Cant. v
j 8 VA vent.
De même, à la fin du Sacrifice, la voix du Diacre ne fait plus entendre ces paroles solennelles qui congédient rassemblée des fidèles : Ite, Missa est. Il les remplace par cette exclamation ordinaire : Benedicamus Domino ! comme si l'Eglise craignait d'interrompre les prières du peuple, qui ne sauraient être trop prolongées en ces jours d'attente.
A l'Office de la Nuit, la sainte Eglise retranche aussi, dans les mêmes jours, l'hymne de jubilation, Te Deum îaudamus. C'est dans l'humilité qu'elle attend le bienfait souverain, et, durant cette attente, elle ne peut que demander, supplier, espérer. Mais à l'heure solennelle, quand, au milieu des ombres les plus épaisses, le Soleil de justice viendra à se lever tout à coup, elle retrouvera sa voix d'action de grâces; et le silence de la nuit fera place, par toute la terre, à ce cri d'enthousiasme : « Nous vous louons, « 6 Dieu ! Seigneur, nous vous célébrons ! O « Christ! Roi de gloire, Fils éternel du Père! « pour la délivrance de l'homme, vous n'avez « point eu horreur du sein d'une faible « Vierge ».
Dans les jours de Férié, avant de conclure chaque heure de l'Office, les Rubriques de l'Avent prescrivent des prières particulières qui doivent se faire à genoux; le chœur doit aussi se tenir dans la même posture, aux mêmes jours, durant une partie considérable de la Messe. Sous ce rapport, les usages de l'Avent sont totalement identiques à ceux du Carême.
Toutefois, il est un trait spécial qui distingue ces deux temps : c'est que le chant de
Mystique de l'A vent. tq
l'allégresse, le joyeux Alléluia, n'est pas suspendu durant l'Avent, si ce n'est aux jours de Férié. A la messe des quatre dimanches, on continue de le chanter; et il forme contraste avec la couleur sombre des ornements. Il est même un de ces dimanches, le troisième, où l'orgue retrouve sa grande et mélodieuse voix, et où la triste "parure violette peut un moment faire place à la couleur rose. Ce souvenir des joies passées, qui se retrouve ainsi au fond des saintes tristesses de l'Eglise, dit assez que, tout en s'unissant à l'ancien peuple pour implorer la venue du Messie, et payer ainsi la grande dette de l'humanité envers la justice et la clémence de Dieu, elle n'oublie cependant pas que l'Emmanuel est déjà venu pour elle, qu'il est en elle, et qu'avant même qu'elle ait ouvert la bouche pour demander le salut, elle est déjà rachetée et marquée pour l'union éternelle. Voilà pourquoi V Alléluia se mêle à ses soupirs, pourquoi sont empreintes en elle toutes les joies et toutes les tristesses, en attendant que la joie surabonde à la douleur, en cette nuit sacrée qui sera plus radieuse que le plus brillant des jours.