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I. — ÉTnOLOGIB COLLECTIVE Par MM. LAPIE et DURKÎIEIM

A. FOUILLÉE. — Psychologie du peuple français. Paris, Alcan, 1898, l voL in-8», iv-391 pages.

Le livre de M- Fouillée demanderait un long examen si nou9 BOUS occupions des questions pratiques plus que des problèmes théoriques ; ce sont en effet les polémiques actuelles sur la dépopulatio», Talcoolisrae, lavenir des races latines qui Tout suscité. Pourtant Tauteur propose trois définitions théoriques : celle du caractère national, celle du caractère gaulois, celle du caractère français.

Qu'est-ce qu'un caractère national ? M. Fouillée ne veut pas réaliser une abstraction; il ne croit pas à Texistence d'une àme collective^ mais il n'est pas non plus partisan de V « atomisme » social. Pour lui, il y a une conscience, une intelligence et une volonté qui dépassent la conscience, l'intelligence et la volonté des individus; la volonté nationale, c est, par exemple, « tous les vouloirs individuels, plus leurs actions réciproques et la résultante qui en dérive » (p. 13). — Dans la coascience nationale, c'est la volonté qui domine : l'inteUigence ne vient qu'en seconde ligne. Quant aux facteurs physiques et physiologiques, ils ont sans doute un rôle important, mais non un rôle prépondérant : un peuple ne dépend exclusivement ni de son climat, ni de l'hérédité, ni de sa situation économique. «Un peuple est avant tout uo ensemble d'hommes qui se regardent comme un peuple, « œuvre spirituelle de « ceux qui le créent incessamment » (Lazarus) ; son essence est dans la conscience » (p, 74). — Une psychologie sociale est donc possible, mais cette science n'a pas, comme les autres,

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le don de prophétie, car il y a dans Thistoire des peuples deux éléments incalculables (p. 7i) : les caractères individuels ou collectifs d'une part, et de Tautre la découverte progressive des lois universelles (révolutions opérées dans Thistoire par des « accidents » comme la découverte de l'Amérique, l'invention de la broche à filer, etc.)-

Appliquons au caractère français les méthodes de la psychologie sociale. Le caractère français, selon M. Fouillée, dérive du caractère gaulois, avec quelques apports de Véducation (non de la race) latine et de la race germanique (p. 177). Quel est donc le portrait du Gaulois? Le Gaulois est sociable, généreux et vaniteux : voilà pour la sensibilité; son intelligence inventive est en même temps capable de s'assimiler les inventions d'autrui ; sa volonté est impétueuse et irritable. Ses institutions nous montrent une grande piété pour les morts, des dieux intelligents, une forte organisation sacerdotale. Ses mœurs nous frappent par le respect qu'il accorde à la femme. Tels sont les traits qui, puisque l'apport des Latins et des Francs est relativement faible, doivent être fondamentaux dans le caractère français.

Les traits du caractère français sont les suivants : une sensibilité excitable, le désir de se répandre au dehors, la gaieté insouciante du passé et de l'avenir; la volonté est explosive; l'intelligence primesautière (et par là superficielle), amoureuse d'ordre et de clarté. Le Français ne se représente pas vivement l'image des choses; il est plus raisonneur qu'observateur. Sa religion porte la marque de sa sensibilité : le christianisme a dû prendre en France une forme sociale. Sa philosophie porte la marque de son esprit : elle est intellectualiste, et cet intellectualisme se retrouve dans Tart français, dans la musiquB comme dans la littérature : « Nous avons intellectualisé et le sensualisme de la mélodie italienne et le mysticisme de l'harmonie allemande (p. 227). » Mais le trait essentiel de ce caractère, c'ejt qu'il est la fusion harmonieuse d'éléments très divers: « Avec son mélange de climats dont aucun n'était excessif, avec son mélange de races dont aucune n'avait une influence exclusive et absolue, la Gaule se trouva plus dégagée que toute autre terre des fatalités purement physiques (p. 178). » Aucun peuple n'est donc plus conforme à la définition du peuple : aucun n'est au même titre une « œuvre spirituelle ».

Que deviendra ce peuple? Est-il condamné à mourir de

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dégénérescence, d'alcool ou d'épuisement? M. Fouillée ne le croit pas et, en tout cas, il donne un remède. Si le peuple est un système d'idées et de sentiments et que ce système soit menacé, il suffit de défendre les idées et les sentiments dont se compose le caractère national, il suffit de les fortifier et de les épurer pour traverser la crise : à des maux moraux il faut des remèdes moraux. M. Fouillée estime d'ailleurs que le mal n'est pas si grave qu'on veut bien le dire et que la France n'a pas dépouillé son caractère qui est sa raison d'être.

Faisons abstraction de ces dernières conséquences, d'un ordre purement pratique. Puisque, selon M. Fouillée, la psychologie sociale ne saurait prévoir avec certitude, il est peutêtre téméraire de lui demander des préceptes et des remèdes. Sur les autres questions, nous n'avons pas d'objection de principe à présenter. Nous pensons, comme M. Fouillée, qu'une psychologie sociale est possible et qu'elle doit se constituer sans croire à l'existence d'une âme collective, mais en se bornant à constater chez les peuples qu'elle étudie des habitudes mentales sufllsamment persistantes et suffisamment générales.

Mais il est à regretter que, surtout pour le portrait du Français, M. Fouillée n'ait pas appuyé ses opinions sur un plus grand nombre de faits : il n'a rien ajouté à ce qu'on a si souvent dit de notre intellectualisme, de notre amour des idées claires et de notre légèreté ; il s'est trop souvent contenté de généralités.

On regrette, en second lieu, que les divers traits de caractère ne soient pas systématisés. Pourquoi le Gaulois est-il en même temps vaniteux et inventif ? pourquoi ces dispositions s'accordent-elles avec une forte organisation sacerdotale ? Ce sont sans doute des questions indiscrètes, mais une psychologie sociale doit rendre compte des concordances ou des incompatibilités qui existent entre tel ou tel trait de caractère, entre tel caractère et telle institution : c'est à cette condition qu'elle peut devenir une science explicative. La recherche de ces concordances et de ces incompatibilités, entreprise aujourd'hui dans l'éthologie individuelle, doit être inaugurée de même dans l'éthologie collective.

Peut-être aurait-on tracé un portrait plus systématique (et plus explicatif) du caractère français si l'on en avait cherché la clef, non dansla volonté, mais dans l'intelligence. M. Fouillée insiste sur notre intellectualisme, et pourtant ce n'est pas à

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^intelligence qu'il accorde le rôle important dans la formation du caractère national. Lui qui a jadis combattu ceux qui refusent à rintelligenee toute influence sur le caractère individuel, il semble leur céder quand il s*agit du caractère national. N'est-ce pas cependant dans les associations et les oppositions d'idées, phénomènes intellectuels, qu'on peut trouver Texplication des concordances et des incompatibilités qui font roriginalité des caractères ?

En définitive, quel profit la science sociale peut-elle tirer d'une description du caractère français ? C'est le privilège du peuple français d*ôtre conforme à la défi<nitii>ii du peuple qu'après Renan et d'autres nous doone M. Fouillée. Mais peut-on tirer ées inductions de ce cas privilégié ? C'est un fait social de haute importance que l'apparition d'un peuple aussi libéré que le nôtre des fatalités physiques ; mais on ne peut tirer de ce fait des conclusions générales qu'en admettant chez les autres peuples une tendance à un pareil affranchissement. Il est vrai que cette opinion peut se soutenir.

SIRORSKY. — Quelques traits de la psychologie des Slaves. lietue philosophique, juin 1898, p. 6125 à 633.

Ce n'est pas un portrait de l'âme slave, ce sont « quelques traits » de cette âme que nous présente M. Sikorsky. Les Slaves sont plus portés à l'analyse intérieure qu'à l'observation de la nature; pourtant une nature inclémente, qui enlève chaque année 34 habitants sur 1 000, devrait attirer leur attention. Ils connaissent peu le suicide (30 pour un million d'habitants ; France, 210 ; Saxe, 311) et le crime (iO condamnés pour meurtre, en 1887, pour un million d'habitants; 96 en Italie). Les Slaves ne sont pas paresseux : s'ils*chôment souvent, c'est que leur religion a beaucoup de fêtes et que leur pauvre nourriture ne leur permet pas de supporter un travail prolongé. Ils sont tristes, patients et magnanimes. Doués di'une sensibilité délicate, ils sont hospitaliers et tolérants : l'auteur en donne pour preuve le fait que les Israélites se concentrent en Russie (c'est là qu'habitent plus de la moitié des Israélites du globe) et qu'ils s'y « attachent avec ténacité » : l'antisémitisme serait-il donc en Russie plus politique que populaire? Une autre preuve de la même tolérance serait, suivant M. Sikorsky, la facilité avec laquelle les Russes se

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sont assimilé les populations de T Asie 'septentrionale et centrale. Si la fusion est aussi complète et a été auesi pacifique qu'il le rapporte, elle constitue un iait vraiment exceptionnel dans rhistoire.

La méthode, par malheur, est suspecte. L'auteur cUe trop souvent les personnages du roman russe; les observations personnelles sont trop rares. Il faut «ignaler comme un modèle d'hypothèse sans valeur l'explication de llndècision slave : les Slaves, dit Tau teur, sont doués d'idées^ùrc»&, m^ ces forces a ne sont pas encore suffisamment accunuilées » .: rexplication est purement verbale, -et le m^ force a «tr^xmpé l'auteur.

LAPfE cPaul). — Les civilisaliioiis timisieimee. Musulmans, Israélites, Européens. EUid^ de psyohohgie sociale. Paris, Alcan, 1898, 304 p. ïn-12.

Décrire et expliquer les principales instilotions dey» Israélites et des Musulmans tunisiens, déterminer les rapports de ces civilisations, chercher comment elles se sont modifiées sous TinHuence européenne, tel est Tobjet de ce livre.

L étude, quoique riche en observations, se présente sous une forme dèductive. L'auteur commence par poser un principe d'explication qui lui sert de fil conducteur daus les descriptions qui suivent. Ce principe, il le demande à une analyse du caractère collectif, propre à chacune de ces populations. Il montre, en effet, que la race ne saurait rendre compte dès particularités qui distinguent les mœurs et les croyances de ces deux peuples ; car il y a toute sorte de races parmi les Musulmans de Tunisie et, s'il y a plus d'homogénéité parmi les Juifs, cette homogénéité même contraste avec la variété de formes que présente, suivant les milieux sociaux, la civilisation juive. La religion ne peut pas davantage être considérée comme le principe de ces deux sociétés ; car, si important que soit son rôle, elle est un effet, non une cause. Du moins, elle n'est jamais qu'une cause seconde. Elle sort de Tàme du peuple, du tempérament naturel. C'est donc à ce tempérament qu'il iaut remonter. Voilà .pourquoi cet ouvrage est bien réellement une étude d'éthologie sociale.

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Le trait distinctif de l'Arabe, c'est qu'il a « les yeux fixés vers le passé, le dos tourné vers Tavenir » (p. 19). Il a le culte de ce qui est ancien, si bien qu'il juge ancien tout ce qu'il aime. De là, la fermeté qu'il montre dans ses habitudes. Mais, en môme temps, il est imprévoyant. Ce qui est au delà du présent n'existe pas pour lui. Voilà d'où vient la facilité avec laquelle il s'engage, et la facilité non moins grande avec laquelle il oublie ses engagements. Son action n'a rien de prémédité ni de réfléchi ; elle est faite d'impulsions, parfois violentes, mais passagères et sans continuité. Au contraire, le calcul est l'essence du Juif. Son travail est éminemment voulu et raisonné, et tout entier orienté vers l'avenir. Pour lui, le présent n'est rien et ne compte pas. Aussi méprise-il tous ces plaisirs, légers et fugitifs, qui font le charme de la vie. Le passé est moins encore, puisqu'il est anéanti. De là, sa facilité à oublier, à pardonner les offenses reçues. De là aussi son égoïsme ; car une telle préoccupation de l'avenir rend malaisé le désintéressement; on à fort exagéré la solidarité juive (p. 20).

Muni de ce principe, l'auteur étudie successivement la vie économique, la famille, la religion, les conceptions politiques, esthétiques de ces deux peuples, et c'est par cette différence fondamentale qu'il explique les différences secondaires qu'il rencontre au cours de son analyse. On trouvera dans tous ces chapitres une multitude d'observations intéressantes que nous ne pouvons reproduire ici. Nous recommandons tout particulièrement ceux qui traitent de la vie économique et de la famille. M. L. a parfaitement senti et mis en relief l'absence d'intimité conjugale qui caractérise la famille arabe, Tétat d'extériorité où les deux époux sont l'un vis-àvis de l'autre et, au contraire, le caractère abstrait et rude de la discipline domestique chez les Juifs. Naturellement, chemin faisant, des inexactitudes ont été commises comme il était inévitable en un pareil sujet. C'est surtout dans le chapitre de la religion que se trouvent le plus de faits contestables. Par exemple, Fauteur croit spéciales aux Juifs de Tunisie des mœurs et des pratiques que leurs coreligionnaires d'Europe présentent également.

Ces deux civilisations si différentes se sont maintenues côte à cùte précisément parce que, en vertu de leurs différences, elles se complétaient mutuellement. Mais elles ne se sont pas unifiées. Chacune d'elles a conservé ses caractères

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ANALYSES. QIESTIOXS DE STATISTigJE Ool)

propres. Depuis rétablissement xiu protectorat français, Juifs et Musulmans s'efforcent d'imiter les mœurs européennes ; mais Tassimilation, même chez les Juifs, reste superficielle. Des compromis variés dissimulent la discordance profonde qui persiste.' Cependant Tauteur ne désespère pas de voir la fusion s'accomplir. Puisque c'est par leurs habitudes mentales que ces populations diffèrent, c'est sur ces habitudes qu'il faut agir par la voie de l'éducation. Seulement, pour que cette entreprise pédagogique ne soit pas vaine, il faut qu'elle s'adresse encore plus à l'élite qu'à la foule (p. 21)7 et suiv.).

La partie du livre qui. nous paraît appeler le plus de réserves est celle où l'humeur collective de ces trois sociétés se trouve caractérisée. Un tempérament, collectif ou individuel, est chose éminemment complexe et ne saurait être exprimé dans une aussi simple formule. Le caractère, dans les groupes comme chez les particuliers, est le système même de tous les éléments mentaux ; c'est ce qui en fait l'unité. Mais cette unité ne tient pas simplement à la prépondérance, plus ou moins marquée, de telle ou telle tendance particulière. Aussi trouve-t-on quelque disproportion entre l'extrême diversité des faits qui sont rapportés etexpliqués et l'extrême simplicité de la cause par laquelle on les explique. Mais ce serait, sans doute, trahir la pensée de l'auteur que de voir, dans la méthode suivie par lui, autre chose qu'un procédé provisoire d'exposition> destiné à mettre un peu d'ordre daus l'analyse. E. D.

II. — QUESTIONS Dl-: METHODOLOGIE STATISTIQUE Par MM. FOUCAULT et DURKUEIM

FECHNER, Kollektivmasslehre {Théorie des objets collectifs), x-476 p. Leipzig, Engelmann, 1897.

Fechner, mort en 18b7, avait laissé le manuscrit inachevé de cet ouvrage. En 1895, la Société royale des sciences de Leipzig chargea G. -F. Lipps de le publier. Lipps mit en ordre les différentes parties et ajouta des compléments explicatifs. Les additions de Lipps sont imprimées entre crochets : elles sont parfois très étendues et comprennent jusqu'à des chapitres entiers.

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Fechûer avait projeté et comraencé ce travail depuis looglemps déjà. Son âge avancé l'empêchant de traiter complètement toutes les parties de la science nouvelle dont il s'occupe ici, il présente son ouvrage comme une simple ébauche de la « science de la mesure des objets collectifs ». Les vues qu'il expose présentent cependant un grand intérêt pour la sociologie, puisque les mesures collectives forment un des plus importants objets de la statistique. Fechner s'attache à continuer Quételet, qu'il regarde comme le père de^ la science des mesures collectives.

« Par objet collectif, dit Fechner (p. 3), j'entends un objet qui se compose d'un ttombre iodéterminé d'individus {Ej^emplaren), différents ies uns des autres par des yariatioas aKîcidentelles, et réunis dans le concept d'une espèce «ou d'un genre. » Ainsi l'être humam forme un objet collectif au seas large ; l'être humain déterminé quant au sexe, à Tàge, à la race, forme un objet collectif au sens étroit. Voici d'autres exemples : les conscrits d'un pays, les épis d'un «hamp de blé, la température d'un jour de l'année dans un lieu donné, observée pendant un certain nombre d'années, etc. Les individus qui composent un objet collectif sont déterminés par. des caractères qualitatifs et quantitatifs : c'est naturellement de ces derniers seuls que s'occupe la théorie des mesures collectives.

Pour qu'une tentative de mesure collective ait chance d'être fructueuse, il faut d'abord que les iodividtrs soient assez nombreux pour que les lois du hasard, qui exigeraient un nombre infiniment grand d'individus, puissent s'y appliquer avec une rigueur approximative ; les collections dont Fechner s'est servi comprennent plusieurs centaines d'individus au minimum, la plus nombreuse est de 2047. — Il faut en outre que le nombre soit complet, c'est-à-dire qu'il comprenne, quand cela est possible, tous les individus qui se présentent dans l'espèce considérée. Quand les individus sont trop nombreux pour qu'on puisse les mesurer tous, il faut du moins que le hasai*d seul préside au choix que l'on est obligé de faire. Si, par exemple, on mesure la taille des conscrits, il ne faut pas éliminer ceux qui sont au-dessous de la taille requise pour le recrutement. — D'autre part, cependant, il faut que l'objet collectif soit homogène {einstimtnig) : si, par exemple, on considère la taille, il est clair qu*il ne faut pas réunir des hommes et des femmes, ou des enfants et des

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adultes. Il se présente souvent ici des difRcultés : qaand on mesure une collection de crânes, il faut éliminer ceux qni présentent des déformations morbides, mais il n'est pas toujours facile de séparer le malade du sain.

Une fois remplies ces conditions, on mesure tous les individus dans Tordre dans lequel ils se présentent : on dresse ainsi une liste primitive (Urliste). Cette liste permet d'établir la moyenne arithmétique. Quand il s'agit de mesures astronomiques ou physiques, on peut se contenter de la moyenne arithmétique, parce qu'il s'agit seulement de compenser des erreurs d'observation et que Ton a chance de trouver la valeur vraie ou de s'en approcher beaucoup en prenant la moyenne d'un nombre assez élevé de mesures. Mais dans la mesure des objets collectifs il n'y a pas de valeur vraie, ou plutôt toutes les valeurs sont vraies, c'est-à-dire appartiennent à des objets réels que Ton ne peut pas négliger. Des statisticiens, pour cette raison, ont indiqué, en outre de la moyenne arithmétique, les sommes d'écarts des mesures individuelles et l'écart moj^en. Mais il est d'autres quantités qui contribuent à donner une représentation plus complète de la physionomie quantitative d'un objet collectif, et c'est de celles-là que s'occupe surtout Fechner.

Pour les déterminer, on dresse d'abord une table primaire : on inscrit dans une colonne toutes les mesures que l'on a trouvées (et que Fechner désigne par a), en les rangeant dans l'ordre numérique et en les exprimant en centimètres ou en millimètres, ou même en unités de mesure plus petites, selon que l'on a cru devoir faire ou que l'on a pu faire des mesures plus ou moins rigoureuses. On inscrit ensuite dans une deuxième colonne, en face de chacune de ces quantités a, le nombre (z -= Zabi) des individus auxquels appartient la mesure. — Quand cette table primaire n'est pas trop irrégulière, on trouve que les nombres z les plus élevés sont ceux qui correspondent aux quantités a moyennes; les z deviennent moindres pour les parties extrêmes de la table. On peut prévoir à l'avance qu'il en doit être ainsi : mais en outre Fechner l'a vérifié sur des tables donnant la mesure du contour verlical et du contour horizontal de 450 crânes européens et sur d'autres tableaux donnant des tailles de conscrits. — Mais quelquefois aussi la table primaire est très irrégulière; quand par exemple l'unité de mesure est très petite, il arrive que les mesures a sont séparées par des

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intervalles variables et que les nombres z sont très peu élevés. D'ailleurs, même les tables primaires les plus régulières ne présentent jamais une régularité parfaite. Le problème général est donc de passer des résultats de la table empirique aux résultats idéaux d'une table idéale, et c'est à quoi Ton arrive, au moins "approximativement, par le moyen de la réduction. La réduction consiste à diviser la table primaire en sections égales, à prendre la moyenne des a de chaque section, à additionner les nombres d'individus correspondants et à attribuer la mesure moyenne ainsi obtenue au nombre total des individus correspondants. — Quand les mesures a sont équidistantes, cette opération est facile. Mais elles ne le sont presque jamais dans les parties extrêmes de la table primaire : il faut rétablir l'équidistance en intercalant des zéros dans la colonne des z, de façon à maintenir partout le môme intervalle entre deux quantités a consécutives de la table réduite.

— Quand ce manque d'équidistance entre les mesures apparaît dans toute l'étendue de la table primaire, ce qui a chance de se produire si l'unité de mesure employée est très petite, on fait la réduction en choisissant des intervalles commodes, en comptant les nombres d'individus correspondants et en leur attribuant comme mesure commune celle qui se trouve au milieu de Tintervalle. — On peut, si cela est nécessaire, pousser la réduction plus loin, en opérant sur la table réduite comme on a opéré sur la table primaire. En règle générale, il faut considérer la réduction comme suffisante quand il se manifeste une marche régulière dans la table, au moins dans la partie de la table où se trouvent les valeurs les plus grandes de j. — Une dernière question relative à la réduction concerne la façon de couper la table primaire en sections : si l'intervalle est déterminé par quatre mesures a de la table primaire, il y a quatre sectionnements possibles. Il est bon de les essayer tous ou d'en essayer deux au moins, et de choisir comme le meilleur celui qui conduit à la table réduite la plus régulière.

Une fois la table régulière obtenue, on peut déterminer les valeurs intéressantes autres que la moyenne arithmétique. Je me borne à indiquer les deux plus importantes de ces valeurs.

— L'une est la valeur centrale [Xentralicert) : c'est la valeur de a qui se trouve au centre de la table, c'est-à-dire « qui a autant de quantités a plus grandes au-dessus d'elle que de plus petites au-dessous ». Pour la déterminer, on compte le

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nombre total des individus mesurés. Soit m ce nombre : la valeur centrale est la mesure de l'individu dont le rang est donné par le nombre 1/2 (m -+- 1). Si Ton veut la déterminer avec plus de rigueur, il faut tenir compte d'une légère complication provenant de ce que la mesure ainsi obtenue n'appartient ordinairement pas à un seul individu, mais à un nombre plus ou moins élevé ; une formule assez simple permet de faire la détermination rigoureuse de la valeur centrale. — L'autre valeur est la valeur la plus dense (derdichteste Wert) : c'est la valeur de a à laquelle correspond le nombre z le plus élevé. La simple inspection de la table réduite fait connaître cette valeur. Mais on n'obtient ainsi que la valeur empiriquement la plus dense. Pour la déterminer avec rigueur, il faut faire des calculs compliqués. Lipps y consacre un chapitre et donne plusieurs formules, mais reconnaît qu'elles ne sont pas très commodes. 11 est vrai que, si l'on compare (p. 127-135) diverses séries de valeurs empiriquement les plus denses avec les séries correspondantes où la valeur la plus dense est déterminée avec rigueur, on n'y trouve pas de grandes différences.

Il est un cas dans lequel la moyenne arithmétique, la valeur centrale et la valeur la plus dense coïncident : c'est celui où la table est symétrique, c'est-à-dire où les écarts positifs correspondent à des écarts négatifs égaux, avec même valeur de ;:. A défaut d'une symétrie parfaite, que les tables empiriques ne peuvent guère fournir, il peut exister une symétrie probable, et les trois valeurs coïncident encore, ou bien elles ne diffèrent que de quantités négligeables. Mais la symétrie est une exception ; la plupart des tables sont asymétriques, et c'est ce qui fait l'intérêt de la valeur centrale et de la valeur la plus dense comme caractéristiques d'un objet collectif.

Enfin Fechner étudie, en s'appuyant sur une loi découverte par Gauss, les lois qui régissent la répartition des nombres d'individus par rapport aux différentes mesures. Mais cette partie de l'ouvrage est essentiellement mathématique, et par suite présente un moindre intérêt pour la sociologie.

Foucault

ROUTKEWITSCH (L. vo\). — Das Gesetz der Kleinen Zahlen (La

loi des petits nombres). Leipzig, Teuhrier, 181)8, p. vi-52, 2 mk.

\a statistique, d'ordinaire, n'accorde pas grande altcnlion aux

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petits nombres, parce que la part des causes accidentelles y est trop marquée. L'auteur entreprend de montrer, par des considérations mathématiques, que ces petits nombres se conforment très exactement aux lois du hasard telles que le mathématicien les déterminé. Soit, par exemple, le chiffre annuel des suicides féminins commis dans un très petit État d'Allemagne : il est très peu élevé. Or, d'une année à l'autre, le nombre en varie très sensiblement comme le calcul des probabilités permettait de le prévoir. C'est en cela que consiste ce qu'il appelle la loi des petits nombres. — Ce résultat •paraît d'abord en contradiction avec ce fait connu que les grands nombres de la statistique, au contraire, ne se conforment pas du tout à ces mêmes formules. Mais l'auteur fait voir que la contradiction n'est qu'apparente. Si, à l'intérieur des vastes champs d'observation auxquels se rapportent ces grands nombres, on considère des cercles plus restreints, on voit la même régularité réapparaître. La loi des petits nombres se retrouve dans les grands nombres. — La conclusion, d'après M. B., c'est que les faits enregistrés par la statistique sont le produit de certaines conditions générales, à l'action desquelles cerlaines causes accidentelles mèl(»nt leur action. C'est l'influence de ces causes fortuites que la loi des petits nombres mettrait en évidence ; et ainsi « la régularité {Die Gesetzmncssigkeit) des données stalisticfues, qui paraît avoir perdu tout crédit par suite des méprises de Quételet et de ses disciples, reprendrait, de ce point de vue, toute sa valeur ». — L'ouvrage est présenté comme un développement des travaux de VV. Lexis, notamment de son livre Zitr Théorie der Massenerscheinungeri in der menschlichen GeselUchaft (1877) et des articles Das Geschlechtsverhaeltniss der Geborenen und die Warscheinlichkeilsrechmmg (1876) et Ueber die Théorie der Stabilitnet der stntistischen Reihen parus dans \(^sJahrb. de Conrad.

BENNLM (R.). — Le combinazioni simpatiche in demographia (Les combinaisons sympathiques en démographie), Riv. Ital. di sociol., 1898, mars, p. 152-171.

Certaines combinaisons de faits sociaux ont lieu avec une fréquence plus grande que ne le ferait prévoir le calcul des probabilités. Par exemple, le fait que les deux époux sont tous deux lettrés ou tous deux illettrés, ou qu'ils sont tous deux veufs, ou tous deux célibataires, ou tous deux divorcés, se produit, dans l'ensemble des combinaisons matrimoniales, beaucoup plus souvent que les mathématiques ne le feraient supposer. C'est qu'il intervient ici un facteur particulier dont le calcul des probabilités ne peut pas tenir compte, à savoir la sympathie qui entraîne les uns vers les autres des époux de même culture ou de même état civil. Mais la comparaison des données statistiques avec les résultats du calcul permet d'estimer la gran-

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deur relative de cette force morale; c'est ce que l'auteur appelle le coefticient de sympathie. Si, par exemple, de deux combinaisons de ce genre, l'une a lieu quatre fois plus souvent dans la réalité que d'après le calcul et l'autre seulement deux fois, on dira que le, coefficient de sympathie est deux fois plus grand dans le premier cas que dans le second. M. B., d'après cette méthode, détermine quelques-uns de ces coeflicients.

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