PRÉFACE
Dans son enthousiasme, l'Eglise ne se contente pas de la forme ordinaire de l'Action
L'A vent.
de Grâces; elle mêle aux accents de sa joie la mémoire glorieuse de la Mère de Dieu, dont la Conception est le principe de son espérance, et annonce le lever prochain de la Lumière éternelle.
C'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, Seigneur saint. Père tout-puissant, Dieu éternel, de vous rendre grâces en tout temps et en tout lieu, spécialement de vous louer, de vous bénir, de vous célébrer, en la Conception immaculée de la bienheureuse .Marie, toujours vierge. C'est elle qui a conçu votre Fils unique par l'opération du Saint-Esprit, et qui, sans rien perdre de la gloire de sa virginité, a donné au monde la Lumière éternelle, Jésus-Christ notre Seigneur:
par qui les Anges louent votre Majesté, les Dominations l'adorent, les Puissances la révèrent en tremblant, les Cieux et les Vertus des Cieux, et les heureux Séraphins la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s'unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint !
Saint ! Saint !
Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper. et ubique gratias agere :
Domine sancte, Pater omnipotens,aeterne Deus:
Et te in Conceptione immacuiata beatae Maris semper virginis collaudare, bened'icere. et praedicare. Quœ et Unigenitum tuum Sancti Spiritus obumbratione concepit :
et virginitatis gloria permanente,Lumen œternum mundo effudk. Jesum Christum Dominum nostrura. Perquem Majestatem tuam laudant Angeli, adorant Dominationes, tremunt Potestates. Cœli. cœlorumque Virtutes. ac beata Seraphim, socia exsultatione concélébrant. Cum quibus et nostras voces, ut admitti jubeas deprecamur.supplici confessione dicentes: Sanctus ! Sanctus ! Sanctus !
Pendant la Communion, l'Eglise s'unit à David qui proclame dans un saint enthousiasme les gloires et les grandeurs de la Cite mystique de Dieu.
L'Immaculée Conception.
COMMUNION
ON a dit de vous des choses glorieuses, ô Marie ; car celui qui est puissant a fait de grandes choses en votre faveur.
Gloriosa dicta sunt de te, Maria, quia fecit tibi magna qui potens est.
POSTCOMMUNION.
Daignez faire, Seigneur notre Dieu, que les mystères auxquels nous venons de participer, guérissent en nous les blessures de ce péché dont vous avez si efficacement préservé la Conception immaculée de la bienheureuse Marie. ParJésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On fait ici mémoire de l'Avent, par la Postcommunion du Dimanche précédent.
SACRAMENTA qU3Ë SUmpsimus, Domine Deus noster,illius in nobis culpa? vulnera reparent ; a qua immaculatam beatae Maria; Conceptionem singulariter prasservasti.
Per Christum Dominum nostrum. Amen.
AUX SECONDES VEPRES.
Les Antiennes, les Psaumes, le Capitule, l'Hymne et le Verset sont les mêmes qu'aux premières Vêpres, ^ag^s 447-455.
antienne de Magnificat.
AUJOURD hui un rameau est sorti du tronc de Jessé : aujourd'hui Marie a été conçue sans aucune tache :
aujourd'hui la tète de Tancien serpent a été brisée par elle.
AUeluia.
HODIE egressa est virga de radice Jesse :
hodie sine ulla peccati labe concepta est Maria :
hodie contritum est ab ea caput serpentis antiqui. AUeluia.
L'Oraison comme aux premières Vêpres, page 456.
Nous couronnerons cette journée par les poésies liturgiques que le mystère de l'Immaculée Conception de Marie a inspirées.
Au premier rang, nous devons placer les belles strophes que Prudence a consacrées, dans son Hymne Ante cibum, à célébrer le triomphe dé la femme sur le serpent. Dès le commencement du ve siècle, ce chantre divin glorifiait Marie d'avoir vaincu tous les poisons du dragon infernal, parce qu'à elle était réservé l'honneur de la Maternité divine.
ECCE venit nova progenies, yEthere proditus alter
homo, Non luteus , velut ille
prior, Sed Deus ipse gerens
hominem, Corporeisque carens vi-
tiis.
Fit caro vivida Sermo
Patris, Numine quem rutilante
gravis, Non thalamo, neque jure
tori, Nec genialibus illece-
bris, Intemerata puella parit.
Hoc odium vêtus illud erat, Hoc erat aspidis, atque hominis
UNE nouvelle race est au moment de naître ; c'est un autre homme venu du ciel, non du limon de la terre comme le premier ; c'est un Dieu même revêtu de la nature humaine, mais exempt des imperfections delà chair.
Le Verbe du Père s'est fait chair vivante ; rendue féconde par l'action divine, et non par les lois ordinaires de l'union conjugale, une jeune fille l'a conçu sans souillure, et va l'enfanter.
Une haine antique et violente régnait entre le serpet et l'homme ; elle avait pour cause la victoire future de la
L'Immaculée Conception.
femme. Aujourd'hui la promesse s'accomplit : sous le pied de la femme, la vipère se sent écrasée.
La Vierge qui a été digne d'enfanter un Dieu triomphe de tous les poisons. Repliant sur lui-même avec rage sa croupe tortueuse, le serpent désarmé revomit son virus impuissant sur le gazon verdâtre comme ses impurs anneaux.
Comment notre ennemi ne tremblerait-il pas, effrayé de la faveur divine envers l'humble troupeau ? Ce loup maintenant parcourt avec tristesse les rangs des brebis rassui ées:
oublieux du carnage, il contient désormais sa gueule fameuse par tant de ravages.
Par un changement merveilleux, c'est désormais l'Agneau qui commande aux lions ; et la Colombe du ciel, dans son vol vers la terre, met en fuite les aigles cruels, en traversant les nuages et les tempêtes.
Digladiabile discidium, Quod modo cernua femi-
neis Vipera proteritur pedi-
bus.
Edere namqve Deum mérita.
Omnia Virgo venena domat.
Tractibus anguis inexplicitis
Virus inerme piger revomit.
Giamine concolor in vindi.
Quae feritas modo non
trépidât, Territa de grege can-
didulo ?
Impavidas lupus inter
oves Tristis obambulat , et
rabidum Sanguinis immemor os
cohibet.
Agnus enim vice mi-
rifica Ecce leonibus imperitat, Exagitansque truces aqui-
las Per vaga nubila, perque
notos Sidère lapsa Columba
fugat.
L'Hymne suivante appartient au vme siècle. Elle a pour auteur le célèbre Paul Diacre, d'abord secrétaire de Charlemagne, ensuite moine au Mont-Cassin. Nous y trouvons
L'A vent.
aussi l'énergique expression de la croyance à la Conception immaculée. Le virus originel, y est-il dit, a infecté la race humaine tout entière ; mais le Créateur a vu que le sein de Marie n'en avait pas été souillé, et il est descendu en elle.
QUIS possit amplo famine praepotens Digne fateri praemia
Virginis, Per quam retenue sub
laqueo necis Orbi retento reddita vita est ?
Haec Yirga Jesse, Virgo
puerpera, Hortus superno germine
consitus, Signatus alto munere
fons sacer, Mundum beavit viscère
cœlibi.
Hausto maligni pri-
mus ut occidit Virus chelydri terrige-
num parens ; Hinc lapsa pestis per
genus irrepens Cunctum profundo vul-
nere perculit.
Rerum misertus sed
sator, inscia Cernens piaculi viscera
\'irginis, Hic ferre mortis crimine
languido
01 jamais possédera un langage assez sublime pour célébrer dignement les grandeurs de la V ierge, par laquelle fut rendue la vie au monde qui languissait dans les liens de l'antique mort ?
Elle est la branche de l'arbre de Jessé, la Vierge qui devait être Mère, le jardin qui recevra le germe céleste, la fontaine sncree sur laquelle le ciel a mis son sceau, cette femme dont la virginité a produit le bonheur du monde.
Le père des humains tomba dans la mort, pour avoir aspiré les poisons du serpent ennemi ; le virus qui l'atteignit a infecté sa race tout entière, et l'a frappée d'une plaie profonde.
Mais !e Créateur, plein de compassion pour son œuvre, et voyant du haut du ciel le sein de la Vierge exempt de cette souillure, veut s'en servir pour donner au monde
L'Immaculée Conception.
Jemeni préparé ; le sein de la jeune fille , devenu vaste
languissant sous le poids du péché, les joies du salut.
Gabriel, envoyé des cieux, vient apporter à la chaste Vierge le message éternel- 11 prépa fille, comme un ciel, contient tout à coup celui qui remplit le monde.
Elle demeure vierge, elle devient mère ; le Créateur de la terre vient de naître sur la terre ; le pouvoir du redoutable ennemi de l'homme est brisé ; une lumière nouvelle éclaire tout 1 univers.
Gloire, honneur, puissance à la royale Trinité, Dieu unique ! qu'elle règne à jamais dans les siècles des siècles !
Mandat salutis gaudia saeculo.
Emissus astris Gabriel
innubae, yEterna portât nuntia
Virgini ; Verbo tumescit latior
aethere, Alvus replentem saecula
continens.
Intacta mater, virgo-
que fit parens.
Orbis creator ortus in
orbe est ; Hostis pavendi sceptra
remota sunt.
Toto refulsit lux nova
saeculo.
Sit Trinitati gloria
unicae, Virtus. potes'as, summa
potentia.
Regnum retentans, quae
Deus unus est, Per cunc ta semper saecula
saeculi. Amen.
La Prose suivante n'est pas un des moindres ornements des Missels dont se servaient nos Eglises, il y a trois siècles, au jour de la Conception de Marie.
/"Vu'il soit fêté, ce jour, v^ dans lequel l'Eglisecélèbre la Conception de Marie.
Une Vierge Mère est en-
DIES iste celebretur, Inquo pie recensetur Conceptio Maria.
Yirgo Mater generatur,
L'A vent.
Cuncipitur et creatur Didcis vena veniae.
Ads vêtus exilium.
Et Joachim opprobrium.
Hinc habet remedium.
Hoc Prophetae praevi-
derunt.
Patriarcbse praesenserunt.
Inspirante gratia.
Virga prolera conceptura, Stella solem paritura, Hodie concipitur.
Flos de Virga processurus,
Sol de Stella nasciturus, Christus intelligitur.
O quam felix et prœclara.
Nobis grata, Deo chara.
Fuit hoec Conceptio !
Terminaturmiseria; Datur misericordia ; Luctus cedit gaudio.
Nova mater novam prolem.
Nova Stella novum solem.
Nova profert gratia.
Genitorem genitura, Creatorem creatura.
Patrem parit filia.
gendrée ; elle est conçue, elle est créée, la douce et féconde source de miséricorde.
L'antique exil d'Adam et l'opprobre de Joachim ont ici leur terme heureux.
Les Prophètes l'ont prévu :
les Patriarches en ont tressailli, inspirés parla grâce.
La Branche sur laquelle doit éclore un fruit, l'Etoile qui enfantera le Soleil, est conçue aujourd'hui.
Dans la fleur qui doit sortir de la Branche, dans le Soleil qui naîtra de l'Etoile, déjà s'entrevoit le Christ.
Oh! qu'elle fut heureuse et triomphale, ravissante pour nous et cbère à Dieu même, la Conception immaculée !
Notre misère a son terme ; miséricorde nous est faite ; au deuil succède la joie.
C'est une Mère nouvelle qui enfantera un Fils nouveau; une Etoile nouvelle d'où sortira un nouveau Soleil, par une grâce incomparable.
Un enfant donne la vie à l'auteur de ses jours; de la créature naît le Créateur ; la tille engendre le Père.
L'Immaculée Conception.
O étonnante nouveauté !
nouveau privilège ! la conception d'un fils ajoute à la virginité de la mère.
Réjouissez-vous, très glorieuse Vierge '. Branche embellie de sa rieur. Mère ennoblie de son Fils, vraiment pleine de joie !
Ce qui fut autrefois caché sous l'épais nuage des figures, la Vierge Immaculée, née d'une mère sainte, le manifeste au grand jour : une rosée divine se répand sur elle ; et dans l'étonnement de la nature, les lois de l'enfantement sont suspendues.
Eve, nom lugubre, se terminait en malédiction, vœ ! Eva, par un heureux changement, se transforme en cri de salut, Ave ! Vous qui avez entendu dans votre demeure cette parole de bonheur et de suavité, Vierge Mère, soyeznous favorable, et donneznous de jouir de votre faveur.
Venez tous, ô hommes ! hâtez-vous ; qu'à plein.- voix éclatent ses louanges ; rendez-lui honneur et prière tout le jour, à toute heure ; que le cœur soit suppliant, la voix mélodieuse : ainsi faut-il
O mirandam novita-
tem, Novam quoque dieniîa-
tem !
Ditat matris castitatem Filii concepfio.
Gaude, Virgo graticsa.
Virga Acre speciosa, Mater proie generosa, Vcre plena gaudio.
Quod prœcessit in. figura, Nube latens sub obs-
cura, Hoc declc-rat g«nitura Piae matris : Virgo pura Pariendi vertit jura, Fusa, mirante natura, Deitatis pluvia.
Triste fuit in Eva vœ!
Sed ex Eva format ave, Versa vice, sed non
prave ; Intus ferens in conclave Verbum bonum et suave ; Nobis. Mater Virgo, fave Tua frui gratia.
Omnis homo, sine mora, Laude plena solvens ora, Istam colas, ipsam ora :
Omni die, omni hora, Sit mens supplex, vox sonora ;
L'A vent
Sic Bupplica, sic implora Hujus patrocinia.
Tu spcs certa misero-
rum.
Vere mater orphanorum, Tu levamen oppresso-
rura.
Medicamen infî^morum, Omnibus es omnia.
Te rogamus voto pari, Laude Signa singulari, Ut errantes in hoc mari.
Nos in portu salutari Tua sislat gratia.
Amen.
supplier, ainsi faut-il implorer son puissant patronage.
Sûre espérance des malheureux, vraie mère des orphelins, soulagement des opprimés, baume des infirmes ; vous êtes toute à tous.
Nous vous prions d'un mime vœu, vous, digne de louaage singulière, afin qu'après avoir erré sur cette mer, votre bonté nous fixe au port de salut.
Amen.