‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 215 sur 249 · CANTIQUE D EZECHIAS · texte numérisé non relu

CANTIQUE D EZECHIAS

J'ai dit : A la moitié de ma vie, je vais donc voir les portes de la mort.

J'ai cherché en vain le reste de mes années ; et j'ai dit :

Je ne verrai donc plus le Seigneur mon Dieu sur la terre des vivants.

Je ne verrai plus les hommes désormais, ceux qui habitent ce monde dans la paix.

Le tissu de ma vie est enlevé et replié, comme la tente d'un berger.

La trame en est coupée comme par le tisserand ; il vient de la couper pendant qu'on l'ourdissait encore ; du matin au soir vous aurez achevé ma vie.

J'espérais encore vivre jusqu'au matin ; mais le mal comme un lion a broyé tous mes os.

Du matin au soir vous aurez achevé ma vie ; mes cris sont semblables à ceux du petit de l'hirondelle ; je gémis comme la colombe.

A force de regarder en haut, mes yeux se sont épuisés.

Seigneur , je souffre violence: soyez ma caution. Mais que dirai-je et que me répondra-t-il , quand c'est luimême qui m'a frappé ?

^ Je repasserai devant vous

EGO dixi : In dimidio dierum meorum : * vadam ad^ portas inferi.

Quaesivi residuum annorum meorum ; dixi : * Non videbo Dominum Deumin terra viventium.

Non aspiciam hominem ultra : * et habitatorem quietis.

Generatio mea ablata est, et convoluta est a me : * quasi tabernaculum pastorum.

Praecisa est velut a texente vita mea, dum adhuc ordirer , succidit me : *" de mane usque ad vesperam finies me.

Sperabam usque ad mane : * quasi leo sic contrivit omniaossamea.

De mane usque ad ves-« peram finies me : * sicut pullus hirundinis sic clamabo : meditabor ut columba.

Attenuati sunt oculi mei : * suspicientes in excelsum.

Domine, vim patior,responde pro me : * quid dicam, aut quid respondebit mihi, cum ipse fecerit ?

Recogitabo tibi omnes

l^e Samedi Saint.

annos meos : in amaritudine animae meae.

Domine, si sic vivitur.

et in talibus vita spiritus mci. corripies me. et vivificabis me " cccc in pace amaritudo mcaamarissima.

Tu autem eruisti animam meam, ut non perirel : * projecisti post tergum tuum omnia peccata mea.

Quia non infernus confitebitur tibi, ncque mors laudabit te. ' non expectabunt qui descendant in lacum veritatcm tuam.

Vivons, vivons ipse confilebitur tibi, sicut et ego hodie : * pater filiis notam faciet vcritatem tuam.

Domine, salvum me fac : * et psalmos nostros cantabimus cunctis diebus vitae nostrae in domo Domini.

Ant. a porta inferi erue, Domine, animam meam.

toutes mes années danï> l'amertume de mon âme.

Seigneur, si j'ai vécu ainsi, %\ m('n Hme s'est ainsi rendue coupable, châtiez-moi ; mais ensuite rendez-moi la vie.

Déjà je sens la paix qui vient succéder aux plus amères douleurs.

Vous retirez ma vie du tombeau ; vous jetez derrière vous tous mes péchés

Le tombeau, en effet , ne vous rendrait plus d'actions de grâces; la mort ne saurait vous louer : et ceux qui descendent dans le sépulcre n'attendent plus la vérité de vos promesses.

Ce sont les vivants qui vous louent, comme je fais aujourd'hui ; le père racontera à ses enfants combien vous êtes fidèle à vos promesses.

Conservez -moi la vie. Seigneur, et nous chanterons dans votre maison des cantiques à votre gloire, tous les jours de notre vie.

Ant. Seigneur, délivrez mon âme des portes du tombeau.

Le dernier Psaume des Laudes est Laudate Dominum de cœlis^ ci-dessus, page 414. On le chante sous l'Antienne suivante *

Ant. O ^

os omnes qui tran- |

Ant.

•-N VOUS tous qui

passez par le

Le Samedi Saint.

chemin, considérez et voyez s'il est une douleur semblable à la mienne.

f. Ma chair reposera dans l'espérance ;

Rj. Et vous ne permettrez pas que votre Saint éprouve la corruption du tombeau.

sitis per viam, attendite et videte , si est dolor sicut dolor meus.

f. Caro mea requiescet in spe.

R). Et non dabis Sanctum tuum videre corruptionem.

Après ce Verset, on chante le Cantique Benedictiis, ci-dessus, page 418, sous l'Antienne suivante :

ES femmes étaient assises près du

*^* dentés ad monumentum lamentabantur, flentes Dominum.

Ant,

tombeau ; elles se lamentaient, elles pleuraieat le Seigneur.

Après la répétition de cette Antienne, le chœur chante, sur un mode mélodieux et touchant, les paroles suivantes que l'Eglise répète, en ces jours, à la fin de tous ses Ojmces ; mais aujourd'hui elle ne se borne plus à annoncer la mort du Christ. Elle complète le discours de l'Apôtre, en ajoutant le reste du texte, dans lequel est prédite la gloire de l'Homme-Dieu, vainqueur des ombres du tombeau.

CHRISTUS factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem autem Crucis ;

Propter quod et Deus exaltavit illum, et dédit illi nomen quod est super omne nomen.

LE Christ s'est fait obéis- , sant pour nous jusqu'à la mort, et à la mort de la Croix ;

C'est pourquoi Dieu l'a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom.

On dit ensuite à voix basse Pater noster,

Le Samedi Saint,

suivi du Miserere^ qui est récité à deux chœurs. Enfin celui qui préside prononce pour conclusion l'Oraison suivante :

R£SPICE , quaesumus Domine, super hanc familiam tuam pro qua Dominas noster Jésus Christus non dubitavit manibus tradi nocentium, et Crucis subire tormentum. Qui tecum vivit et régnât in saecula saeculorum. Amen.

DAIGNEZ, Seigneur, jeter un regard sur voire famille ici présente, pour laquelle notre Seigneur Jésus- Christ a bien voulu être livré aux mains des méchants, et souffrir le supplice de la Croix : Lui qui vit et règne avec vous, dans les siècles des siècles. Araen.

AU MATIN

LA nuit a passé sur le sépulcre où repose le corps de l'Homme-Dieu. Mais si la mort triomphe au fond de cette grotte silencieuse, si elle tient dans ses liens celui qui donne la vie à tous les êtres, son triomphe sera court. Les soldats ont beau veiller à l'entrée du tombeau, ils ne retiendront pas le divin captif, quand il prendra son essor. Les saints Anges adorent, dans un respect profond, le corps inanimé de celui dont le sang va « pacitier le ciel et la terre ^ ». Ce corps séparé de l'âme pour un court intervalle est demeuré uni au Verbe divin ; l'âme qui a cessé un moment de l'animer, n'a point non plus perdu son union avec la personne du Fils de Dieu. La divinité reste unie même au sang épanché sur le Calvaire, et qui doit

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rentrer dans les veines de l'Homme-Dieu, au moment de sa prochaine résurrection.

Nous aussi, approchons de ce tombeau, et vénérons à notre tour la froide dépouille du Fils de Dieu. Nous comprenons maintenant les effets du péché. « C'est par le péché que la mort est entrée dans le monde et qu'elle a passé dans tous les hommes 1. » Jésus, « qui n'a point connu le péché 2 «^ a cependant permis à la mort d étendre jusque sur lui son empire, afin d'en diminuer pour nous les horreurs et de nous rendre, en ressuscitant, cette immortalité que le péché nous avait ravie. Adorons dans toute notre reconnaissance ce dernier anéantissement du Fils de Dieu. Il avait daigné, dans son incarnation, prendre « la forme d'esclave ^ » ; en ce moment, il est descendu plus bas encore. Le voilà sans vie et glacé dans un tombeau ! Si ce spectacle nous révèle l'affreux pouvoir de la mort, il nous montre bien plus encore l'immense et incompréhensible amour de Dieu pour l'homme. Cet amour n'a reculé devant aucun excès ; et nous pouvons dire que si le Fils de Dieu s'est abaissé outre mesure, nous avons été d'autant plus glorifiés par ses abaissements. Qu'elle nous soit donc chère cette tombe sacrée qui doit nous enfantera la vie; et après avoir rendu grâces au Fils.deDieude cequ'iladaignémourirpour nous sur la Croix, remercions-le aussi d'avoir accepté pour nous l'humiliation du sépulcre.

f>4''^ Le Samedi Saint.

Descendons maintenant dans Jérusalem, et visitons humblement la Mère des douleurs. La nuit aussi a passe sur son cœur aifligc ; et les scènes lamentables de la journée n'ont cessé d'assiéger sa mémoire. Le fils de sa tendresse a été foulé sous les pieds des hommes, elle a vu couler son sang par torrents ; et maintenant il est dans le tombeau, comme le dernier des mortels ! Que de larmes a versées déjà la fille de David durant ces longues heures ; et son fils ne lui est pas rendu encore ! Près d'elle, Madeleine, toute brisée des secousses qu'elle a ressenties dans les rues de Jérusalem et sur le Calvaire, éclate en sanglots, muette de douleur. Elle aspire au lever du jour suivant pour retourner au tombeau, et revoir les restes de son cher maître. Les autres femmes, moins aimées que Madeleine, mais cependant chères à Jésus, elles qui ont bravé les Juifs et les soldats pour l'assister jusqu'à la fin, entourent avec discrétion l'inconsblable mère, et songent aussi à soulager leur propre douleur, en allant avec Madeleine, lorsque le Sabbat sera écoulé, déposer dans le sépulcre le tribut de leur amour et de leurs parfums.

Jean, le fils d'adoption, le bien-aimé de Jésus, pleure sur le fils et sur la mère. D'autres apôtres, des disciples, Joseph d'Arimathie, Nicodème, visitent tour à tour cette maison de deuil. Pierre, dans l'humilité de son repentir, n'a pas craint de reparaître aux regards de la Mère de miséricorde. On s'entretient à voix basse du supplice de Jésus, de l'ingratitude de Jérusalem. La sainte

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Eglise, dans l'Office de cette nuit, nous suggère quelques traits des entretiens de ces hommes qu'une si terrible catastrophe a ébranlés jusqu'au fond de l'âme. « C'est donc ainsi, disent-ils, que meurt le juste, et personne ne s'en émeut ! Il a disparu devant l'iniquité ; semblable à l'agneau, il n'a pas ouvert la bouche ; il a été enlevé au milieu des angoisses ; mais son souvenir est un souvenir de paix 1. »

Ainsi parlent ces hommes fidèles, pendant que les femmes, en proie à leur douleur, songent aux soins des funérailles. La sainteté, la bonté, la puissance, les douleurs et la mort de Jésus, tout est présent à leur pensée; mais sa résurrection qu'il a annoncée et qui ne doit pas tarder, ne leur revient pas en souvenir. Marie seule vit dans cette attente certaine. L'Esprit-Saint dit de la femme forte : « Durant la nuit, sa lampe ne s'éteint jamais ^ » ; cette parole s'accomplit aujourd'hui en la Mère de Jésus. Son cœur ne succombe pas, parce qu'elle sait que bientôt la tombe doit rendre son fils à la vie. La foi de la résurrection du Sauveur, cette foi sans laquelle, comme dit l'Apôtre, notre religion serait vaine s, est, pour ainsi dire, concentrée dans l'âme de Marie. La Mère de la Sagesse conserve ce dépôt précieux ; et de même qu'elle a tenu dans ses chastes flancs celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, ainsi aujourd'hui, par sa croyance ferme

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