PSAUME CXLVII
» «ARIE, vraie Jérusalem, IVl chantez le Seigneur :
Marie, sainte Sion, chantez votre Dieu.
C'est lui qui fortifie contre tout péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.
Il a placé la paîx sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus le pain de vie.
Il envoie par vous son Verbe à la terre ; sa parole parcourt le monde avec rapidité.
Il donne la neige comme des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.
Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?
Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie, et cette glace si dure se fond à sa chaleur :
l'Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.
IAUDA Jérusalem Do- ^minum :* lauda Deum tuum Sion.
Quoniam confortavit seras portarum tuârum :* benedixit filiis tuis in te.
Qui posuît fines tuos pacem : * et adipe frumenti satiat te.
Qui emittit eloquium suum terras : * velociter currit Sermo ejus.
Qui dat nivem sicut lanam : * nebulam sicut cinerem spargit.
Mittit crystallum suam sicut buccellas :* ante faciem frigoris ejus quis sustinebit ?
Emittet Verbum suum, et liquefaciet ea : ' flabit Spiritus ejus, et fluent aqux.
Le Temps de Noël.
Qui annuntiat Verbum suum Jacob •. * justitias, et judicia sua Israël.
Non fecit taliter omni nationi : * et judicia sua non manifestavit eis.
Ant. Obtulerunt pro eo Domino par turturum, aut duos pullos colutnbarum.
Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.
Jusqu'aux jours où nous sotnmes, il n'avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.
Ant. Ils offrirent pour lui au Seigneur deux tourterelles, ou deux petits de colombes.
Le Capitule, l'Hymne et le Verset, ci-dessus, page 592.
ANTIENNE DE Magnificat.
Ant.
HODIE beata Virgo Maria
puerum Jesum praesentavit in Templo ; et Simeon repletus Spiritu Sancto accepit eum in ulnas suas, et benedixit Deum in aeternum.
OREMUS
Omnipotens sempiterne Deus, Majestatem tuam supplices exoramus:
ut sicut unigenitus Filius tuus hodierna die cum nostrae carnis substantia in Templo est praesentatus ; ita nos facias purificatis tibi mentibus praesentari. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Am-t a ujourd'hui, la A bienheureuse
Vierge Marie a présenté l'Enfant Jésus au 'Temple, et Siméon, rempli de l'Esprit- Saint, l'a pris dans ses bras, et il a béni Dieu à jamais.
PRIONS
Dieu tout-puissant et éternel, faites, nous vous en supplions humblement , que comme votre Fils unique a été présenté aujourd'hui dans le Temple, avec la subslance de notre chair, nous vous soyons aussi présentés avec la
Îureté de l'àme. Par le même ésus-Christ notre Seigneur.
Amen.
La Purification de la très sainte Vierge. 62 1
Réunissons maintenant la voix des diverses Eglises, pour célébrer le mystère d'aujourd'hui. Nous emprunterons d'abord au Bréviaire Mozarabe les cinq Oraisons suivantes, dans lesquelles l'Eglise Gothique d'Espagne présente à Dieu les sentiments que lui inspire l'exemple du saint vieillard Siméon.
r^IEU tout-puissant, Père et *-^ Seigneur, donnez la paix au peuple de vos croyants, afin que nous puissions voir votre Salut dans votre temple : ce Sauveur que le juste siméon a reçu dans ses bras ; faites que celui qui a été la Lumière pour éclairer les Gentils, se fasse sentir comme celui qui remet les péchés à ceux qui croient.
Àmen.
OMNIPOTENS Deus,
Pater et Domine, largirecredenti tuo populo pacem : ut in temple tuo videamus Salutare tuum ; quem Simeon justus ulnis suis accepit : ut, qui Lumen ad revelationem gentium exstitit, indultor criminum ipsemet credentium sentiatur.
Amen.
Vous êtes. Seigneur, le salut, et le salut est à vous ; nous nous réjouissons de nous le voir octroyer; daignez nous le donner jusqu'à la fin ; répandez, s'il vous plaît, votre bénédiction sur votre peuple, afin que la malédiction de la peine disparaisse, et que la justice fructifie en nous abondammnent. Amen.
Tu es, Domine, salus, et tua est salus : hanç gaudemus in nobis largitam; hanc etiam usque in finem a te petimus largiendam : effunde, quaesumus, super populum tuum benedictionem
tuam : ut privetur maledictio pœnae, et ditescat in nobis fructus justitiae.
Amen.
Le Temps de Noèl.
Beatam, Domine, illam justi tui Simeonis vocem fac in nobis pari diligentia personare : ut quia vidimus et credimus Salutare tuum ; in pace, cum jusseris, dimittamur : non quo a te dimissos fines vitae accipiamus ; sed, per te absolutos a debito, in fine pacem sempiternam possideamus. Amen.
Faites retentir en nous^ Seigneur, l'heureuse voix du juste Siméon, nous donnant une piété semblable à la sienne, en sorte que nous aussi qui avons vu votra Salut, et <jui avons cru en lui, nous allions en paix, quand vous l'ordonnerez ; que nous ne soyons point renvoyés par vous à la fin de notre vie ; mais plutôt que nous possédions, absous par vous de nos dettes, la paix éternelle à jamais. Amen.
Vidimus gloriam tuam, Domine, gloriam quasi Unigeniti a Pâtre, Unigenitum deitate, primogenitum munere : illic unicum Patris, hic praecipuum inter fratres :
ibi cum Pâtre unum, hic in fratribus primum :
illic aequaliter subsistentem, et in sinu Patris manentem, hic socios non derelinquentem ; largire ergo tuo fieri participes regno, quibus es propitiatus in mundo :
quibusque advenisti
prius redemptor, existe in futuro remunerator.
Amen.
Nous avons vu. Seigneur, votre gloire comme celle du Fils unique du Père, Fils unique en divinité, premierné en grâce : au ciel Fils unique du Père, sur la terre le principal entre ses frères; au ciel une même substance avec le Père, sur la terre le premier de ses frères ; au ciel égal en nature et habitant au sein du Père, sur la terre n'abandonnant point ceux auxquels il s'est fait semblable. Rendez donc participants de votre royaume ceux dont vous avez été la propitiation en ce monde ; et soyez, au siècle à venir, le rémunérateur de ceux vers lesquels vous êtes venu d'abord comme rédempteur. Amen.
La Purification de la très sainte Vierge. 62^
O Dieu, qui, pour la purification des mères, avez commandé qu'on vous offrît deux tourterelles ou deux petits de colombes, préparez-nous
pour être une hostie vivante, vous qui vous êtes fait notre hostie ; vous qui êtes venu accomplir la Loi, et non la détruire, daignez développer en nous, dans toute sa richesse, la grâce de l'Evangile. Amen.
Deus, qui in expiatione parientium , par turturum, vel duos pullos tibi offerri praecipis columbarum ; in vivam nos praepara hostiam, qui pro nobis ipse factus es hostia : ut, qui legem implerevenisti, non solvere, in nobis Evangelii gratiam digneris opulentius propagare. Amen.
L'antiquité liturgique a produit peu d'Hymnes sur la Purification de la Sainte Vierge. Nous donnerons la suivante, qui ne mangue pas de grandeur, et qui est de saint Paulin, Patriarche d'Aquilée.
LE quarantième jour de la jeune Mère étant arrivé, selon la Loi du Seigneur, Marie, cette Vierge, présenta au temple, sur ses bras sacrés, le saint Enfant Jésus, Fils unique de la majesté du Père.
L'heureuse Mère portait sur ses chastes épaules un Dieu couvert du voile de la chair; ses lèvres avaient
POSTQUAM Puellas dies quadragesimus
Est adimpletus juxta Legem Domini,
Maria Virgo Jesum sanctum puerum
Ulnis sacratis templi nunc in atriis
Tulit, tremendi Genitoris unicum.
Mater beata carnis sub velamine Deum ferebat humeris castissimis,
Dulcia strictim basia
sub labiis Deic^ue veri hominisque
impresserat Ori, jubente quo sunt
cuncta conaita.
Duos parentes tulerunt
candidulos PuUos columbae lacteolis
plumulis, Dedere in templo par
pro eo turturum, Legis veluti promulgabat
sanctio, Quales perustas conse-
crarent hostias.
Dei sacerdos humilis,
mitissimus, Erat in urbe justus, senex
optimus, Félix, beatus Simeon cœ-
lifluus, Sanctoque plenus adfuit
Spiramine Sacra sub aula, nutu Dei
concitus.
Hic namque dudum res-
ponsum susceperat, Sancto docente Spiritu,
quod vinculo Mortis resolvi nonpossit
de corpore, Donec viderai Christum
vivens Domini, Quem misit aitis Genitor
de soiiis.
Suscepit ergo Puerum in maaibus.
imprimé de doux baisers sur le visage de ce Dieu, homme véritable, par l'ordre duquel tout fut créé.
Les parents portèrent deux blanches et tendres colombes, au plumage pur comme le lait ; ils offrirent pour lui au Temple deux tourterelles ; elles furent consumées dans un sacrifice, comme le prescrivait la Loi.
Un Prêtre de Dieu, homme humble et doux, était dans la ville, un vieillard vénérable, l'heureux Siméon ; rempli de l'Esprit-Saint aux influences célestes, il arrive dans la sainte Maison, poussé par un mouvement divin.
Car dès longtemps TEsprit-Saint lui avait répondu que la puissance de la mort ne viendrait pas le séparer de son corps qu'il n'eût vu, de son vivant, le Christ du Seigneur, envoyé par le Père du haut des cieux.
Il prit donc l'Enfant dans ses bras, il rendit grâces au
La Purification de la très sainte Vierge. 62 5
Père céleste ; pressant sur sa
Egit superno GenitorJ
poitrine ce nouveau -né, il bénit le Seigneur; dans le
gratias.
Ulnis retentans benedi
transport de son amour, au
xit Dominum,
milieu des douceurs dont son
Amore plenus cordis euro
cœur était inondé, ;il s'exprima
dulcedine
ainsi à haute voix :
Addens et alto sermone "" subintulit :
« Laissez maintenant, Sei-
Dimitte tuum. Domi-
« gneur, aller en paix votre « serviteur ; car j'ai pu voir « de mes yeux le Sauveur
ne, nunc obsecro,
In pace servum, quia
meis merui
« que vous envoyez, celui
Videre tuum Salutare
« que votre suprême bonté a « préparé à la tace de tous les
■^ visibus,
Quod praeparasti pietate
« peuples.
unica Ante tuorum populorum faciem.
« Il est la Lumière qui
Fulgensque lumen
« brille aux yeux des nations.
^entium in oculis, Glonam plebi Israeli
• la gloire du peuple d'Is-
« raël ; il est placé pour être
germinis;
« la pierre sur laquelle plu-
Positus hic est in ruinam
« sieurs se heurteront à leur
scandali,
« ruine ; pour être le salut de
Et in salutem Jacob stir-
« ceux qui sont la fidèle race
pis aureaï,
« de Jacob, au jour où les
Donec sécréta cordium
« secrets des cœurs se révè-
se pallient.
« leront.
« Mais un glaive, ô sainte
Ipsius ecce tuam, sanc-
« Mère , transpercera ton
ta Genitrix,
« âme. » Et Marie conservait
Transibit ictus gladii
dans son cœur de si hauts
per animam.
mystères, et, fidèle à croire
Servabat alta mystica
les oracles célestes, elle re-
sub pectore
passait constamment ces pa-
Maria, verba conferens
roles en elle-même.
alacriter, Dictis supernis credula
fideliter.
LE TEMPS DE NOËL. -
- T. Il 40
Le Temps de Noël.
Gloria Patri Jesu ma-
gni nominis.
Et tibi, Nate Patris uni-
genite, Deus, potestas, virtus
super aethera; Sancto per omne saecu-
lum Paraclito Laus infinita, honor et
imperiura. Amen.
Gloire au Père de Jésus , dans sa majesté souveraine ; gloire à toi, Fils unique du Père. Dieu, puissance, vertu, plus haut que les cieux: au saint Paraclet louange infi-
nie, honneur et jamais ! Amen.
empire a
Les Séquences pour la Purification sont aussi rares que les Hymnes dans les anciens livres liturgiques. Celle qui suit est de la composition de Notker, et elle est tirée de l'ancien Séquential de l'Abbaye de Saint- Gall.
SEQUENCE
CONCENTU parili hic te, Maria, veneratur populus, teque piis colit cordibus.
Generosi Abrahae tu filia veneranda, regia de Davidis stirpe genita.
Sanctissima corpore, castissima moribus, omniumque pulcherrima, Virgo virginum.
Laetare Mater et Virgo nobilis, Gabrielis Archangelico qu.TS oraculo credula, genuisti clausa filium.
In cujus sacratissimo sanguine emundatur universitas perditissimi generis, ut promisit Deus Abrahae.
LE peuple n'a qu'une voix pour te célébrer, ô Marie !
Tous ces cœurs pieux te vénèrent.
De l'illustre Abraham tu es la fille auguste, issue de la race royale de David.
Très sainte dans ton corps, très chaste dans ta vie, la plus belle de toutes, Vierge des vierges.
Mère et Vierge glorieuse, réjouis-toi : docile a l'oracle de l'Archange Gabriel, toujours intacte tu as enfanté un Fils;
Un Fils dont le sang très sacré purifie la race perdue tout entière, comme Dieu l'a promis à Abraham.
La Purification de la très sainte Vierge. 62 j
C'est toi, ô Marie, que figure la Verge d'Aaron desséchée, puis tout à coup ornée d'une Ijelle fleur ; il est la fleur, ce Fils que tu as enfanté contre les lois de la nature.
Tu es la Porte toujours fermée que célèbre la voix d'Ezéchiel : tu n'es accessible qu'à Dieu seul, ô Marie !
Mais, aujourd'hui, voulant nous donner un exemple digne de la mère des vertus, tu t'es présentée pour l'expiation imposée aux mères que leur enfantement avait souillées.
Tu portas au Temple, pour j être purifié avec toi, le Dieu- I Homme dont la naissance a ' ajouté à ta pureté, ô Mère immaculée !
Réjouis-toi, ô sainte Marie !
toi que celui qui sonde les reins et les cœurs a trouvée la seule demeure digne de lui.
Tressaille, ô Marie! car il te sourit enfant, celui qui seul donne à tous les êtres de se réjouir et d'exister.
Donc, nous qui célébrons la fête du Christ, Enfant pour nous, et de Marie sa tendre Mère,
Si notre faiblesse ne nous permet pas d'atteindre à une si profonde humilité d'un
Te virga arida Aaron flore speciosa praefigurat, Maria, sine viri semine nato floridam.
Tu porta jugiter serata, quam Ezechielis vox testatur , Maria : soli peo pervia esse crederis.
Sed tu tamen matris virtutum dum nobis exemplum cupisti commendare, subisti remedium pollutis statutum matribus.
Ad Templum deduxisti tecum mundandum,
Îui tibi integritatisdecus •eus homo genitus adauxit, intacta Genitrix.
Laetare, quam scrutator cordis et renum probat habitatu proprio sin-
fulariter dignam, sancta laria.
Exsulta, cui parvulus arrisit tune. Maria, qui laetari omnibus et consistere suo nuto tribuit.
Ergo quique colimus festa parvuli Christi propter nos facti, ejusque piœ Matris Mariae, Si non Dei possumus tantam exsequi tardi humilitatem, forma sit no-
Le Temps de Noël.
bis ejus Genitrix.
Laus Patri gloriae, qui suum Filium Gentibus et populo revelans, Israël nos sociat.
Laus ejus Filio, qui suo sanguine nos Patri reconcilians, supernis sociavit civibus.
Laus quoque Spiritui Sancto sit per jevum.
Amen.
Dieu, que du moins sa Mère soit notre modèle.
Louange au Père de gloire, qui, révélant son Fils aux Gentils et à son peuple, daigne nous associer à Israël.
Louange à son Fils, qui, nous réconciliant au Père par son sang, nous associe aux habitants des cieux.
Louange aussi à l'Esprit- Saint à jamais.
Amen.
L'admirable Prose que nous donnons ciaprès est d'Adam de Sami-Victor, Elle était demeurée inédite jusqu'à la publication qu'en a faite M. Léon Gautier, dans sa précieuse édition des œuvres poétiques de notre grand lyrique. Cette Séquence est cependant une des plus belles de son auteur, et l'un des plus gracieux hommages que le moyen âge ait offerts à la Vierge- Mère.
SEQUENCE
TEMPLUM cordis adornemus ; Novo corde renovemus
Novum senis gaudium, Quod dum ulnis amplexa-
tur.
Sic longaevi recreatur Longum desiderium.
Stans in signum populorum Templiin. luce. laude chorura,
ORNONS le temple intérieur; dans un cœur nouveau, renouvelons la joie nouvelle du saint vieillard, qui, prenant sur ses bras l'Enfant divin, satisfait enfin les désirs qui le firent soupirer tant d'années.
Il est l'étendard qui ralliera les peuples, cet Enfant dont la présence illumine le Temple, inspire de si beaux can-
La Purification de la très sainte Vierge. 62g
tiques, émeut les cœurs d'un si noble transport ; aujourd'hui c'est un enfant que l'on présente; plus tard sur la croix, ce sera un homme offert comme hostie du péché.
Là le Sauveur, ici Marie :
saint Enfant, sainte Mère, quels objets d'allégresse 1 mais portons en nous avec amour l'œuvre de lumière que représentent nos cierges allumés.
Le Verbe du Père est la lumière, la chair formée par la Vierge est la cire ; le cierge étincelant est le Christ luimême ; c'est lui qui éclaire nos cœurs de la vraie sagesse ; par sa grâce, celui qui était le jouet de l'erreur et du vice s'élance dans le chemin de la vertu.
Celui qui par l'amour tient le Christ dans ses bras, porte vraiment le flambeau de cire allumé, et remplit pleinement le rite de la fête ; de même que le vieillard dont le cœur portait déjà le Verbe du Père, serra dans ses bras ce même Verbe fait chair que lui confiait l'auguste Mère.
Mère d'un tel Fils, réjouistoi ; pure au dedans, chaste au dehors, sans tache ni
Corda replens gloria, Templo puer praesenta-
tcs, Post in cruce vir oblatus,
Pro peccatis hostia.
Hinc Salvator, hinc Maria, Puer pius, Mater pia,
Moveant tripudium;
Sed cum votis perferatur
Opus lucis, quod signatur
Luce luminarium.
Verbum Patris lux est vera, Virginalis caro cera, Cnristi splendens cereus ; Cor illustrât ad sophiam, Qua virtutis rapit viam, Vitiis erroneus.
Christum tenens per amorem,
Bene juxta festi morem, Gestat lumen cereum :
Sicut senex Verbum Patris
Votis, strinxit pignus Matris Brachiis corporeum.
Gaude,Mater genitoris, Simplexintus, munda foris,
Le Temps de Noèl.
Carens ruga, macula ; A dilecto praeelecta, Ab electo praedilecta Deo muliercula.
Omnis décor tenebrescii, Def(?rmatur et horrescit
Tuum intuentibus :
Omnis sapor amarescit, Reprobatur et sordescit Tuum praegustantibus.
Omnis odor redolere Non videtur, sed olere Tuum odorantibus :
Omnis amor auf de-
poni Prorsus solet, aut postponi Tuum nutrientibus.
Decens maris luminare, Decus matrumsingulare, Vera parens Veritatis, Via vitae pietatis,
Medicina saeculi ; Vena vini fontis vitae, Sitienda cunctis rite, Sano dulcis et languenti, Salutaris fatiscenti
Confortantis poculi.
Fons signate Sanctitate.
Rivos funde, Nos infunde :
ride; femme que son Bien- Aimé a choisie d'avance, que l'amour d'un Dieu a chérie avant les siècles.
A qui contemple la beauté, toute autre beauté n'est que ténèbres et difformité qui repousse ; à qui goûte ta saveur délicieuse, toute autre saveur n'est qu'amertume et objet de dégoût.
A qui respire tes parfums, toute autre senteur est nulle ou désagréable ; en celui qui cultive ton amour, tout autre amour s'efface, ou n'obtient plus que le second rang.
De la mer brillante Etoile, honneur éternel de toutes les mères, c Mère véritable de la Vérité, voie qui conduis à la vie et à la piété, remède de ce monde languissant, canal de ce vin délicieux qui est la source de vie dont tous doivent éprouver la soif; dont le breuvage est doux à celui qui est sain, comme à celui qui est malade; rends la force et la santé à celui qui défaille.
Fontaine scellée, verse tes ruisseaux de sainteté ; fontaine des jardins spirituels, arrose de tes eaux nos âmes
La Purification de la très sainte Vierge. 63 t
desséchées.
Fontaine abondante, inonde-nous, lave nos cœurs coupables. Fontaine sublime, source toujours pure, daigne purifier des souillures du monde, par ta pureté, le cœur de ton peuple.
Amen.
Fons hortorum Internorum, Riga mentes Arescentes
Unda tui rivuli.
Fons redundans, Sis inundans ; Cordis prava Quasque lava :
Fons sublimis, Munde nimis, Ab immundo Munda mundo
Cor immundi populi.
Amen.
L'Eglise Grecque vient à son tour nous prêter ses accents mélodieux, dans les strophes suivantes que nous empruntons à ses Menées.
IN HYPAPANTE DOMINI.
^ UJOURd'hui Siméon reçoit A dans ses bras le Seigneur de gloire que Moïse, sous la nuée, contempla jadis sur le Sinaï visible, où il lui donna la loi. C'est le Seigneur qui parle dans les Prophètes, l'auteur de la Loi, c'est lui qu'annonça David, c'est le Dieu terrible; et c'est aussi celui qui possède une grande et très riche miséricorde.
O trésor des siècles, vie universelle I toi qui autrefois as gravé la Loi sur des tables au Sinaï, tu t'es fait enfant, tu t'es placé sous la Loi pour
y y ODIE Simeon in bra- JH chiis Dominum gloriae recipit, quem sub nube olim Moyses contemplatus est in Sina visibili tabulas sibi dantem ; hic est qui in Prophetis loquitur et Legis factor ; hic est quem David annuntiat, hic in omnibus terribilis, hichabens magnam ditissimamquemisericordiam.
O thesaure saeculorum, vita omnium, propterme infans efifectus es , sub lege factus es tu qui olim sculpsisti in tabulis Le-
Le Temps de Noél.
gem in Sina, ut omnes solveres ab antiqua servitute legis. Gloria miserationi tuae, Salvator ; gloria regno tuo, gloria dispensationi tuae, tu solus es philanthropus.
Illum quiferturincurru Cherubim et hymnificatur in canticis Seraphim, ferens ulnis Deipara Maria nuptinescia ex se incarnatum, legislaiorem adimplentera legis ordinem, dédit manibus senis sacerdotis ; ferens autem ille Vitam, vitae deprecabatur solutionem dicens :
Domine, nunc dimitte me, ut nuntiem Adamo quia vidi immutabilem parv'ulum Deum, qui est ante saecula, et Salvatorem mundi.
Procumbens senex et vestigiis intus insistens nuptinesciae et Deimatris : Ignem. inquit, fers, o pura ; infantem cum tremore in brachiis portas Deum luminis inoccidui, pacisque Dominum.
Mundatur a Seraphim, dura accipit Isaias carbunculum, aiebat senex Deimatri ; tu autem
nous arracher tous à l'antic^ue servitude de cette Loi ; gloire à ta miséricorde, ô Sauveur !
gloire à ton règne ; gloire à ton divin conseil, ô seul ami des hommes 1
Marie, Mère de Dieu, pure de tout commerce humain, porte dans ses bras celui qui est assis sur les Chérubins comme sur un char, et qui est célébré dans les cantiques des Séraphins, celui qui a pris chair en elle, le législateur qui accomplit le précepte de la Loi ; elle le remet aux mains du prêtre vénérable par son grand âge. Siméon, portant ainsi la Vie, implorait la grâce de ne plus vivre :
n Seigneur, disait-il, laisse- « moi partir maintenant ; (I laisse-moi annoncer à n Adam que j'ai vu, sous « les traits d'un enfant, le « Dieu immuable, qui est « avant les siècles, le Sau- « veur du monde. »
Prosterné, et suivant en esprit les pas de la Vierge et Mère de Dieu, le vieillard disait : « C'est un feu que tu portes, ô très pure 1 Tu soutiens sur tes bras tremblants le Dieu de la lumière sans couchant, le Seigneur de La paix.
a Isaïe est purifié par le Séraphin qui touche ses lèvres d'un charbon de feu, disait le vieillard à la Mèr«
La Purification de la très sainte Vierge. 633
de Dieu ; mais toi, en me donnant de tes mains, comme d'un instrument, ce feu, tu m'embrases par celui que tu portes, et qui est le Seigneur de la lumière éternelle et de la paix. »
Hommes de Donne volonté, courons à la Mère de Dieu pour voir son Fils qu'elle conduit vers Siméon. C'est celui que les Esprits célestes, dans leur étonnement, contemplent du haut du ciel, disant : « Nous voyons en ce moment des choses merveilleuses qu'on n'eût pu croire, et qu'on ne saurait comprendre. Celui qui autrefois forma Adam est porté comme un enfant ; celui qui ne connaît pas l'espace est déposé sur les bras d'un vieillard ; celui qui habite au sein ineffable du Père daigne connaître les limites dans h chair , lui qui n'en connaît pas dans sa divinité : il est l'unique ami des hommes ».
manibus quasi manubrio accendis me , donans quem fers uminis inoccidui pacisque Dominum.
Ad Deiparam curramus, o bonae voluntatis, ad videndum illius Filium, quem ad Simeon ipsa deducit , quem e cœlo incorporati cémentes obstupescunt dicentes : Mirabilia videmus nunc, et incomprehensibilia. Qui Adam finxit olim, portatur ut infans ; qui locum nescit, coUccatur in senilibus ulnis ; qui in ineffabili versatur Patris sinu, volens circumscribitur carne et non divinitate : qui solus est philanthropus.
O Emmanuel! en ce jour où vous faites votre entrée dans le Temple de votre Majesté, porté sur les bras de Marie, votre ineffable Mère, recevez l'hommage de nos adorations et de notre reconnaissance. C'est afin de vous offrir pour nous que vous venez dans le Temple ; c'est comme prélude de notre rachat, que vousdaignez payer la rançon du premierné; c'est pour abolir bientôt les sacrifices
634 Le Temps de Noél.
imparfaits, que vous venez offrir un sacrifice légal. Aujourd'hui vous paraissez dans cette ville qui doit être un jour le terme de votre course, et le lieu de votre immolation. Le mystère de notre salut a fait un pas ; car il ne vous a pas suffi de naître pour nous ; votre amour nous réserve pour l'avenir un plus éclatant témoignage.
Consolation d'îsraël, vous sur qui les Anges aiment tant à arrêter leurs regards, vous entrez dans le Temple ; et les cœurs qui vous attendaient s'ouvrent et s'élèvent vers vous. Oh ! qui nous donnera une part de l'amour que ressentit le vieillard, lorsqu'il vous tint dans ses bras et vous serra contre son cœur ? Il ne demandait qu'à vous voir, ô divin Enfant, objet de tant de désirs ardents, et il était heureux de mourir. Après vous avoir vu un seul instant, il s'endormait délicieusement dans la paix. Quel sera donc le bonheur de vous posséder éternellement, si des moments si courts ont suffi à combler l'attente d'une vie entière !
Mais, ô Sauveur de nos âmes, si le vieillard est au comble de ses vœux pour vous avoir vu seulement une fois, dans cette offrande que vous daignez faire de vous-même pour nous au Temple ; quels doivent être nos sentiments, à nous qui avons vu la consommation de votre sacrifice ! Le jour viendra, ô Emmanuel, où, pour nous servir des expressions de votre dévot serviteur Bernard, vous serez offert non plus dans le Temple et sur les bras de Simeon, mais hors la ville, et sur les bras de la croix. Alors, on n'offrira point pour vous un sang étranger ; mais vous-même
La Purification de la très sainte Vierge. 635
offrirez votre propre sang. Aujourd'hui a lieu le sacrifice du matin : alors s'offrira le sacrifice du soir. Aujourd'hui vous êtes à l'âge de l'enfance ; alors vous aurez la plénitude de l'âge d'homme ; et, nous ayant aimés dès le commencement, vous nous aimerez jusqu'à la fin.
Que vous rendrons-nous, ô divin Enfant, qui portez déjà, dans cette première offrande pour nous, tout l'amour qui consommera la seconde 1 Pouvons-nous faire moins que nous offrir à vous pour jamais, dès ce jour ? Vous vous donnez à nous dans votre Sacrement, avec plus de plénitude que vous ne le fîtes à l'égard de Siméon , nous vous recevons non plus entre nos bras, mais dans notre cœur. Deliez-nous aussi, ô Emmanuel; rompez nos chaînes , donnez-nous la Paix que vous apportez aujourd'hui ; ouvrez-nous, comme au vieillard, une vie nouvelle. Pour imiter vos exemples, et nous unir à vous, nous avons, pendant cette quarantaine, travaillé à établir en nous cette humilité et cette simplicité de l'enfance que vous nous recommandez; soutenez-nous maintenant dans les développements de notre vie spirituelle, afin que nous croissions comme vous en âge et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes.
O la plus pure des vierges et la plus heureuse des mères! Marie, fille des RoiSj que vos vas sont gracieux, que vos démarches sont belles i, au moment où vous montez les
ô36 Le Temps de Noél.
degrés du Temple, chargée de notre Emmanuel! que votre cœur maternel est joyeux, et en même temps qu'il est humble, en ce moment où vous allez offrir à l'Eternel son Fils et le vôtre ! A la vue de ces mères d'Israël qui apportent aussi leurs enfants au Seigneur, vous vous réjouissez en songeant que cette nouvelle génération verra de ses yeux le Sauveur que vous lui apportez. Quelle bénédiction pour ces nouveau-nés d'être offerts avec Jésus ! Quel bonheur pour ces mères d'être purifiées en votre sainte compagnie ! Si le Temple tressaille de voir entrer dans son enceinte le Dieu en l'honneur duquel il est bâti, sa joie est grande aussi de sentir dans ses murs la plus parfaite des créatures, la seule tille d'Eve qui n'ait point connu le péché, la Vierge féconde, la Mère de Dieu.
Mais pendant que vous gardez fidèlement, ô Marie, les secrets de l'Eternel, confondue dans la foule des filles de Juda, le saint vieillard accourt vers vous ; et votre cœur a compris que l'Esprit-Saint lui a tout révélé. Avec quelle émotion vous déposez pour un moment entre ses bras le Dieu qui porte la nature entière, et qui veut bien être la consolation d'Israël ! Avec quelle grâce vous accueillez la pieuse Anne ! Peut-être, dans vos jeunes années, avez-vous reçu ses soins, dans cette demeure sacrée qui vous revoit aujourd'hui. Vierge encore et cependant Mère du Messie. Les paroles des deux vieillards qui exaltent la fidélité du Seigneur à ses promesses, la grandeur de celui qui est né de vous, la Lumière qui va se répandre par ce
La Purification de la très sainte Vierge. 63 j
divin Soleil sur toutes les nations, font tressaillir délicieusement votre cœur. Le bonheur d'entendre glorifier le Dieu que vous appelez votre Fils, et qui l'est en effet, vous émeut de joie et de reconnaissance ; mais, ô Marie, quelles paroles a prononcées le vieillard, en vous rendant votre Fils ! quel froid subit et terrible vient tout à coup glacer votre coeur! La lame du glaive l'a traversé tout entier. Cet Enfant que vos yeux contemplaient avec une joie si douce, vous ne le verrez plus qu'à travers des larmes. Il sera en butte à la contradiction, et les blessures qu'il recevra transperceront votre âme. O Marie! ce sang des victimes qui inonde le Temple cessera un jour de couler; mais il faut qu'il soit remplacé par le sang de l'Enfant que vous tenez entre vos bras.
Nous sommes pécheurs, ô Mère naguère si heureuse, et maintenant si désolée ! Ce sont nos péchés qui ont ainsi tout d'un coup changé votre allégresse en douleur. Pardonnez-nous, ô Mère ! laissez-nous vous accompagner à la descente des degrés du Temple. Nous savons que vous ne nous maudissez pas ; nous savons que vous nous aimez, car votre Fils nous aime. Oh ! aimez-nous toujours, Marie ! intercédez pour nous auprès de l'Emmanuel. Obtenez-nous de conserver les fruits de cette précieuse quarantaine. Les grâces de votre divin Enfant nous ont attirés vers lui ; nous nous sommes permis d'approcher de son berceau ; votre sourire maternel nous y invitait. Faites, ô Marie, que nous ne quittions plus cet Enfant qui bientôt sera un homme ; que nous soyons dociles à ce Docteur de nos
Le Temps de Noël.
âmes, attachés, comme de vrais disciples, à ce Maître si plein d'amour, fidèles à le suivre partout comme vous, jusqu'au pied de cette croix qui vous apparaît aujourd'hui.