I. ISAI. XII
de la Passion.
ORAISON
DONNEZ, s'il VOUS plaît, Sei- ' gneur, à votre peuple la santé de rame et du corps, afin que, s'attachant aux bonnes œuvres, il mérite d'être toujours assisté de votre protection. Par Jésus- Christ notre Seigneur. Amen
DA, quaesumus Domine, populo tuo salutem mentis et corporis : ut bonis operibus inhaerendo, tua semper mereatur protectione defendi. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
En ce jour où la sainte Eglise nous donne à lire et à méditer un trait de l'histoire de Jonas, nous placerons ici un nouveau fragment de l'Hymne de Prudence sur le jeûne. C'est le passage où il raconte la vie de ce Prophète, et spécialement la pénitence de Ninive.
JE raconterai, à la gloire du jeûne, un fait antique rapporté dans le livre sacré ; je dirai comment la foudre du Père des hommes retint ses feux, et pardonna aux habitants d'une cité qu'elle devait dévaster.
Un peuple jadis avait mis le comble à son orgueil et à son insolence ; la licence des mœurs l'avait fait descendre tout entier à une indigne corruption ; et, plongé dans une stupide insouciance, il avait mis en oubli le culte du grand Dieu.
r>EFERRE çrisci stemma *^ nunc jejunii Libet, fideli proditum
volumine.
Ut diruendae civitatis
incolis Fulmen benigni man-
suefactum Patris, Pie repressis ignibus, pepercerit.
Gens insolenti praepo-
tens jactantia Pollebat olim : quam
fluentem nequiter Corrupta vulgo solverat
lascivia ; Et inde bruto contumax
fastidio Cultum superni negligebat Numinis.
Le Lundi de la Semaine
Offensa tandem ja^'is
indul^cntiae Censura, )ustis excitatur
motibus, Dextram pcrarmat rhom-
phaeali incendie, NiniDos crêpantes, et
fragosos turbines Vibrans tonantum nube
flammarum quatit.
Sed pœnitendi dum
datur diecula, Si forte voilent impro-
bam libidinem Veteresque nugas con-
domare, ac frangere.
Suspendit ictum terror
exorabilis, Paulumque dicta substi-
tit sententia.
Jonam prophetam mi-
tis ultor excitât, Poenas imminentis iret
ut praenuncius ; Sed nosset ille quum mi-
nacem judicem Servare malle, quam fe-
rire ac plectere, Tectam latenter vertit
in Tharsosfugam.
Celsam paratis pontibus scandit ratem:
Udo revincta fune puppis solvitur.
Itur per altum : fit procellosum mare :
Après une longue indulgence, la justice divine offensée s'indigne et arme sa main d'un glaive de feu. IJe sombres nuages éclatent avec fracas ; des feux livides et tonnants ébranlent la voûte du ciel sur la télé des coupables.
Toutefois un délai leur est accordé pour se repentir; il leur est libre encore d'interrompre le cours de leurs infâmes débauches ; ils peuvent, s'ils le veulent, arrêter les désordres dans lesquels ils ont vieilli ; la vengeance miséricordieuse daigne suspendre ses coups ; et la sentence prononcée retarde son exécution.
Le juge plein de douceur donne mission au prophète Jonas ; il le charge d'annoncer à ce peuple le châtiment qui le menace. Il savait, le prophète, que ce juge redoutable aime à pardonner plutôt qu'à frapper et à punir.
Il ose donc se dérober à ses ordres, et s'enfuit secrètement vers Tharsis.
Il prend place sur un navire des plus imposants ; bientôt on lâche le câble, et l'on s'avance dans la haute mer; mais tout à coup s'élève une furieuse tempête, L'équi-
de la Passion.
page alarmé cherche quel peut être l'auteur d'un si grand péril ; et le sort tombe sur le prophète fugitif.
Il est le seul coupable:
seul il doit périr, lui dont le nom est sorti de l'urne avec son crime. On le précipite dans les flots, et l'abîme l'engloutit. Un monstre marin le reçoit, et le prophète descend tout vivant dans les vastes flancs de l'animal.
Enfin, après trois nuits, le monstre le vomit sur un rivage, à l'endroit où le flot expire avec un léger bruit, et où l'écume vient blanchir le rocher. Délivré par l'effort de la bête, le prophète s'étonne de se sentir encore vivant.
Contraint parla volonté divine, il se dirige sans délai vers Ninive. Censeur austère, il reprend les habitants ; il dénonce leurs crimes honteux, (i La colère du vengeur suprême, dit-il, est sur vos têtes ; sous peu de jours la flamme dévorera votre cité :
croyez à ma parole, é
Il monte ensuite sur la cime d'une haute montagne, afin de voir de là les épais tourbillons de fumée qui s'é-
Tum causa tanti quseri-
tur periculi :
Sors in fugacem missa
vatem decidit.
Jussus perire solus e
cunctis reus, Cujus voluta crimen
urna expresserat, Prasceps rotatur, et pro-
fundo immergitur :
Exceptus inde belluinis
faucibus, Alvi capacis vivus hau-
ritur specu.
Intactus exin tertias no-
ctis vice Monstri vomentis pelli-
tur singultibus, Qua murmuranti fine
fluctus frangitur, Salsosque candens spuma
tundit pumices, Ructatus exit, seque ser-
vatum stupet.
In Ninivitas se coactus
percito Gressu reflectit; quos ut
increpaverat, Pudenda censor impu-
tans opprobria.
Impendet, inquit, ira
summi vindicis, Urbemque flamma mox
cremabit : crédite.
Apicem deinceps ardui montis petit, Visurus inde conglobatum turbidas
Le Lundi de la Semaine
Fumum ruinae, cladis et
dirae strucm, Tectus flagellis multi-
nodi germinis, Nato et repente per-
fruens umbraculo.
Sed mœsta postquam
civitas vulnus novi Hausit doloris, heu ! su-
premum palpitât.
Cursant per ampla con-
gregatim mœnia Plebs, et senatus, omnis
aetas civium, Pallens juventus, ejulan-
tes feminae,
Placet frementem pu-
blicis jejuniis Placare Christum: mos
edendi spernitur.
Glaucos amictus induit
monilibus Matrona demptis, pro-
que gemma et serico Crinem fluentem sordi-
dus spargit cinis.
Squalent recincta veste pullati patres,
Setasque plangens turba sumit textiles,
Impexa villis virgo bestialibus,
Nigrante vultum contegit velamine,
Jacens arenis et puer provolvitur.
lèveront de l'incendie, les ruines et les désastres qui vont s'accumuler. Il se tient sous le feuillage d'une plante aux noeuds aoondants, qui, tout à coup, est sortie de terre pour lui prêter son ombrage.
Mais à peine la cité a reçu la lugubre nouvelle du fléau qui la menace, qu'une dernière émotion la saisit ; dans la vaste enceinte de ses murs on voit s'agiter le peuple, le sénat, les citoyens de tous les âges, la jeunesse pâle d'effroi, les femmes poussant des lamentations.
On décrète un jeûne public, pour tâcher d'apaiser la colère divine ; il n'est plus question de repas dans la ville. La matrone jette loin d'elle ses brillantes parures, et se revêt d'habits sombres; la cendre répandue sur sa chevelure y a remplacé les réseaux de soie et de pierreries.
Les patriciens paraissent en habits vulgaires et négligés ; dans sa douleur, chacun porte sur son corps de rudes tissus de crin; la jeune fîlle fait subir à ses membres le contact de ces soies cruelles, et couvre d'un voile noir son visage; l'enfant lui-même languit étendu sur le sable.
de la Passion.
Le roi détache l'agrafe qui retenait sur ses épaules le manteau teint de la pourpre de Cos. Il dépouille son front du bandeau sur lequel éclataient l'émeraude et le diamant ; et ses cheveux ne connaissent plus que la poussière qui les souille.
Le manger et le boire sont oubliés; la tendre jeunesse livrée au jeûne ne se souvient plus des festins; l'enfant à la mamelle réclame en vain le lait par ses vagissements; ses larmes arrosent son berceau ; la nourrice sévère lui refuse l'aliment qui le soutenait.
Les troupeaux eux-mêmes ont leur part à cette abstinence ; on retient avec soin leurs pas dans la prairie. On les empêche de toucher le gazon humide de rosée, de se désaltérer aux eaux murmurantes des fontaines ; en face de sa crèche vide, le taureau fait entendre ses mugissements.
Bientôt, apaisé par ces expiations, Dieu retient sa colère. Il révoque son arrêt; de terrible qu'elle était, sa sentence est devenue favorable.
C'est ainsi que la clémence divine se montre facile à pardonner les crimes des mor-
Rex ipse Coos aestuan-
tem murices Laenam révulsa dissipa-
bat fibula, Gemmas virentes, et la-
pillos sutiles, Insigne frontis exuebat
vinculum Turpi capillos impeditus
pulvere.
NuUus bibendi, nemo
vescendi memor:
Jejuna mensas pubes
omnis liquerat :
Quin et negato lacté, va-
gientium Fletu madescunt parvu-
lorum cunulae :
Succum papillae parca
nutrix derogat.
Grèges et ipsos claudit
armentalium Solers virorum cura, ne
vagum pecus Contingat ore rorulenta
gramina, Potum strepentis neve
fontis hauriat ; Vacuis querelae perso-
nant praesepibus.
Mollitus his et talibus, brevem Deus
Iram refraenat, temperans oraculum
Prosper sinistrum : prôna namclementia
Haud difficulter supplicum mortalium
Le Lundi de la Semaine
Solvit reatum, fitqu fautrix flentium.
tels, lorsqu'ils l'implorent, et q^u'elle prend bientôt le
f»arti de ceux qui répandent es larmes du repentir à ses pieds.
Terminons la journée par ces strophes en rhonneur de la sainte Croix, que nous empruntons au Triodion de l'Eglise grecque.
(Feria IV mediœ Septimance.)
SANCTissiMUM Hgnum, in quo Christus manibus extensis adversarias potestates devicit, adoremus jejunio nitidi, ad laudem et gloriam Omnipotentis,
Crux salutifera sanctifîcationem suppeditans proposita cernitur. Accedamus, cor et corpus emundantes.
Igné mandatorum tuorum munda me, bénigne, et da, ut salutiferam Passionem tuam intuear, et cum desiderio adorem, Cruce vallatus et conservatus.
Aquis jejunii pectora purgati , lignum Crucis fideliter amplectamur , in quo Christus crucifixus aquam immortalitatis nobis emisit.
PURIFIÉS et embellis par le jeûne, adorons, pour la gloire du Tout-Puissant, le bois sacré sur lequel le Christ, ayant les bras étendus, a vaincu les puissances ennemies.
La Croix salutaire qui donna la sanctification est exposée à nos yeux. Approchons d'elle avec un cœur et un corps sans souillures.
Purifiez-moi, vous qui êtes bon, par le feu de vos commandements; donnezmoi de contempler votre PcLSsion qui donne le salut, d'être protégé par la Croix, et de vous adorer avec un ardent désir.
Ayant nos cœurs lavés dans les eaux du jetine , embrassons avec foi le bois de la Croix , du haut duquel le Christ crucifié a épanché sur nous l'eau d'immortalité.
de la Passion.
iSy
Jésus Sauveur! notre navire, dont votre Croix est la voile, a déjà traversé la plus grande partie de la carrière des jeûnes ; par elle, conduisez-nous au port de votre Passion.
Moïse te figurait sur la montagne, ô Croix, pour la perte d'Amalec. Nous te formons sur nous ; nous te contemplons et t'adorons de cœur ; par ta vertu, nous triomphons des ennemis invisibles.
Crucis velut vélo alati, salutarem jejunii navigationem jam mediam emensi sumus, Jesu [Salvator, per quam deduc nos ad Passionis tuae portum.
Praemonstrabat te Moj^ses in monte, o Crux, in gentium interitum. Nos vero efformantes te, et corde intuentes et adorantes , hostes carnis expertes virtute tua profligamus.
\a: mardi
DE LA SEMAINE DE LA PASSION
Rome, la Station était autrefois à l'Eglise du saint martyr Cyriaque , et elle est encore marquée ainsi au Missel Romain; mais cet antique sanctuaire ayant été ruiné, et le corps du saint diacre transféré dans l'Eglise de Sainte-Marie in Via lata , c'est dans cette dernière que la Station a lieu présentement.
COLLECTE
NOSTRA tibi, Domine quaesumus, sint accepta jejunia : quas nos expiando, gratia tua dignes efficiant ; et ad remédia perducant aeterna.
Per Ghristum Dominum nostrum. Amea.
DAIGNEZ avoir nos jeunes pour agréables , Seigneur; afin que, produisant l'expiation, ils nous rendent dignes de votre grâce, et nous conduisent à l'éternel remède. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Le Mardi de la Semaine de la Passion. 1 5g
Lecture du Prophète Daniel.
ChAP. XIV.
EN ces jours-là, les Babyloniens s'étant assemblés, allèrent trouver le roî et lui dirent : Livre-nous Daniel qui a renversé Bel et tué le dragon : autrement, nous te ferons périr avec toute ta maison. Le roi, voyant qu'ils le pressaient avec tant de violence, et étant contraint par la nécessité, leur abandonna Daniel. Ils allèrent le jeter dans la fosse aux lions , et il y demeura six jours. Or il y avait dans la fosse sept lions à qui l'on donnait par jour deux corps avec deux brebis ; mais on ne leur en donna point alors, afin qu'ils dévorassent Daniel. En ce même temps, le prophète Habacuc était en Judée ; et ayant apprêté un potage, il l'avait mis dans un vase avec du pain trempé, et allait le porter dans le champ à ses moissonneurs. Et l'Ange du Seigneur dit à Habacuc : Porte à Babylone le dîner que tu as préparé, et donne-le à Daniel, qui est dans la fosse aux lions. Et Habacuc dit : Seigneur, je n'ai jamais vu Babylone, et je ne sais où est la fosse. Et l'Ange du Seigneur le prit par le haut de la tête, et le tenant par les cheveux, il le
Lectio Danielis Prophetae. Cap. xiv.
JN diebus illis : Congregati sunt Babylonii ad regem, et dixerunt ei : Trade nobis Danielem, qui Bel destruxit, et draconem interfecit ; alioquin interficiemus te et domum tuam. Vidit ergo rex quod irruerent in eum vehementer : et necessitate compulsus tradidit eis Danielem.
Qui miserunt eum in lacum leonum, et erat ibi diebus sex. Porro in lacu erant leones septem, et dabantur eis duo corpora quotidie, et duae oves : et tune non data sunt eis , ut devorarent Danielem. Erat autem Habacuc propheta in Judaea, et ipsc coxerat pulmentum, et intriverat panes in alveolo : et ibat in campum, ut ferret messoribus. Dixitque Angélus Domini ad Habacuc : Fer prandium quod habes, in Babylonem Danieli, qui est in lacu leonum. Et dixit Habacuc : Domine, Babylonem non vidi, et lacum nescio. Et apprehendit eum Angélus Domini in vertice ejus, et portavit eum capillo capitis
Le Mardi de la Semaine
porta avec la rapidité d'un esprit jusqu'à Bah\'lonc, au-dessus de la ft)sse. Et Habacuc s'écria : Daniel, serviteur de Dieu, prends le dîner que Dieu t'a envoyé.
Et Daniel dit : Seigneur, mon Dieu, vous vous êtes souvenu de moi, et vous n'avez pas abandonné ceux qui vous aiment. El se levant, il mangea ; et l'Ange du Seigneur reporta aussitôt Habacuc dans le lieu où il l'avait pris.
Le roi étant venu le septième jour pour pleurer Daniel, il vint près de la fosse et regarda dedans. Or Daniel était assis au milieu des lions. Et le roi jeta un grand cri, et il dit : Vous êtes grand, Seigneur, Dieu de Daniel ! Et il le fit tirer de la fosse aux lions. Quant a ceux qui avaient voulu perdre Daniel, il les y fit jeter, et ils furent dévorés devant lui en un moment. Alors le roi dit :
Que tous les habitants de ce
Èays tremblent devant le >ieu de Daniel ; car c'est lui qui sauve, qui fait des prodiges et des merveilles sur la terre, et qui a délivré Daniel de la fosse aux lions.
sui, posuitque cum in Babylone supra lacum in impetu spiritus sui.
Et clamavit Habacuc, dicens : Daniel, serve Dei, toile prandium quod misit tibi Deus.
Et ait Daniel : Recordatus es mei Deus, et non dereliquisti diligentes te.
Surgensquc Daniel comedit. rorro Angélus Domini restituit Habacuc confestim in loco suc. Venit ergo rex die septimo, ut lugeret Danielem : et venit ad lacum, et introspexit, et ecce Daniel sedens in medio leonum. Et exclamavit voce magna rex, dicens : Magnus es, Domine Deus Danielis, Et extraxit eum de lacu leonum. Porro illos qui perditionis ejus causa ruerant, intromisit in lacum, et devorati sunt in momentocoraraeo. Tune rex ait : Paveant omnes habitantes in universa terra Deum Danielis ; quia ipse est salvator, faciens signa et mirabilia in terra : qui liberavit Danielem de lacu leonum.
Cette lecture était destinée spécialement à l'instruction des catéchumènes. Ils se préparaient à donner leurs noms à la milice chrétienne : il convenait donc de mettre sous leurs
de la Passion. i6i
yeux les exemples qu'ils devaient étudier et réaliser dans leur vie. Daniel exposé aux lions, pour avoir méprisé et renversé l'idole de Bel, était le type du Martyr. Daniel avait confessé le vrai Dieu dans Babylone, exterminé un dragon monstrueux, image de Satan, auquel le peuple idolâtre, après la destruction de Bel, avait transporté ses hommages superstitieux; la mort du Prophète pouvait seule apaiser les païens. Plein de confiance en son Dieu, Daniel s'était laissé descendre dans la fosse des lions, donnant ainsi aux âges chrétiens l'exemple de ce courageux dévouement qui devait apporter durant trois siècles la consécration du sang â l'établissement de l'Eglise. L'image de ce prophète entouré de lions se rencontre à chaque pas dans les Catacombes romaines ; et la plupart des peintures qui le retracent remontent aux temps des persécutions. Ainsi les yeux des catéchumènes pouvaient contempler ce que leur oreille entendait lire, et tout leur parlait d'épreuves et de sacrifices. Il est vrai que l'histoire de Daniel leur montrait la puissance de Dieu intervenant pour arracher aux lions la proie innocente qu'on leur avait jetée; mais les aspirants au baptême savaient d'avance que la délivrance sur laquelle ils devaient compter, ne leur serait accordée qu'après qu'ils auraient rendu le témoignage du sang. De temps en temps des prodiges se manifestaient jusque dans l'arène; on voyait quelquefois les léopards lécher les pieds des Martyrs, et contenir leur voracité en présence des serviteurs de Dieu; mais de si éclatants miracles ne faisaient que suspendre l'immo-
LA PASSION ET LA SEMAINE SAINTE
jr)2
Le Mardi de la Semaine
lation des victimes et leur susciter des imitateurs.
C'était donc le courage de Daniel, et non sa victoire sur les lions, que l'Kglise proposait à l'attention des catéchumènes; l'important pour eux était d'avoir désormais présente à la mémoire cette parole du Sauveur : a Ne craignez point ceux qui ne peuvent tuer que le corps; mais craignez plutôt celui qui peut précipiter l'âme avec le corps dans l'enfer i. » Nous sommes les descendants de ces premières générations de la sainte Eglise; mais nous n'avons pas conquis au même prix l'avantage d'être chrétiens. Ce n'est plus en face des proconsuls que nous avons à confesser Jésus-Christ ; c'est en face du monde, cet autre tyran. Que l'exemple des Martyrs nous fortifie, en ces jours, pour la lutte qu'il nous faudra soutenir de nouveau contre ses maximes, ses pompes et ses œuvres. Il y a trêve entre lui et nous, dans ce temps de recueillement et de pénitence; mais le moment viendra où nous devrons le braver et nous montrer chrétiens.
EVANGILE
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. vu.
IN ilio tempore : Ambulabat Jésus in Galilaeam, nonenim volebat in Judœam ambulare.
?uia quaerebant eum udaei interficere. Erat
La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap.
EN ce temps-là. Jésus parcourait la Galilée, ne voulant pas aller en Judée, parce q*ue les Juifs cherchaient à le faire mourir. Or la fête des Juifs, appelée des
de la Passion.
rabernacles, étant proche, ses frères lui dirent : Quitte ce pays, et va en Judée, afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais. Car personne n'agit en secret, lorsqu'il veut être connu dans le public. Si tu fais de telles choses, montre-toi au monde.
Car ses frères non plus ne croyaient pas en lui. Jésus leur dit donc : Mon tempjs n'est pas encore venu ; mais votre temps est toujours prêt.
Le monde ne saurait vous haïr ; mais moi, il me hait, parce que je rends de lui ce témoignage, que ses œuvres sont mauvaises. Allez, vous, à cette fête; pour moi, je n'y vais pas , parce que mon temps n'est pas encore accompli. Ayant dit cela, il demeura en Galilée. Et lorsque ses frères furent partis, il alla lui-même à la fête, non publiquement, mais comme en secret. Or, le jour de la fête, les Juifs le cherchaient, et ils disaient : Où est-il ? Et il y avait une grande rumeur à son sujet dans le peuple; car les uns disaient : C'est un homme de bien; et d'autres disaient : Non, mais il séduit la foule. Cependant personne ne parlait de lui ouvertement,
autem in proximo dies festus Judaeorum, Scenopegia. Dixerunt autem ad eum fratres ejus :
Transi hinc, et vade in Judaeam, ut et discipuli tui videant opéra tua , quae facis. Nemo quippe in occulto quid facit, et quaerit ipse in palam esse : si haec facis, manifesta teipsum mundo.
Neque enim fratres ejus credebant in eum. Dicit ergo eis Jésus : Tempus meum nondum advenit :
tempus autem vestrum semper est paratum. Non potest mundus odisse vos : me autem odit : quia ego testimonium perhibeo de illo, quod opéra ejus mala sunt. Vos ascendite ad diem festum hune, ego autem non ascendo ad diem festum istum : quia meum tempus nondum impletum est. Haec eum dixisset, ipse mansit in Galilaea.
Ut autem ascenderunt fratres ejus, tune et ipse ascendit ad diem festum non manifeste, sed quasi in occulto. Judaei ergo quaerebant eum in die festo, et dicebant : Ubi est ille ? et murmur mul-
par crainte des Juifs, tum erat in turba de eo. Quidam enim dicebant : Quia bonus est. Alii autem dicebant : Non, sed seducit turbas. Nemo tamen palam loquebatur de illo propter metum Judaeorum.
ii)4 Le Mardi de la Semaine
Les faits racontés dans ce passage du saint Eva^^ile se rapportent à une époque un peu antérieure de la vie du Sauveur; mais l'Eglise nous les propose aujourd'hui, à cause de la relation qu'ils ont avec ceux que nous avons lus dans le livre sacré depuis plusieurs jours. On voit que non seulement aux approches de cette Pâque qui devait être la dernière pour la Synagogue, mais dès le temps de la fête des Tabernacles, qui avait lieu au mois de septembre, la fureur des Juifs contre Jésus conspirait déjà sa mort. Le Fils de Dieu était réduit à voyager secrètement, et, pour se rendre en sûreté à Jérusalem, il lui fallait
f>rendre des précautions. Adorons ces humiiations de l'Homme-Dieu, qui a daigné sanctifier tous les états, même celui du )uste persécuté et réduit à se dérober aux regards de ses ennemis. Il lui eût été facile d'éblouir ses adversaires par des miracles inutiles, comme ceux que désira Hérode, et de forcer ainsi leur culte et leur admiration. Dieu ne procède point ainsi; il ne contraint pas ; il agit sous les yeux de l'homme ; mais, pour reconnaître l'action de Dieu, il faut que l'homme se recueille et s'humilie, qu'il fasse taire ses passions. Alors la lumière divine se manifeste a l'àme ; cette âme a vu suffisamment; maintenant, elle croit et veut croire; son bonheur, comme son mérite, est dans la foi ; elle est en mesure d'attendre la manifestation radieuse de l'éternité.
La chair et le sang ne l'entendent pas ainsi ; ils aiment l'éclat et le bruit. Le Fils de Dieu venant sur la terre ne devait pas se soum.ettre à un tel abaissement que de faire montre aux
de la Passion.
hommes de son pouvoir infini. Il avait à opérer des prodiges pour appuyer sa mission; mais en lui, devenu le Fils de l'homme, tout ne devait pas- être prodige. La plus large part de sa carrière était réservée aux humbles devoirs de la créature : autrement il ne nous eût pas appris par son exemple ce que nous avions tant besoin de savoir. Ses frères (on sait que les Juifs étendaient le nom de frères à tous les parents en ligne collatérale), ses frères auraient voulu avoir leur part dans cette illustration vulgaire qu'ils désiraient pour Jésus. Ils lui fournissaient l'occasion de leur dire cette forte parole que nous devons méditer en ce saint temps, pour nous en souvenir plus tard : « Le monde ne saurait vous haïr; mais moi, il me hait. » Gardons-nous donc désormais de plaire au monde ; son amitié nous séparerait de Jésus-Christ.
HUMILIEZ VOS têtes devant Itj umiliate capita ves- Dieu. in tra Deo.
FAITES-NOUS , Seigneur , la grâce de persévérer dans le service que vous voulez de nous ; afin que, en nos jours, ]e peuple qui vous sert croisse en nombre et en mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.
DA nobis , quaesumus Domine, perseverantem in tua voiuntate famulatum : ut in diebus nostris, et merito et numéro, populus tibi serviens augeatur. Per Christum Dominumnostrum.
Amen.
Cette Hymne touchante , empruntée à nos
jfif)
Le Mardi de la Semaine
anciens Bréviaires Romains-Français, servira aujourd'hui à exprimer nos sentiments à notre Rédempteur.
Uex Chrisic factor om-
-'^ nium, Redemptor et creden-
tium :
Placare votis supplicum Te laudibus colentium.
Cujus benigna gratia Crucis per aima vulnera, Virtute solvit ardua Primi parentis vincula.
Qui es Creator side-
rum,
Tegmen subisti carneum:
Dignatus es vilissimam
Pati doloris formulam.
Ligatus es ut solveres Mundi ruentis complices:
Per probra tergens cri-
mina Quae mundus auxit plu-
rima.
Cruci redemptor figeris, Terram sed omnem con-
cutis : Tradis potentem spiri-
tum.
Nigrescit atque saecu-
lum.
C\ Christ. Créateur et Roi ^^ de tous les êtres . rédempteur des croyants, nous célébrons vos louanges : laissez-vous fléchir par nos supplications.
Votre bonté unie à votre
f>uissance a daigné briser les iens de notre premier père, par les blessures sacrées qu'elle reçut sur la Croix.
Vous, le Créateur des cieux, vous avez revêtu notre enveloppe de chair ; vous avez daigné subir l'humiliation et la douleur.
Vous avez souffert d'être enchaîné, afin de délier les pécheurs, tristes suppôts de ce monde destiné à périr ; par vos opprobres . vous avez effacé les crimes que le genre humain avait accumulés.
Rédempteur, on vous cloue à la Croix ; mais la terre entière s'ébranle ; vous rendez au Père votre âme toutepuissante ; et le monde disparaît sous d'épaisses ténèbres.
de la Passion.
Mais bientôt on vous voit victorieux resplendir dans la gloire du Père ; soyez, ô Roi de bonté, notre défenseur, et envoyez-nous le secours de votre Esprit. Amen.
Mox in paternae gloriae Victor resplendens culmine :
Cum Spiritus munimine Défende nos, Rex optime. Amen.
Rendons notre hommage à la divine Croix, par cette Hymne de la Liturgie Grecque.
[Feria IV mediœ Septimanœ.)
SEIGNEUR de tous les êtres, Dieu créateur, vous avez été élevé sur la Croix, au milieu de la terre, attirant à vous la nature humaine qui s'était précipitée par les perfides conseils de l'ennemi ; c'est pourquoi nous vous offrons nos vœux sincères , relevés que nous sommes par votre Passion.
Déjà nos âmes illuminées par le jeûne se purifient ; éclairez-les des rayons spirituels de votre Croix. Aujourd'hui elle est exposée à nos regards ; nous la couvrons de nos chastes baisers *, nous Tadjorons de bouche et de cœur.
Adorons la Croix divine ; eile est le lieu où se sont arrêtés les pieds du Seigneur; demandons que les pieds de notre âme se fixent sur la pierre des divins commandements, et que, par la grâce
DOMINE omnium et conditor Deus , in medio terrae in Crucem elevatus es, attrahens ad te eam, quas pessimo inimici suasu corruerat , humanam naturam. Quapropter sincère te concelebramus, Passione tua roborati.
Mundatis sensibus jejunii lumine, intellectualibus Crucis radiis largissime illustremur, eamque hodie propositam reverenter conspicientes, castis labiis, ore et corde adoremus.
Locum ubi steterunt pedes Domini adoremus, Crucem videlicet divinam ; obsecrantes ut animas nostrae pedes in petra divinorum mandatorum firmentur , et ut
j68 Le Mardi de la Semaine de la I^assion.
grcssijs cjus, divina gratia in viam pacisdirigan-
Plaiidite omnes fines terrœ in hvmnis, quando adorari videtis lignum in quo Christus suspensus, et diabolus vulneratus est.
Vivifica Crux hodie proponitur : cum gaudio igilur et timoré adoremus Domini Crucem, ut Spiritum Sanctum accipiamus.
Accedens ut te tangam, vivifica Crux, cohorresco et lingua et mente, cernens in te divinum Domini rnei sanguinem effusum esse.
Confirma, Domine, Ecclesiam tuam, quam acquisivisti virtute Crucis tuae ; in illa enim inimicum triumphasti, totumque mundum illuminasti.
divine, ils se dirigent dans la voie de la paix.
Régions de la terre, faites entendre vos cantiques, à ce moment où l'on adore le bois auquel le Christ a été suspendu, et par lequel le diable a reçu la blessure.
Aujourd'hui est montrée la Croix qui donne la vie. Adorons avec joie et avec terreur la Croix du Seigneur, afin de recevoir l'Esprit-Saint.
Croix vivifiante, je m'approche pour te toucher ; ma langue et mon esprit sont saisis de frayeur, quand je vois que le sang divin de mon Maître t'a baignée.
^ Confirmez. Seigneur, votre Eglise que vous avez acquise par la vertu de votre Croix ; par cette Croix . vous avez triomphé de l'ennemi, et illuminé le monde tout entier. ^