‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 115 sur 249 · SS · texte numérisé non relu

SS

Le Jeudi Saint.

Usquecjuo, Deus, impropcrabit inimicus?' irritât advcrsarius nomcn tuum in hncm ?

Ut quid avertis manum tuam, et dexieram tuam :* de mcdio sinu luo in finem ?

Deus autcm Rcx noster ante saecula :* operatus est salutem in medio terrae.

Tu confirmasti in virtute tua mare : * contribulasti capita draconum in aquis.

Tu confregisti capita draconis : * dedisti eum escam populis JEikiopum.

Tu dirupisti fontes et torrentes :' tu siccasti fluvios iEthan.

Tuus est dies, et tua est nox ; * tu fabricatus es auroramet solem.

Tu fecisti omnes termines terras :* aestatem et ver tu plasmasti ea.

Memor esto hujus, inimicus improperavit Domino: * et populus insipiens incitavit nomen tuum.

Ne tradas bestiis animas confîtentes tibi : * et animas pauperum tuo-

O Dieu, jusques à quand l'ennemi nous insultera-i-il ?

Votre ennemi et le nôtre outragcra-t-il donc toujours votre nom ?

Pourquoi tenez-vous toujours cachée votre main ? que ne la tirez-vous enfin de votre sein, ou elle est immobile?

Dieu est notre roi dès avant tous les siècles; il a opéré plus d'une fois notre salut à la face de la terre entière.

Vous avez suspendu les eaux de la mer par votre puissance ; vous avez brisé dans ses flots les têtes des dragons.

\ ous avez écrasé la tête du dragon ; vous l'avez donné en proie aux peuples de l'Ethiopie.

Vous avez rompu la roche, et elle a versé des torrents; vous avez desséché les fleuves d'Ethan.

Le jour est à vous, et la nuit vous appartient: vous avez créé l'aurore et le soleil.^

C'est vous qui avez fixé les bornes de la terre : le printemps et l'été, c'est vous qui les avez formés.

Souvenez-vous, Seigneur, des outrages de votre ennemi, de ce peuple insensé qui a défié votre nom.

N'abandonnez pas aux bétes farouches ceux qui chantent vos louanges, et

Le Jeudi Saint.

n'oubliez pas pour toujours les âmes de vos pauvres.

Ayez égard à votre alliance; votre terre est couverte de ténèbres, et elle est peuplée d'impies, couverte de maisons d'iniquités.

Que l'humble qui s'adresse à vous n« s'en retourne pas couvert de confusion ; le pauvre et l'indigent loueront votre Nom.

O Dieul levez-vous et jugez votre cause; souvenez -vous des outrages que les insensés vous font durant tout le jour.

N'oubliez pas les blasphèmes de vos ennemis ; car l'insolence de ceux qui vous haïssent monte toujours.

Ant. Levez-vous , Seigneur, et jugez ma cause.

f. Mon Dieu , arrachezmoi des mains du pécheur.

% Tirez-moi de la puissance du violateur de votre loi et de l'injuste.

L'Eglise lit, au second Nocturne, un passage des Enarrations de saint Augustin sur les Psaumes prophétiques de la Passion du Sauveur.

QUATRIEME LEÇON

rum ne obliviscaris in finem.

Respice in testamentum tuum : * quia repleti sunt, qui obscurati sunt terrae, domibus iniquitatum.

Ne avertatur humilis factus confusus :* pauper et inops laudabunt Nomen tuum.

Exsurge, Deus, judica causam tuam : * memor esto improperiorum tuorum, eorum quae ab insipiente sunt tota die.

Ne obliviscaris voces inimicorum tuorum : * superbia eorum qui te oderunt, ascendit semper.

ANT.Exsurge,Domine, et judica causam meam.

j^. Deus meus, eripe me de manu peccatoris.

R). Et de manu contra legem agentis et iniqui.

Du traité de saint Augustin, Evéque, sur les Psaumes.

EXAUCEZ, ô Dieu, ma prière, et ne méprisez pas ma

Ex tractatu S. Augustini Episcopi super ?salmos.

EXAUDI, Deus, nem meam ,

oratioet ne

despcxcris deprecationem meam : iotendc mihi, et exaudi me. Satagentis, sollicili, in tribulationc positi verba sunt ista. Orat multa patiens, de malo liberari desiderans. Superest ut videamus in cjuo malo sit; et cum dicere cœperit , agnoscamus ibi nos esse : ut communicata tribulatione conjungamus orationem. Contristatus sum , inquit , in exercitatione mea, etconturbatus sum. Ubi contristatus ? ubi conturbatus ? In exercitatione mea , inquit. Homines malos, quospatitur, commemoratus est : eamdemque passionem malorum nominum, exercitationem suam dixit. Ne putetis gratis esse malos in hoc mundo, et nihil boni de illis agere Deum.

Omnis malus, aut ideo vivit, ut corrigatur : aut ideovivit, ut per illum bonus exerceaîur.

^ A Micus meusosl\ culi me tradidit signo: Quem osculatus fuero. ipse est, tenete earn ; hoc malum fecit signum, qui per osculum adimplevit homicidium.

supplication ; soyez attentif à mes paroles, et exaucezmoi. Ces paroles sont d'un homme qui est dans l'inquiétude et dans Tafiliction. Dans le fort de ses souffrances, il demande d'être délivré du mal qui le presse. Il nous reste maintenant à entendre en quoi consiste le mal dont il se plaint; et quand il aura commencé à parler , nous reconnaîtrons que nous sommes dans la même peine ; afin que, ayant part à son affliction , nous joignions notre prière à la sienne. J'ai été, dit-il , accablé de tristesse, dans la peine qui m'exerce ; et j'ai été troublé. Où a-t-il été accablé de tristesse ? où a-t-il été troublé ? C'est , dit-il , dans la peine qui m'exerce. Il parle des méchants qui le font souifrir, et la persécution des méchants est ce qu'il appelle son exercice. Ne pensez pas que les méchants soient en ce monde pour rien, et que Dieu ne tire aucun bien d'eux. Il les laisse vivre, ou afin qu'ils se corrigent, ou afin qu'ils exercent les bons.

ON ami m'a trahi par le signal d'un baiser : Celui que je baiserai, a-t-il dit, c'est lui-même; arrêtez-le. Tel est le signal coupable (jue donna celui qui par un baiser consomma l'iio-

Le Jeudi Saint.

micide. * Le malheureux ! il ne garda pas même le prix du sang , et à la fin il se pendit.

Jr. Il eût été bon pour cet homme de n'être pas né.

* Le malheureux ! il ne garda pas même le prix du sang, et à la fin il se pendit.

* Infelixpraetermisit pretium sanguinis, et in fine laqueo se suspendit.

Jf. Bonumerat ei,si na-

tus non fuissethomo ille.

* Infelix praetermisit

Eretium sanguinis, et in ne laqueo se suspendit.

CINQUIEME LEÇON

PUISSENT donc se convertir et mériter d'être exercés avec nous ceux qui maintenant nous exercent 1 Mais pendant qu'ils nous sont ainsi à charge, gardons-nous de les haïr, parce que nous ne savons pas si le méchant persévérera jusqu'à la fin dans sa malice. Il arrive souvent qu'en pensant haïr votre ennemi, c'est votre frère que vous haïssez, sans le savoir.

Il n'y a que le diable et ses anges que nous sachions, par les saintes Ecritures, être présentement dans les flammes éternelles. Il n'y a qu'eux dont nous ne pouvons espérer de changement , eux contre lesquels nous avons à soutenir ce combat invisible, auquel l'Apôtre nous prépare, lorsqu'il dit : Nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, c'est-à-dire contre les hommes que vous voyez, mais contre les principautés et les puissances, contre les princes de ce

TiNAM ergo qui nos modo exercent^ convertantur , et nobiscum exerceantur : t a m e n quamdiuita sunt, utexerceant nos, n©n eos oderimus : quia in eo quod malus est quis eorum , utrum usque in finem perseveraturus sit, ignoramus. Et çlerumque cum tibi videns odisse inimicum, fratrem odisti, et nescis. Diabolus, et angeli ejus in Scripturis sanctis manifestati sunt nobis , quod ad ignem aeternum sint destinati :

ipsorum tantum desperanda est correctio, contra quos habemus occultam luctam : ad quam luctam nos armât Apostolus, dicens : Non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem : id est , non adversus homines quos videtis, sed adversus principes, et potestates , et

Le Jeudi Saint.

rectores mundi, tencbrarum harum. Ne forte cum dixisset, mundi, in- IcUigcrcs daemoncs esse rectores cœli et terroe :

mundi dixit, tcncbrarum harum : mundi dixit , amatorum mundi : mundi dixit, impiorum et iniquorum : mundi dixit, de quodicitEvangelium: Et mundus eum non cognorit.

Hl î ^^'^^ mercator J pessimus osculo petiit Dominum :

ille ut agnus innocens non negavit Judœ osculum : * Denariorum numéro Christum Judaeis tradidit.

j^. Melius illi erat, si natus non fuisset.

* Denariorum numéro Christum Judasis tradidit.

monde de ténèbres. Afin que nous ne crussions pas que lc>> démons soient les maitrcs du ciel et de la terre, quand il dit : Les princes de ce monde, il ajoute : de ce monde de ténèbres. Ainsi, par ce monde, il entend les amateurs du monde ; par ce monde, il entend les impies et les méchants ; par ce monde, il entend celui dont l'Evangile parle quand il dit : Et le monde ne l'a pas connu.

fl, f UDAS, le marchand J sacrilège, s'approcha du Seigneur pour le baiser ; comme un agneau innocent, le Seigneur ne refusa pas le baiser de Judas. * Pour c^uelques deniers, le traître a livré le Christ aux Juifs.

f. Il eiit été meilleur pour lui de n'être jamais né.

* Pour quelques deniers, le traître a livré le Christ aux Juifs.

SIXIEME LEÇON

•"Y^^ï-^*^ "^^"^^ iniquita- V^tem et contradictionem in civitate. Attende gloriam Crucis ipsius.

Jam in fronte regum Crux illa fixa est, cui inimici insultaverunt. Effectus probavit virtutera : domuit orbem non ferro , sed ligno. Lignum Crucis contumeliis dignum vi-

JE n'ai vu dans la ville qu'iniquité et contradiction.

Considérez la gloire de la Croix du Christ. Objet des insultes de ses ennemis, la voilà maintenant placée sur le front des rois. Sa puissance a paru par ses effets.

Le Christ a conquis l'univers, non par le fer, mais par le bois. Le bois de la Croix ne

Le Jeudi Saint.

parut digne que d'opprobres à ses ennemis, lorsqu'ils se tenaient devant elle, branlant la tête et disant: S'il est le Fils de Dieu, qu'il descende de la Croix. Lui cependant étendait ses mains vers le peuple incrédule et rebelle.

Si c'est le juste qui vit de la foi, le méchant est celui qui n'a pas la foi. C'est pourquoi, par l'iniquité dont parle le Prophète, il faut entendre l'infidélité. Le Seigneur Voyait donc l'iniquité et la contradiction dans cette ville ; il étendait ses mains vers ce peuple incrédule et rebelle ; it néanmoins il Ls attendait avec patience , en disant :

Père, pardonnez-leur ; car ils ne savent ce qu'ils font.

[^ N de mes discipes me trahira aujourd'hui : malheur à celui par qui je serai trahi ! * Mieux vaudrait pour lui n'être jamais né.

f. Celui qui met en ce moment la main au plat avec moi, est celui qui doit me livrer entre les mains des pécheurs.

" Mieux vaudrait pour lui n'être jamais né.

On répète : Un de mes disciples.

sum est inimicis, et ante ipsum lignum stantes caput agitabant, et dicebant : Si Filius Dei est, descendat de Cruce. Extendebat ille manus suas ad populum non credentem, et contradicentem.

Si enim justus est qui ex fide vivit, iniquus est qui non habet fidem. Quod ergo hic ait, iniquitatem perfidiam intellige. Videbat ergo Dorainus in civitate iniquitatem et contradictionem, et extendebat manus suas ad populum non credentem : et tamen ipsos exspectans dicebat : Pater, ignosce illis, quia nesciunt quid faciunt,

T TNUS ex disci-

^' LJ p u 1 i s meis tradet me nodie : vae illi per quem tradar ego 1 * Melius illi erat, si natus non fuisset.

j^. Qui intingit mecum manum in paropside, hic me traditurus est in manus peccatorum.

* Melius illi erat, si natus non fuisset.

On répète : Unus ex discipulis meis.

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