LE TROISIÈME JOUR
DANS l'octave DE l'ÉPIPHANIE.
LE grand Mystère de l'Alliance du Fils de Dieu avec sonEglise universelle, représentée dans l'Epiphanie par les trois Mages, fut pressenti dans tous les siècles qui précédèrent la venue de l'Emmanuel. La voix des Patriarches et des Prophètes le fit retentir par avance; et la gentilité elle-même y répondit souvent par un écho fidèle.
Dès le jardin des délices, Adam innocent s'écriait à l'aspect de la mère des vivants sortie de son côté : <r C'est ici l'os de mes os, « la chair de ma chair; Thomme quittera son « père et sa mère, et s'attachera à son épouse; « et ils seront deux dans une même cnair. » La lumière de TEsprit-Saint pénétrait alors rame de notre premier père ; et, selon les plus proionds mterprètes des mystères de l'Ecriture, Tertullien, saint Augustin, saint Jérôme, il célébrait l'Alliance du Fils de Dieu avec l'Eglise, sortie par l'eau et le sang de son côte ouvert sur la croix ; avec l'Eglise, pour l'amour de laquelle il descendit de la droite de son Père, et s'anéantissant jusqu'à la iorme de serviteur, semblait avoir quitté la Jérusalem céleste, pour habiter parmi nous dans ce séjour terrestre.
Le second père du genre humain, Noé,
Troisième Jour dans VOct. de l'Epiphan. i53
après avoir vu l'arc de la miséricorde annonçant au ciel le retour des faveurs de Jéhovah, prophétisa sur ses trois fils l'avenir du monde. Cham avait mérité la disgrâce de son père ; Sem parut un moment le préféré ; il était destine à l'honneur de voir sortir de sa race le Sauveur de la terre ; cepend ant, le Patriarche, lisant dans l'avenir, s'écria : « Dieu « dilatera l'héritage deJaphet; et il habitera « sous les tentes de Sem. » Et nous voyons peu à peu dans le cours des siècles l'ancienne alliance avec le peuple d'Israël s'affaiblir, puis se rompre; les races sémitiques chanceler, et bientôt tomber dans l'infidélité ; enfin le Seigneur embrasser toujours plus étroitement la famille de Japhet, la gentilité occidentale, si longtemps délaissée, placera jamais dans son sein le Siège de le religion, l'établir à la tête de l'espèce humaine tout entière.
Plus tard, c'est Jéhovah lui-même qui s'adresse à Abraham, et lui prédit l'innombrable génération qui doit sortir de lui. « Re- « garde le ciel, lui dit-il ; compte les étoiles, « si tu peux : tel sera le nombre de tes en- « fants. » En effet, comme nous l'enseigne l'Apôtre, plus nombreuse devait être la famille issue de la foi du Père des croyants, que celle dont il était la source par Sara; et tous ceux qui ont reçu la foi du Médiateur, tous ceux qui, avertis par l'Etoile, sont venus à lui comme à leur Seigneur, tous ceux-là sont les enfants d'Abraham.
Le Mystère reparaît de nouveau dans le sein même de l'épouse d'Isaac. Elle sent avec effroi deux fils se combattre dans ses entrailles. Rébecca s'adresse au Seigneur, et
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il lui est répondu : « Deux peuples sont dans a ton sein; ils s'attaqueront l'un l'autre ; le « second surmontera le premier, et l'aîné ser- « vira le plus jeune. » Or, ce plus jeune, cet enfant indompté, quel est-il, selon l'enseignement de saint Léon et de l'Evêque d'Hip- Îione, sinon ce peuple gentil qui lutte avec uda pour avoir la lumière, et qui, simple fils de la promesse, finit par l'emporter sur le fils selon la chair ?
C'est maintenant Jacob, sur sa couche funèbre, ayant autour de lui ses douze fils, pères des douze tribus d'Israël, assignant d'une manière prophétique le rôle à chacun dans l'avenir. Le préféré est Juda ; car il sera le roi de ses frères, et de son sang glorieux sortira le Messie. Mais l'oracle finit par être aussi effrayant pour Israël, qu'il est consolant pour le genre humain tout entier. <r Juda, tu garce deras le sceptre ; ta race sera une race de « rois , mais seulement jusqu'au jour où vien- « dra celui qui doit être envoyé, celui qui « sera Vattente des Nations. *
Après la sortie d'Egypte, quand le peuple d'Israël entra en possession de la terre promise, Balaam s'écriait, la face tournée vers le désert tout couvert des tentes et des pavillons de Jacob : a Je le verrai, mais non encore; « je le contemplerai, mais plus tard. Une a Etoile sortira de Jacob ; une royauté s'élèa vera au milieu d'Israël. » Interrogé encore par le roi infidèle, Balaam ajouta : a Oh ! qui « vivra encore quand Dieu fera ces choses ? <r Ils viendront d'Italie sur des galères ; ils « soumettront les Assyriens; ils dévasteront les a Hébreux, et enfin ils périront eux-mêmes. *
Troisième Jour dans l'Oct. de VÉpîphan. 1 55
Mais quel empire remplacera cet empire de fer et de carnage ? celui du Christ qui est rEtoile, et qui seul est Roi à jamais.
David est inondé des pressentiments de ce grand jour. A chaque page, il célèbre la royauté de son fils selon la chair ; il nous le montre armé du sceptre, ceint de l'épée, sacré par le Père des siècles, étendant sa domination d'une mer à l'autre , puis il amène à ses pieds les Rois de Tharsis et des îles lointaines, les Rois d'Arabie et de Saba , les Princes d'Ethiopie. Il célèbre leurs offrandes d'or et leurs adorations.
Dans son merveilleux épithalame, Salomon vient ensuite décrire les délices de l'union céleste de l'Epoux divin avec l'Eglise ; et cette Epouse fortunée n'est point la Synagogue. Le Christ l'appelle avec tendresse pour la couronner ; mais sa voix s'adresse à celle qui habitait au delà des confins de la terre du peuple de Die.u. « Viens, dit-il, ma fian- « cee, viens du Liban ; descends des sommets « d'Amana, des hauteurs de Sanir et d'Her- « mon ; sors des retraites impures des dragons, ft quitte les montagnes qu'habitent les léo- « pards. » Et cette fille de Pharaon ne se trouble pas de dire : a Je suis noire » ; car elle peut ajouter qu'elle a été rendue belle par la grâce de son Epoux.
Le Prophète Osée se lève ensuite, et il dit au nom du Seigneur : « J'ai choisi un homme, <( et il ne m'apelleraplusBaal désorm.ais. J'ô- « terai de sa bouche ce nom de Baal, et il ne Cl s'en souviendra plus. Je m'unirai à toi « pour jamais, homme nouveau ! Je sèmerai ta « race par toute la terre; j'aurai pitié de celui
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a qui n'avait point connu la miséricorde ; à « celui qui n'était pas mon peuple, je dirai: « mon peuple ! Et il me répondra : mon Dieu ! j>
A son tour, le vieux Tobie, du sein de la captivité, prophétisa avec magnificence ; mais la Jérusalem qui doit recevoir les Juifs délivrés par Cyrus, disparaît à ses yeux, à l'aspect d'une autre Jérusalem plus brillante et plus belle. « Nos frères qui sont dispersés, « dit-il, reviendront dans la terre d'Israël ; « la maison de Dieu se rebâtira. Tous ceux (( qui craignent Dieu viendront s'y retirer ; c les Gentils même laisseront leurs idoles, et « viendront en Jérusalem, et ils y habiteront, « et tous les rois de la terre y fixeront leur (f séjour avec joie, accourus pour adorer le « Roi d'Israël. »
Et si les nations doivent être broyées, dans la justice de Dieu, pour leurs crimes, c'est pour arriver ensuite au bonheur d'une alliance éternelle avec Jéhovah. Car voici ce qu'il dit lui-même, par son Prophète Sophonie • « Ma justice est de rassembler les « nations, de réunir en faisceau les royaumes, « et je répandrai sur elles mon indignation, « et tout le feu de ma colère ; la terre entière « en sera dévorée. Mais ensuite je donnerai 0 aux peuples une langue choisie, atîn qu'ils « invoquent tous le nom du Seigneur, et « qu'ils portent tous ensemble mon joug. « Jusqu'au delà des fleuves de l'Ethiopie, ils « m'invoqueront ; les fils de mes races disper- « sées viendront m'apporter des présents. »
Le Seigneur avait déjà dénoncé ses oracles de miséricorde par la bouche d Ezéchiel : « Un seul Roi commandera à tous, dit Jého-
Troisième Jour dans VOct. de VEpiphan. ibj
« vah ; il n'y aura plus deux nations, ni deux « royaumes. Ils ne se souilleront plus avec « leurs idoles ; dans les lieux mêmes où ils « ont péché, je les sauverai , ils seront mon « peuple, et )e serai leur Dieu II n'y aura « qu'un Pasteur pour eux tous. Je ferai avec « eux une alliance de" paix, un pacte éter- « nel ; je les multiplierai, et mon sanctuaire « sera au milieu d'eux à jamais. »
C'est pourquoi Daniel, après avoir prédit les Empires que devait remplacer l'Empire Romain, ajoute : « Mais le Dieu du ciel « suscitera à son tour un Empire qui « jamais ne sera détruit, et dont le sceptre « ne passera point à un autre peuple. Cet « Empire envahira tous ceux qui l'ont pré- « cède; et lui, il durera éternellement »
Quant aux ébranlements qui doivent précéder l'établissement du Pasteur unique, et de ce sanctuaire éternel q^ui doit s'élever au centre de la Gentilité, Aggee les prédit en ces. termes : « Encore un peu de temps, et j'é- « branlerai le ciel, la terre et la mer ; je « mêlerai toutes les nations ; et alors vien- « dra le Désiré de toutes les nations, o
Il faudrait citer tous les Prophètes pour donner tous les traits du grand spectacle promis au monde par le Seigneur au jour où, se ressouvenant des peuples, il devait les appeler aux pieds de son Emmanuel, L'Eglise nous a fait entendre Isaïe dans l'Epitre de la Fête, et le fils d'Amos a surpassé ses frères.
Si maintenant nous prêtons l'oreille aux voix cjui montent vers nous du sein de la Gentilité, nous entendons ce cri d'attente,
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l'expression de ce désir universel qu'avaient annoncé les Prophètes hébreux. La voix des Sibylles réveilla l'espérance au cœur des peuples ; iusqu'au sein de Rome même, le cygne de Mantoue consacre ses plus beaux vers à reproduire leurs consolants oracles : (( Le dernier âge, dit-il, l'âge prédit par la « Vierge de Cumes est arrivé ; une nouvelle « série des temps va s'ouvrir ; une race nou- « velle descend du ciel. A la naissance de cet « Enfant, l'âge de fer suspend son cours , un « peuple d'or s'apprête à couvrir la terre. « Les traces de nos crimes seront effacées ; et <( les terreurs qui assiégaient le monde se « dissiperont. »
Et comme pour répondre aux vains scrupules de ceux qui craignent de reconnaître, avec saint Augustin et tant d'autres saints Docteurs, la voix des traditions antiques s'énonçant par la bouche des Sibylles . Cicéron. Tacite, Suétone, philosopheset historiens gentils, viennent nous attester que le genre humain, dans leurs temps, attendait un Libérateur ; que ce Libérateur devait sortir, non seulement de l'Orient, mais de la Judée ; que les destinées d'un Empire qui devait renfermer le monde entier étaient sur le point de se déclarer.
Ils partageaient cette universelle attente de votre arrivée, ô Emmanuel, ces Mages aux yeux desquels vous fîtes apparaître l'Etoile, et c'est pour cela qu'ils ne perdirent pas un instant, et se mirent tout aussitôt en route vers le Roi des Juifs dont la naissance leur était annoncée. Tant d'oracles s'accomplissaient en eux ; mais s'ils en recevaient les
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Erémices, nous en possédons le plein effet, 'alliance est conclue, et nos âmes, pour l'amour desquelles vous êtes descendu du ciel, sont à vous; l'Eglise est sortie de votre flanc divin, avec le sang et l'eau; et tout ce que vous faites pour cette Epouse prédestinée, vous l'accomplissez en chacun de ses enfants fidèles. Fils de Japhet, nous avons dépossédé la race de Sem qui nous fermait ses tentes; le droit d'aînesse dont jouissait Juda nous a été déféré. Notre nombre, de siècle en siècle, tend à égaler le nombre des étoiles. Nous ne sommes plus dans les anxiétés de l'attente ; l'astre s'est levé, et la Royauté qu'il annonçait ne cessera jamais de répandre sur nous ses bienfaits. Les Rois de Tnarsis et des îles, les Rois d'Arabie et de Saba, les Princes de l'Ethiopie sont venus, portant des présents; mais toutes les générations les ont suivis. L'Epouse, établie dans tous ses honneurs, ne se souvient plus des sommets d'Amana, ni des hauteurs de Sanir et d'Hermon, où elle gémissait dans la compagnie des léopards; elle n'est plus noire, mais elle est belle, sans taches, ni rides, et digne de l'Epoux divin. Elle a oublié Baal pour jamais ; elle parle avec amour la langue que Jéhovah lui a donnée. L'unique Pasteur paît l'unique troupeau; le dernier Empire poursuit ses destinées jusqu'à l'éternité.
C'est vous, ô divin Enfant, qui venez nous apporter tous ces biens et recevoir tous ces hommages. Croissez, Roi des rois, sortez bientôt de votre silence. Quand nous aurons goûté les leçons de votre humilité, parlez
Le Temps de Noél.
en maître ; César-Auguste règne depuis assez longtemps ; assez longtemps Rome païenne s'est crue éternelle. Il est temps que le trône de la force cède la place au trône de la charité, que la Rome nouvelle s'élève sur l'ancienne. Les nations frappent à la porte et demandent leur Roi ; hâtez le jour où elles n'auront plus à venir vers vous, mais où votre miséricorde doit les aller chercher par la prédication apostolique. Montrez-leur celui à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre ; montrez-leur la Reine que vous leur avez choisie. De l'humble demeure de Nazareth, du pauvre réduit de Bethléhem, que l'auguste iMarie s'élève bientôt, sur les ailes des Anges, jusqu'au trône de miséricorde, du haut duquel elle protégera tous les peuples et toutes les générations.
Nous emprunterons maintenant aux diverses Eglises quelques-uns des Cantiques dans lesquels elles célèbrent l'Epiphanie du Seigneur. Le Prince des poètes ae la Liturgie latine, Prudence, va chanter le voyage des Mages à Bethléhem.
Er Persici, ex orbis sinu Solunde sumit januam, Cernunt periti interprètes Regale vexillum Magi.
Quod ut refulsit, caeteri Csssere signorum globi :
AU sein de l'Empire persan, de cette contrée où se lève le soleil, des Mages, investigateurs habiles, aperçoivent l'étendard du Roi.
A peine a-t-il brillé aux cieux, que les autres sphères pâlissent : l'étoile du matin,
Troisième Jour dans VOct. de VÈpiphan. i6i
malgré sa beauté, n'ose se montrer auprès de lui.
« Quel est, disent les Mages, ce Roi qui commande aux astres, qui émeut les gloBes célestes, à qui la lumière et l'air obéissent ?
( Ce que nous voyons est le signe de celui qui ne connaît pas de terme, le Dieu sublime, immense, sans limites, dont la durée précède celle du ciel et du chaos.
€ Il est le Roi des nations, le Roi du peuple judaïque ; il fut promis au Patriarche Abraham et à sa race, dans les siècles.
« Ce premier Père des croyants, qui sacrifia son fils unique, connut que sa race serait un jour nombreuse comme les étoiles.
« Voici que la fleur de David s'élève sur la tige de Jessé; la branche fleurit et devient un sceptre qui commande à l'univers. »
L'œil fixé au ciel, les Mages suivent en hâte le sillon de
Nec pulcher est ausus suam
Conferre formam Lucifer
Quis iste tantus, inqui-
unt, Regnator, astris impe-
rans ; Quem sic tremunt cœles-
tia, Cui lux, et aethra inser-
viunt?
Illustre quiddam cerni-
mus, Quod nesciat finem pati :
Sublime, celsum, inter-
minum, Antiquius cœlo et chao.
Hic ille Rex est Gen-
tium
Populique Rex judaici,
Promissus Abrahas Patri
Ejusque in aevum semini.
iEquanda nam stellis sua Cognovit olim germina Primus sator credentium, Nati immolator unîci.
Jam flos subit Davidi-
cus, Radice Jesse editus :
Sceptrique per virgam
virens, Rarum cacumen occupât,
Exin sequuntur perciti, Fixis in altum vultibus.
LE TEMPS DE NCEI
Le Temps de Noël.
Qua Stella sulcum îraxe-
rat, Claramque signabat vi-
am.
Sed verticem pueri supra
Signum pependît imminenr
Pronaque submissum face
Caputsacratum prodidit.
Viderequod postquam
Magi, Eoa promunt munera, Stratique votis offerunt Thus, myrrham, et au-
rum regium.
Agnosce clara însignîa Virtutis, ac regni tuï, Puer o, ciri trinam Pater Praedestinavit indolem.
Regem, Deumque an-
nuntiant Thésaurus et fragrans o-
dor Thuris Sabaei : ac myr-
rheus Pulvis sepulcrum praî-
docet.
Hoc est sepultum , quo Deus.
Dum corpus extingui sinit,
Atque id sepultum suscitât.
Moriis refregit carcerem.
lumière que l étoile leur traçait à l'horizon, pour régler sur la terre la voie qu'ils devaient suivre.
Le signe s'arrêta au-dessus de la tête de l'Enfant qu'ils cherchaient ; il abaissa son flambeau, et leur découvrit cette tête sacrée.
Les Mages le voient; aussitôt ils ouvrent les trésors de l'Orient, et, prosternés, lui ofiirent l'encens, la myrrhe et l'or des rois.
Reconnais les illustres symboles de ta puissance et de ta royauté, Enfant, à qui le Père a conféré par avance une triple destinée.
L'or annonce le Roi, l'odeur suave de l'encens de Saba proclame le Dieu, la myrrhe présage le tombeau ■
Tombeau par lequel ce Dieu, laissant périr son corps, et le res.^uscitant après la sépulture, brisera la mort et ses cachots.
Troisième Jour dans l'Oct. de VEpiphan. 1 63
L'ancienne Eglise Gallicane nous fournit cette belle prière que nous empruntons à son antique Sacramentaire :
O Dieu, qui êtes riche en miséricorde dans toutes vos oeuvres ; Père de gloire, qui avez donné votre Fils pour être la lumière dfes nations, pour annoncer la Rédemption aux captifs, la vue aux aveugles : vous qui répandez les bienfaits avec tant de largesse, daignez nous accorder, par la foi, la rémission des péchés et une part entre les saints. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.
Pv EUS qui dives es \n ^ omnibus misericordia, Pater gloriae , qui posuisti Filium tuum lumen in nationibus, prasdicare captivis redemptionem, caecis visum, remissionem peccatorum, et sortem inter sanctos per fidem, qui es in Christolargus, miserator indulge. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Célébrons le mystère de la Naissance de notre Roi et de son alliance avec l'humanité, par cette Séquence de nos vieux Missels Romains-Français.
SEQUENCE
LE cours de l'année a ramené les solennités qu appelaient nos vœux.
Que notre voix s'unisse aux concerts desAnges.
En ce jour, le Christ, comme un époux, est sorti du saactuaire maternel.
Il s'élance comme un géant, pour parcourir la carrière de cett« vie.
La milice des Anges chante : Gloire au plus haut des cieuxl
ECCE jam votiva festa recurrunt annua.
Addat sevox nostra ad Angelorum carmina.
Christus hac ut sponsus materna die processif clausula.
Exsultans ut gigas ad hujus vitœ currendas semitas.
Angelica gloriam reboant in excelsis agmina.
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Le Temps de Noël.
Pacem in terra homines teneant. cum benevolentia.
Jam se replicat saeculi séries maxima : venit etiam vatis Cumaeae veridica jam œtas carminis ultima.
Virgo remeat, saecla revehens altéra : adsunt tempora quo gens ferrea jaifi desinat, et mundo pullulet aurea.
Adauctos solis jubar die pluscula menses producere inchoat.
Nocturnas Stella fugat, Magos excitât, Balaamitica tenebras.
Impleta, quae prasdixerat plebs utraque, et Gentiliset Hebraea, oracula, Christo nascente, sunt omnia.
Sunt cuncta jam nunc scelerum récidiva et recentia et antiqua vestigia,quaeque remanserant, irrita.
O mira atque nova genitura ! fit gravida Virgo fideliter credula.
Et porta, quae fuerat semper clausa, est reserata,
Naturam dum hominis induit Deitas.
Conserva haîc, quaesumus, Christe. nobis raunera tanta,a te pr.trogata.
Paix aux hommes sur la terre, aux hommes de bonne volonté !
Déjà se déroule une longue série de siècles; le dernier âge prédit par la prophétesse de Cumes, l'âge de la vérité, s'ouvre aujourd'hui.
La Vierge redescend des cieux, ramenant avec elle des siècles nouveaux ; l'âge de fer s'arrête dans son cours ; l'âge d'or refleurit pour le monde.
Le soleil rallumé recommence à parcourir les signes ; il éclairera de nouveaux mois.
L'étoile de Balaam chasse les ténèbres de la nuit; à sa lumière, les Mages s'ébranlent.
Les oracles des deux peuples, de la Gentilité et de la race des Hébreux, s'accomplissent tous dans la Naissance du Christ.
Toutes les traces qu'avait laissées le crime, soit dans les temps anciens, soit danslàge récent, s'effacent en ce jour.
Enfantement merveilleux et nouveau ! une Vierge, fidèle dans sa foi, a conçu un fruit divin.
La porte, toujours fermée, s'ouvre" pour le Seigneur,
Au moment où la Divinité revêt la nature de l'homme.
Conservez-nous, 6 Christ, ces immenses bienfaits, si longtemps implorés de votre clémence. Amen.
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L'Hymnographe sublime de l'Eglise de Syrie, saint Ephrem, continue de chanter les doux mystères de la Naissance du Sauveur.
LES laboureurs des campagnes de Bethléhem vinrent à leur tour ; ils vénérèrent celui qui venait sauver leur vie, et, dans leur allégresse, ils prophétisaient ainsi :
0 Salut, ô toi qui es appelé à « cultiver nos champs ; tu « fertiliseras les guérets de (' nos cœurs, et tu en ramas- « seras le froment dans le « grenier de la vie. »
Les vignerons se présentèrent ensuite ; ils célébrèrent la Vigne sortie du tronc de Jessé.la Vigne qui de son cep sacré a produit la grappe virginale : « Divin vigneron, <i chantaient-ils, rends-nous « notre arôme, en nous ver- « sant dans des vases dignes « de ton vin nouveau qui 0 régénère toutes choses ; « viens rétablir ta vigne ; « jusqu'ici elle n'a produit « que d'amers raisins ; greffe <• tes propres rameaux sur « ces ceps sauvages. »
Les charpentiers vinrent à leur tour au fils de Joseph, à cause de Joseph leur frère :
« Nous saluons ton heureuse « naissance, ô Prince des « artisans ! C'est toi qui don- « nas à Noé le plan de son
VENERE agrorum cultores, et vitae sospitatorem suae venerati sunt, laetique talia prophetabant ■ Ave, designatus nostrorum cultor agrorum ; tu cordium nostrorum arva coles, et frumenta inde collecta in horreum vitae congregabis.
Secuti sunt vinitores, vineamque laudarunt ex radice ramisque Jesse propagatam, quae virginembotrumexveneranda vite protulit : Nos, quaeso, refingito in vasa digna vino tuo novo innovante omnia ', statum vineae tu»
restitue, qua?so ; nil illa praeter siliquas hucusque protulit ; tuos jam insère vitibus surculos.
Ad filium Joseph, propter Joseph venere fabri :
Beatum natalera tuum auguramur, aiebant, artificum Princeps, qui Nceticam arcam delineasti ; atque tabernacu-
Le Temps de Noël.
lum architectatus es illud extemporaneum, et ad tempus duraturum ; nostra te laudant opificia :
esto,.precamur, tu çloria nostra ; jugum fabricare, futurum gestaturi, levé et suave onus.
Simili instinctu salutavere natum infantem novi conjuges, ut dicerent :
Salve, puer, cujus mater sponsa Sancti facta est.
Beatas nuptias, quibus interfuturus es , beatos sponsos , quibus , cum vinum defuerit, tuo repente nutu, illud affluere cernent.
Clamavere simul parvuli : O nos beatos, quibus contigit habere te fratrem, et in foris sodalem : felicem diem, felices pueros, quibus continget laudare te arborera vitae, qui celsitudinem tuam ad nostram aetatulam demisisti.
Rumor pervaserat aures ferainarum, fore ut virgo aliquando pareret ; injecta est cuilibet illarum hujusmodi partus spes : Speravere nobiies, speravere formosae tuas se fore matres. Tibi, Altissime, benedicimus, quod pauperem matrem elegeris.
« arche ; tu fus l'architecte « de ce tabernacle qui fut fait « à la hâte, er qui ne devait i< durer qu'un temps , nos « travaux célèbrent tes lou- <i anges. Sois notre gloire ; (I daigne faire toi-même le i( joug que nous voulons por- « ter, doux et léger fardeau. »
Les nouveaux mariés saluèrent de concert le nouveauné ; ils disaient • « Salut, ô « Enfant dont la Mère a été « l'épouse du Dieu de sain- « teté 1 Heureuses les noces « auxquelles tu assisteras 1 » Heureux les époux qui, « manquant de vin, le verront « tout à coup abonder sur un « signe de ta puissance ! »
Les petits enfants crièrent à leur tour : « Heureux soma mes-nous de t'avoir pour « frère, pour compagnon dans (i nos ébats 1 Heureux jour 1 « heureux enfants, auxquels « il est donné de dire tes louw anges, arbre de vie, qui as « daigné mettre ta cime en « rapport avec notre taille « enfantine. »
L'oracle était parvenu jusqu'aux oreilles des femmes, qu'une Vierge devait enfanter un jour ; chacune espérait pour elle-même l'honneur d'un tel enfantement : « Les « plus nobles, les plus belles c se flattaient de devenir ta i( mère. O Très-Haut 1 nous « te bénissons d avoir choisi « une mère pauvre. »
Troisième Jour dans VOct. de VEpiph,
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Les jeunes filles qui lui furent présentées, prophétisaient aussi ; elles disaient :
< Que je sois belle, que je « sois difforme, que je sois « pauvre, je n'en serai pas « moins à toi : à toi je n\'at- « tacherai. Le lit d'un mortel
< jamais ne sera pour moi € préférable à ta couche. »
Prophetavere etiam puellaî, quibus obtigit ad illum deferri, dicentes :
Seu déferrais sim, seu formosa sim, seu humilis sim, tibi ero. adhaerebo tibi : mortales thalami tuo nunquam mihi crunt potiores.
A la gloire de Marie, nous chanterons cette gracieuse Séquence de nos antiques Eglises lu moyen âge :
SÉQUENCE
FAISONS retentir ce Salut, parole heureuse et douce.
Salut par lequel devient le sanctuaire du Christ la Vierge qui est à la fois sa mère et sa fille.
A peine entend-elle ce Salut, qu'elle conçoit son divin Fils, la Vierge issue de David, le lis entre les épines.
Salut ! Mère du vrai Salomon, toison de Gédéon, vous dont les Mages honorent l'enfantement par une triple oflrande.
Salut ! vous qui avez enfanté le soleil. Salut ! vous qui, en donnant votre fruit, avez rendu à l'homme tombé la vie et la puissance.
"\7 ERBUM bonum et
' suave, Personemus illud Ave, Per quod Christi fit conclave Virgo, mater, filia.
Per quod Ave salutata, Mox concepit fœcundata Virgo David stirpe nata, Inter spinas lilia.
Ave, veri Salomonis Mater, vellus Gedeonis, Cujus Magi tribus donis Laudant puerperium.
Ave, solem genuisti ; Ave, solem protulisti ; Mundo lapso contulisti Vitam et imperiura.
Le Temps de Noél.
Ave, sponsa Verbi
summi, Mariîi portus, signum
durai, Aromatum virga fumi, Angelorum Domina.
SuppHcamus : nos emenda, Emendatos nos com-
menda Tuo Nato, ad habenda Sempiterna gaudia.
Amen.
Salut ! Epouse du Verbe souverain, port du navigateur, buisson mystérieux, nuage de parfums, Reine des Anges.
Nous vous en supplions, amendez-nous et nous recommandez à votre Fils, qui daigne nous donner l'éternelle joie 1 Amen.
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