, ni la recommencer dans les formes, puisqu'on ne lui en a pas fait la demande, a cru devoir respecter ce culte en tous les lieux où il fut établi. Cepen= dant les nombreuses Eglises qui honorent, depuis près de sept siècles, la mémoire du grand Charles, se contentent, par respect pour le martyrologe Romam où son nom ne
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se lit pas, de le fêter sous le. titre de Bienheureux.
Avant l'époque de la Réforme, le nom du Bienheureux Charlemagne se trouvait sur le calendrier d'un grand nombre de nos Eglises de France ; les Bréviaires de Reims et de Rouen l'avaient conservé jusqu'à nos jours. L'Eglise de Paris le sacrifia, de bonne neure, aux préjugés des Docteurs dont les opinions avancées se manifestèrent dans son Université, dès la première moitié du xvi" siècle. La Réforme avait conçu de l'antipathie contre un homme qui avait été la plus magnifique et la plus complète représentation du Prince catholique ; et ce fut bien moins le défaut d'une canonisation en règle que l'on mit en avant pour effacer du calendrier le nom de Charlemagne, que la prétendue licence de ses mœurs, dont on affecta de relever lescandale. Sur cette question, comme sur bien d'autres, le sentiment public se forma à la légère ; et nous ne nous dissimulons pas que les personnes qui se sont le moins occupées d'étudier les titres de Charlemagne à la sainteté, seront les plus étonnées de trouver son nom dans cet ouvrage.
Plus de trente Eglises, en Allemagne, célèbrent encore aujourd'hui la fête du grand Empereur; sa chère Eglise d'Aix-la- Chapelle garde son corps et l'expose à la vénération des peuples. Les Vies clés Saints publiées en France, même celle de Baillet et de Godescard, n'ont point été infidèles à sa mémoire. Par un étrange retour, l'Université de Paris le choisit pour son Patron en 1661 ; mais sa fête, qui était abrogée depuis plus
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d'un siècle, ne se releva que comme solennité civile, sans aucune mention dans la Liturgie. Il n'entre point dans le plan de cet ouvrage de discuter les raisons pour lesquelles un culte a été attribue aux Saints sur lesquels nous réunissons les éloges liturgiques ; on ne doit donc pas attendre de nous une démonstration en forme de la sainteté de Charlemagne. Cependant nous avouerons, en passant, que nous inclinons avec Bossuet, dont la sévérité en morale est assez connue, à croire que les mœurs de Charlemagne furent toujours pures i, et que le préjugé contraire, qui n'a pour lui que quelques textes assez vagues et contradictoires de certains auteurs du moyen âge, a dû ses développements à la malheureuse influence de l'esprit protestant. Nous rappellerons que D. Mabillon, qui insiste sur le fait de la répudiation d'Hermengarde, que cet Empereur quitta pour reprendre Himiltrude, sa première femme, comme sur une action qui fut justement blâmée, conclut le récit des actions de Charlemagne, dans ses Annales Bénédictines, en avouant qu'il n'est pas démontré que la pluralité des femmes de ce prince ait été simultanée. Le P. le Ceinte et le P. Noël Alexandre, auteurs non suspects de partialité, et qui ont examiné à fond la question, mon-
I. Vaillant, savant, modéré, guerrier sans ambition, et EXEMPLAIRE DANS SA VIE, je le veux bien dire en passant, malgré les reproches des siècles ignorants, ses conquêtes prodigieuses furent la dilatation du règne de Dieu, et il se montra très chrétien daas toutes ses œuvres. Sermon sur l'unité de l'Eglise.
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trent, avec évidence, que le seul reproche qui puisse être adressé à Chariemagne, au sujet des femmes, est relatif à la répudiation d'Himiltrude, qu'il quitta momentanément pour prendre Hermengarde, par complaisance pour sa mère, et qu'il reprit, l'année suivante, pour obéir à son devoir, et céder aux remontrances du Pape Etienne IV.
Nous avouons volontiers qu'après la mort de Liutgarde, la dernière de ses femmes qui ait eu les honneurs de Reine, Chariemagne en a eu plusieurs autres, qui sont appelées concubines par Eginhard, parce qu'elles ne portaient point îa couronne, et que leurs enfants n'étaient pas considérés comme princes du sang ; mais nous disons, avec D. Mabillon, que Chariemagne a pu avoir successivement ces femmes : ce qui, dit-il, est tout à fait croyable de la part d'un prince si religieux,' et à qui les lois de l'Eglise étaient tanf à cœur 1.
Indépendamment du sentiment des auteurs si graves que nous venons de citer, un fait incontestable sutïît pour garantir Chariemagne de.tout reproche sérieux au sujet de la pluralité des femmes, du moins depuis le renvoi d'Herrreogarde, pour reprendre Himiltrude. Le prince avait alors vingt-huit ans. On connaît la sévérité des Pont-fes romains sur le respect dû au mariage par 'es princes. L'histoire du moyen âge e^t remplie du récit des luttes cju'ils ont soutenues pour venger un point si essentiel de la morale chrétienne contre les monarques même les