LA MUSIQUE DE LA CHAMBRE ET DE L'ÉCURIE
sous LES SUCCESSEURS DE FRANÇOIS I"
Il est fort difficile de se faire une idée, même approximative, des diverses transformations que subirent les états de la Chambre et de l'Écurie durant la seconde moitié du xvi'' siècle. Nous n'avons plus de comptes royaux détaillés et suivis, nous devons nous contenter de quelques quittances isolées qui nous suggèrent des hypothèses, plutôt qu'elles ne nous prouventdes faits; ilestà souhaiter que quelque patient chercheur dépouille méticuleusement les liasses de quittances que conserve la Bibliothèque nationale. Ce n'est qu'à ce prix qu'on pourra savoir quelque chose de certain au sujet des changements apportés dans la composition des corps de Musique de la Chambre et de rÉcCirie.
Une question fort délicate est celle de l'introduction à la Chambre de la bande de violons de l'Ecurie. Cette petite révolution intérieure dut s'opérer sous le règne de Charles IX. En tout cas, sous Henri HT, nous voyons paraître sur des quittances les noms de plusieurs artistes violons ordinaires de la Chambre du Roy^. En 1609, ils étaient vingt-deux 2. Par la suite leur nombre s'accrut légèrement et ils devinrent célèbres dans l'Europe entière sous le nom de bande des vinql-qualre ^. A la même date, il y avait aussi douze hautbois ordinaires de la Chambre, qui remplaçaient vraisemblablement les joueurs de cornets et de fifres du siècle précédente
Les joueurs d'instruments à vent demeurèrent seuls à l'Ecurie. Sous Charles IX on ne trouve déjà plus parmi eux de violons ^ En 1571 on compte dix joueurs de phifres, taboicrins et cornemuses^, douze trompettes et quinze sacqucbutes, hautbois et cornets '^. Sous
1. Quittance de 30 escus 10 sols pour un quartier de ses gages délivrée à Pierre Sac « violon ordincdre de la Chambre du Roy », le o avril 1j82 (Ms. fr. 7835, 25).
2. Compte de l'espargne pour Tannée 1609. Cinq cents Colbert, 106, f^) 45 v.
3. V. Ecorcheville. Vingt suites d'orchestre du xvii" siècle français.
4. Cinq cents Colbert, 106, f'j 45 v». « A douze hautbois ordinaires de la (Chambre chacun XX L. 240. »
0. C'est ce f[ui ressort d'un compte détaillé fort intéressant. et que nous nous réservons d'étudier une autre fois. 11 donne la composition exacte de la troupe (Collection des cinq cents de Colbert, t. 54, f»o38).
6. Quatre fifres, quatre tabourins, une musette et un joueur d'instrument indéterminé (ibid.).
7. Ils portent encore le tilre de « Joueurs de sacquebutte, hautbois, violes et.
Louis XIV, les divisions administratives resteront à peu près les mêmes : Grands hautbois^, trompetles'^^, fifres et tambours^, plus quelques cromornes et musettes du Poitou. .
Jusqu'aux dernières années du siècle, les Italiens demeurent en majorité à l'Écurie. En 1580, les douze joueurs de hautbois, sacquebutes, cornets à bouquin sont conduits par Dominique de Lucques €t Salomon Darlione *. Au reste, le nombre considérable d'Italiens au service des .derniers Valois est un fait qui saute aux yeux de quiconque se donne la peine de parcourir les comptes et les quittances •de cette époque. C'est, vers 1560°, l'illustre Cesare Negri, le futur auteur àe^Gratie d'Amore. C'est Nicolas de Plaisance ^ dont les fds vont briller à la Cour de Lorraine. Ce sont Ludovico Saï, Gabriello Nardiniou ce Battista Delfmone', qui part, en 1572, pour le Milanais, avec la mission d'y recruter une nouvelle bande de musiciens. Sous Henri III, les instrumentistes ultramontains continuent à pulluler à Paris. Citons, entre autres, Cesare Delphino, Charles Daja, Laurent Dispendriteno ^ Viterbo ^ Carobel et Nicolas Nadreini", Mazarini " €t l'éternel Dominique de Lucques.
cornets » mais on ne trouve plus parmi eux un seul joueur d'instrument à arcliet (ibicL). Il est à noter qu'ils conservent ce titre suranné sur les actes du milieu du .xvii» siècle.
1. Voy. Kcorche ville. Quelques documents sur la Musique de la Grande Écurie du Roi (Rec. Trbneslriel de la I. M. G., 1901, p. '609). Ils sont encore au nombre de douze sous Louis XIV comme sous François I".
2. Les trompettes sont au nombre de douze, dont quatre dites « ordinaires et de la Chambre » et huit de T^curie.
3. Les fifres sont au nombre de quatre et les tambours aussi. Cerlains se disent 0 tambours de la Chambre >> bien que dépendant de l'itcurle. C'est sans doute un souvenir du temps où les fifres émargeaient à la Chambre.
4. Cimber et Danjou. Archives curieuses, l'« série, t. X, p. 427 et suiv.
5. Note manuscrite de feu le baron Pichon, citée par Em. Picot dans sa belle étude sur les Itahens en France au .\vi»siècle. Bull. ital. de la Faculté des lettres de Bordeaux, t. IV, p. 310.
6. Voy. l'acte notarié du 6 juillet 1558 cité par Em. Picot [Op. cit.) par lequel Nicolas de Fleurance joueur d'instrumens de Musique de la Maison du Roy, confesse avoir mis à serviteurs Nicolas de Fleurance le jeune et Claude de Fleurance ses enfans, aussi joueurs d'instrumens, à M» Claude Dubourg conseiller du Roy. Claude et Nicolas furent appelés en Lorraine en 1566 par Charles III. Voy. Jacquot. La Musique en Lorraine, p. 52. 61.