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torité du gouverneur. Les soldats s'emparent de lui et remnièncnt hors de la cour du Prétoire. Ils lui enlèvent le manteau de pourpre, et le revêtent de ses vêtements qu'ils lui avaient otés pour le flat^ellcr; enfin ils chargent la Croix sur ses épaules déchirées. Le lieu où le nouvel Isaac reçut ainsi le bois de son sacrifice est désigné comme la seconde Station. La troupe des soldats, renforcée des exécuteurs, des princes des prêtres, des docteurs de la loi, d'un peuple immense, se met en marche. Jésus s'avance sous le fardeau de sa Croix ; mais bientôt, épuisé par le sang qu'il a perdu et par les souffrances de tout genre, il ne peut plus se soutenir, et tombant sous le faix, il marque par sa chute la troisième Station.
Les soldats relèvent avec brutalité le divin captif qui succombait plus encore sous le poids de nos péchés que sous celui de l'instrument de son supplice. Il vient de reprendre sa marche chancelante, lorsque tout à coup sa mère éplorée se présente à ses regards. La femme forte, dont l'amour maternel est invincible,s'est rendue sur le passage de son fils; elle veut le voir, le suivre, s'attacher à lui, jusqu'à ce qu'il expire Sa douleur est au-dessus de toute parole humaine ; les inquiétudes de ces derniers jours ont déjà épuisé ses forces; toutes les souffrances de son fils lui ont été divinement manifestées; elle s'y est associée, et elle les a toutes endurées une à une Mais elle ne peut plus demeurer loin du regard des hommes ; le sacrifice avance dans son cours, la consommation est proche; il lui faut être avec son fils, et rien ne la pourrait rete-
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nir en ce moment. La fidèle Madeleine est près d'elle, noyée dans ses pleurs. Jean, Marie mère de Jacques avec Salomé, l'accompagnent aussi; ils pleurent sur leur maître; mais elle, c'est sur son fils qu'elle pleure. Jésus la voit, et il n'est pas en son pouvoir de la consoler ; car tout ceci n'est encore que le commencement des douleurs. Le sentiment des angoisses qu'éprouve en ce moment le cœur de la plus tendre des mères vient oppresser d'un nouveau poids le cœur du plus aimant des fils. Les bourreaux n'accorderont pas un moment de retard dans la marche, en faveur de cette mère d'un condamné; elle peut se traîner, si elle le veut, à la suite du funeste convoi; c'est beaucoup pour eux qu'ils ne la repoussent pas; mais la rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire désignera pour jamais la quatrième Station.
La route est longue encore ; car, selon la loi, les criminels devaient subir leur supplice hors des portes de la ville. Les Juifs en sont à craindre que la victime n'expire avant d'être arrivée au lieu du sacrifice. Un homme qui revenait de la campagne, nommé Simon de Cyrène , rencontre le douloureux cortège; on l'arrête, et, par un sentiment cruellement humain envers Jésus, on oblige cet homme à partager avec lui l'honneur et la fatigue de porter l'instrument du salut du monde. Cette rencontre de Jésus avec Simon de Cyrène consacre la cinquième Station.
A quelques pas de là, un incident inattendu vient frapper d'étonnement et de stupeur jus-
?[u'aux bourreaux eux-mêmes. Une femme end la foule, écarte les soldats et se préci-
pile jusqu'auprès du Sauveur. Elle tient entre ses mains son voile qu'elle a détaché, cl clic en essuie tl'unc main tremblante le visage de Jésus, que le sang, la sueur et les crachats avaient rendu méconnaissable. Elle l'a reconnu cependant, parce qu'elle l'a aimé; et elle n'a pas craint d'exposer sa vie pour lui otlrir ce léger soulagement. Son amour sera récompensé; la face du Rédempteur, empreinte par miracle sur ce voile, en fera désormais son plus cher trésor ; et elle aura eu la gloire de désigner, par son acte courageux, la sixième Station de la Voie douloureuse.
Cependant les forces de Jésus s'épuisent de plus en plus, à mesure que l'on approche du terme fatal. Une subite défaillance abat une seconde fois la victime, et marque la septième Station. Jésus est bientôt relevé avec violence par les soldats, et se traîne de nouveau sur le sentier qu'il arrose de son sang. Tant d'indignes traitements excitent des cris et des lamentations dans un groupe de femmes qui, émues de compassion pour le Sauveur, s'étaient mises à la suite des soldats et avaient bravé leurs insultes. Jésus, touché de l'intérêt courageux de ces femmes qui, dans la faiblesse deleur sexe, montraient plus de grandeur d'âme que le peuple entier de Jérusalem, leur adresse un regard de bonté, et reprenant toute la dignité de scn langage de prophète, il leur annonce, en présence des princes des prêtres et des docteurs de la loi, l'épouvantable châtiment qui suivra bientôt l'attentat dont elles sont témoins, et qu'elles déplorent avec tant de larmes.
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« Filles de Jérusalem, leur dit-il, à cet endroit même qui est compté pour la huitième Station ; filles de Jérusalem ! ce n'est pas sur moi qu'il faut pleurer ; c'est sur vous et sur vos enfants; car il viendra des jours où l'on dira: Heureuses les stériles, et les entrailles qui n'ont point porté, et les mamelles qui n'ont point allaité ! Alors ils diront aux montagnes: Tombez sur nous; et aux collines Couvrez-nous; mais si l'on traite ainsi le bois vert aujourd'hui, comment sera alors traité le bois sec ^ ? »
Enfin on est arrivé au pied de la colline du Calvaire, et Jésus doit encore la gravir avant d'arriver au lieu de son sacrifice. Une troisième fois son extrême fatigue le renverse sur la terre, et sanctifie la place où les fidèles vénéreront la neuvième Station. La soldatesque barbare intervient encore pour faire reprendre à Jésus sa marche pénible, et après bien des coups il parvient enfin au sommet de ce monticule qui doit servir d'autel au plus sacré et au plus puissant de tous les holocaustes. Les bourreaux s'emparent de la Croix et vont l'étendre sur la terre, en attendant qu'ils y attachent la victime. Auparavant, selon l'usage des Romains, qui était aussi pratiqué par les Juifs, on offre à Jésus une coupe qui contenait du vin mêlé de myrrhe. Ce' breuvage, c^ui avait l'amertume du fiel, était un narcotique destiné à engourdir jusqu'à un certain point les sens du patient, et à diminuer les douleurs de son supplice. Jésus touche un moment de ses lèvres cette