‹ L'Année sociologiqueChapitre 85 sur 133 · DIVERS · texte numérisé non relu

DIVERS

R. LIEFMANN. — Die Untemehmerverbande ( Volkswirlschapliche Abhandlungen der badisehen Ilochschulen, Erstes Heft). Freiburgi.-B., Leipzig u. Tiibingen, Mohr, 1897, 1 vol. in-8", xn-199. M. 5.

Travail informé et intéressant.

A. SCllAEFFLi:. — Zum Kartellwesen und zur Kartellpolitik

[Zeitschrifl f, dicgeâ. Staatsivissenschaft^ 1898, H. 3. Erster artikel;.

B. — Clas^ses sociales.

Le problème général de la répartition sociale, abordé relalivement aux personnes, entraîne la distinction de classes sociales diversement définies. Outre les limitations de temps et de lieu nécessaires à remploi de la méthode expérimentale, des abstractions de principe divers s'exercent sur les ensembles sociaux ainsi limités : abstraction selon la quotité générale du revenu et les différenciations qui s'y rattachent (distinction en « classes supérieures » de la société, « classes moyennes », « classes inférieures », « classes indigentes »), abstraction selon la fonction dans la production (classe capitaliste, classe patronale, classe ouvrière), abstraction selon la nature du travail (classe agricole, classe industrielle, classe commerciale, classes professionnelles, branches industrielles;, selon l'organisation en vue de la répartition (ententes, associations), etc. ; ces diverses catégories peuvent d'ailleurs se combiner entre elles.

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i. G. SCHMOLLER. — ^WTas verstehen wir unter dem Mlttelstande ? Hat er im (9. Jahrhundert za- oder abgeûommen? Vortrag au! dem 8. Evangelischsozialen Koqgi-ess in Leipzig am H juin 1897. (Qu entendons-nom par classe moyenne? A-t-elle crâ ou décru au xix** sièclef) GôttÎDgen, Vandenlioeck u. Ruprecht, 1897, 1 broch. ia-8°, 33 p.

2. M. BIERMER. — Mittelstandsbewegung. Handwôrterbuch der Staatswissenschaften (Conrad, Elster, Lexis, Loening) iL'^' suppl. Bd. léna, Fischer, 1897, p. 634-638 {Le mouvement en fateurdes classes moyennes),

3. Heinrich WAENTIG. — GewerbUche Mittelstandspolitik. Eine rechtshistorisch-wirtsehaflspolitiselie Studie auf Grand ôsterreichischer Quelleu (La politique en faveur de la classe moyenne industrielle). Leipzig, Duncker u. llumblot, 1898, 1 vol. in-8% x- 483 p.

Le discours de M. Schmoller résume la question de la classe moyenne et les données statistiques et historiques qui permettent de Tétudier aujourd'hui. L'auteur avait, il y a vingtcinq ans, constaté le mouvement croissant de ditlérenciation sociale. Aujourd'hui il constate un double courant : le mouvement de diflérenciationquicontiuue, mais aussi un mouvement ascendant de tous les éléments vigoureux et capables des classes inférieures et de la classe moyenne. C'est une question de fait. Ce sont les influences psychologiques et morales qui s'opposent à Tinégalité grandissante. Une nouvelle classe moyenne tend à se constituer. Si l'éloignemeut croissant des classes est le côté naturel du progrès de la civilisation, le côté intellectuel et moral en est le rapprochement des hommes, par Télévaliondes classes inférieures.

L'article de M. Biermer est un exposé précis et informé de la situation, des tentatives et des demandes de la classe moyenne industrielle et de la classe moyenne commerçante.

L'ouvrage de M. Waentig traite un important sujet avec une méthode excellente. La crise de la petite industrie et du travail à la main a été assurément un gros problème de l'économie et de la politique de ce siècle. Une politique scientifique eût dû, avant de rien tenter, ou plutôt pour tenter quelque chose, en rechercher les causes, examiner si le phénomène

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était pathologique (ce qui était loin d'être acquis), et, s'il était découvert normal, rechercher , des moyeus d'attéuuer des effets fâcheux individuels, amenés par une évolution néc^saire et d'intérêt général. Au contraire la politique empirique a voulu agir sur le phénomène sans le connaître, en se guidant sur des préjugés populaires et mal fondés. Le gouverneraeot autrichien, spécialement, a adopté une politique économique qui se donnait le but de « conserver la classe moyenne industrielle ». Au point de vue scientifique, l'Autriche a ainsi institué une expérience de politique économique qui esta analyser et dont il peut y avoir à tirer profit.

Dans une première partie, M. Waentig étudie la naissance et le développement de la politique en faveur de la classe moyenne. Mais, pour en rendre compte clairement et convenablement, il reprend toute l'évolution de la politique industrielle autrichienne au xix" siècle : ère de Tabsolutisme, arrivant à la loi du 20 décembre 18^9; ère du libéralisme, politique de la bourgeoisie, réaction complexe et réforme mal venue de 188:2-83. L'histoire ultérieure de la politique industrielle est depuis conduite jusqu'à nos jours (antisémitisme, socialisme).

Uue seconde partie étudie les résultats pratiques de cette politique. La documentation bien que parfois assez difficile est donnée abondante. Ce sont spécialement les deux principes dominants de la législation nouvelle dont Tapplication et les effets sont recherchés et déterminés : la preuve exigée de la capacité professionnelle (obligation de prouver plusieurs années d'apprentissage et plusieurs années d'aide, situation de l'apprenti, situation du compagnon, situation du raaitreu et la corporation obligatoire (transformation des diverses formes antérieures de groupement professionnel, état présent de la corporation, et dans quelle mesure elle remplit les fonctions où on la destinait).

Ces deux remèdes tentés ont manqué à leur but. Les tendances puissantes de la vie économique moderne sont plus fortesque les velléités empiriques de la réformera contresens. M. Waentig sait que ces conclusions seront discutées et combattues ; pourvu que les critiques se placent, comnie lui, sur le terrain positif, ce ne sera que profit pour la science.

Le fondement positif est ici spécialement difficile à assurer : les faits à observer sont fort complexes, fort étendus et tout contemporains. L'effort fait par M. Waentig pour les bien

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ANALYSES. — ÉCONOMIE MODERNE ET OCCrDENTALE 475

connaître est considérable. Quant à l'interprétation des faits, elle est sociologiquement intéressante : elle donne un exemple remarquable de l'impuissance où sont les individus, même munis de l'autorité politique, à agir arbitrairement sur les éléments économiques d'une collectivité, sur des phénomènes sociaux.

E. LEVASSEUR. — L'ouvrier américain. L'ouvrier au travail. L'ouvrier chez lui. Les questions ouvrières. Paris, L. Larose, 1898, 2 vol. in-8^ xvui-634 p. et S16 p.

Cette élude considérable sur Touvrier aux États-Unis d'Amérique est faite d'après les observations et informations personnelles de l'auteur, d'après les documents officiels, en particulier les statistiques publiées, etc., et s'inspire aussi des ouvrages d'exposé et d'interprétation parus sur le sujet en Amérique ou ailleurs. Le sous-titre indique la division du livre. Une première partie de beaucoup la plus étendue étudie l'ouvrier au travail et aboutit au problème du salaire nominal ; une seconde partie étudie l'ouvrier chez lui et examine ainsi le problème du salaire réel; une dernière partie enlin passe en revue les divers sujets, extérieurs aux cadres de la science économique, que groupe souvent le terme générique de questions sociales.

11 est impossible de résumer la très nombreuse collection de faits rassemblés dans cet ouvrage, sans en supprimer le principal intérêt, la précision du détail. Glaner des exemples serait plus anecdotique que scientifique, et de plus serait infidèle en rompant les faisceaux de preuves. On ne peut donc ici qu'indiquer les principales catégories analytiques où sont groupés ces faits.

L — Sans doute par la nécessité de rattacher une étude de répartition aux conditions de la production, M. Levasseur commence son livre par un tableau de la production industrielle aux États-Unis, ou mieux (car l'étude dynamique est plus féconde que l'étude statique; par un tableau des progrès de l'industrie depuis cinquante ans. Industries extractives, combustibles minéraux, métaux précieux et qrdinaires, fer, métallurgie, industries agricoles, construction, industries textiles, transports : tout l'ensemble de la vie industrielle est passé en revue. Une critique préalable a eu soin de déterminer la valeur utilisable des statistiques données.

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MaisTélément de la production qui intéresse plus spécialement le problème du salaire est la productivité du travail» el par suite l'importance relative de la main-d'œuvre. La eon* centratiou de Tindustrie et la transformation de la petite industrie en grande production et même en production géante sont les traits dominants de ce mouvement industriel. Lerùle de la machine croît en raison. La productivité est considé> rable. La grande étendue du marché permet que cette abondance soit économique. Et cette progression continue : riuvention (stimulée sans doute par le haut prix de la main d'œuvre) se multiplie et s'ingénie, etToutillage mécanique se renouvelle rapidement et se perfectionne sans cesse. Le produit parait, il est vrai, manquer de Uni. Mais le mouvement n'en est pas enrayé, non plus que par les plaintes de la classe ouvrière.

Après les conditions industrielles de la production aux États-Unis, sont rappelées les conditions sociales de la répartition. — La législation dite sociale est un élément important dans les rapports entre patrons et ouvriers. Cette législation est inégalement développée dans les divers États de TUnion. Elle porte sur des points généraux (aménagement des fabriques» précautions contre l'incendie, accidents, paie, inspection du travail;, sur les heures de travail, sur le travail des enfants, sur l'apprentissage . Elle se heurte parfois à l'objection d'être inconstitutionnelle (la liberté du ti^vail et du contrat, entendue en un certain sens, étant constitutionnelle ; on sait que les tribunauxaméricaiussout jugesde la couslitutionnalitédes lois). — 11 faut noter la rigueur de la discipline intérieure des ateliers.

Un autre élément important est l'état de l'organisation ouvrière. La liberté d'association étant reconnue, les syndicats ou unions ont pu se développer. On retrouve les types anglais de trade-unions : unions locales, corporatives, nationales et internationales. A ciMé sont à cousidérer des organisations spéciales comme les « Ivnigiits of Labor », et les organisations socialistes. L'influence unioniste s'exerce par une action sur la consommation des produits unionistes, par une pression sur les ouvriers non unionistes, par des négociations et des eotentes avec les patmns.

M. Levasseur aborde alors l'étude positive du salaire (d« salaire exprimé en monnaie, du salaire nominal). En gros les salaires ont, dans le temps considéré, très fortement monté ;

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statiquement, ils sont très divers selon les lieux. Une déterminatioa précise entraîne des difficultés et des réserves. La statistique des salaires est sujette à des doutes. Aussi est-ce avec précaution et avec des efforts de contrôle que des chiffres de salaires nous sont présentés pour les ouvriers des diverses industries, agriculture, mines et métallurgie, bâtiment, travaux publics, transports, alimentation, textiles, vêtement, livre, métaux précieux ; on considère aussi la diversité des salaires dans une même industrie, ou dans une même région. Une brève comparaison est faite avec d'autres pays.

Le salaire des femmes est ensuite étudié. L'emploi des femmes varie beaucoup avec les industries, mais parait croître. L'infériorité du salaire des femmes sur celui des hommes est considérable; elle ne s'explique pas entièrement de manière à éliminer la concurrence entre les sexes. Les documents permettent d'étudier particulièrement les salaires féminins dans diverses grandes villes, et au Michigan, Des chiffres sont donnés pour les salaires des manufactures, pour les salaires de la petite industrie; des documents sont fournis sur la diversité des salaires selon les régions, et sur Féchelle des salaires. La situation des femmes domestiques, très nombreuses relativement, est brièvement étudiée. Quelques renseignements sur le salaire des enfants et une courte cc^nparaison avec d'autres pays s'ajoutent à ces faits.

Un chapitre spécial est consacré à ce système d'exploitation par le marchandage, nommé en anglais sweating si^stem, qui se pratique surtout dans l'industrie du vêtement : aux États-Unis il pèse surtout sur des immigrés misérables. Aux documents connus sont joints des observations personnelles de l'auteur, qui rappelle ensuite les essais de répression et les causes de persistance du système.

Le problème de la concurrence des ouvriers entre eux comporte aux États-Unis deux cas particuliers : la concurrence par l'immigration européenne (française et autre), chinoise, canadienne; et la concurrence de l'élément noir (main* d'œuvre noire dans le sud). M. Levasseur indique l'état de ces graves questions. La question du travail dans les prisons se pose aussi aux États-Unis.

Puis sont décrites les différentes formes de lutte entre patrons et ouvriers, pratiques qui caractérisent la position et l'attitude de la classe ouvrière. Les principales grèves des dernières années sont rappelées : une ii^ention spéciale est faite de la

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<r grève sympathique » (grève d'un corps de métier, sans griefs propres, par simple solidarité avec un autre métier), possible aux États-Unis grâce à la forte organisation de classe. Le droit de grève reste entier et Tusage n'en semble pas près de cesser. Les lockouts en forment la contre-partie. Mais d'autres procédés encore sont pratiqués, quoique plus ou moins défendus : le « boycott » (interdit entre les adhérents jeté sur une maison ou un établissement), le « patrolling » (en Angleterre « picketing », guet organisé pour surveiller ou empêcher certaines actions), le « blacklisting » (proscription d*un individu par entente secrète).

Un élément nécessaire pour définir une condition ouvrière est la connaissance des crises et du chômage. M. Levasseur rappelle les principales crises et spécialement la crise de 1893. Les documents existants sur la nature et sur l'étendue du chômage sont ensuite rapportés; mais ils restent, comme dans les autres pays (France, Angleterre), fort insuffisants à en établir une notion précise, et, encore plus, à fonder une comparaison.

Tous ces faits jusqu'ici rassemblés permettent de poser expérimentalement le problème théorique des causes du salaire. M. Levasseur, comme il Ta fait pour d'autres problèmes sociaux, rejette une explication simpliste. Le salaire dépend d'influences multiples et complexes qui se combinent et s'encadrent dans la loi générale de l'offre et de la demande. La coutume et la tradition, les tarifs (coutume enregistrée), la productivité du travail (dont l'influence est fort considérable, mais non exclusive, comme le veulent certains théoriciens), le coût de vie (qui, résultat pour une part du salaire, en est réciproquement cause, mais non cause unique), et encore le capital plus ou moins rapide et plus ou moins propre à circuler (influence qui donne une part de vérité à la théorie du fonds des salaires), l'activité de production et l'accroissement de consommation : tels sont les principaux facteurs du salaire que l'analyse des faits rapportés permet à M. Levasseur de reconnaître.

II. — Mais l'étude précédente n'atteintque le salaire nominal. Quel est le niveau de vie, quel est le degré de bien-être représenté par ce taux de salaire? Le problème est difficile. M. Levasseur s'efforce d'abord d'établir, par une observation aussi précise et étendue que possible, les conditions de la vie matérielle dans la classe salariée des Etats-Unis.

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ANALYSES. — KCONOMIE MODEHNE ET OCCIDENTALE 479

Pour la nourriture il constate que l'ordinaire des ménages ouvriers est, comparativement à celui que nous connaissons, abondant et supérieur. Il est frappé du « gaspillage » habituel aux ménagères américaines. La différence est grai^de avec la nourriture de l'ouvrier allemand et surtout avec celle de l'ouvrier russe. Des documents divers réunis par M. Levasseur, il résulte non que le prix des vivres soit dans Tensemble plus élevé en Amérique qu'en France, mais que la vie de l'ouvrier américain est plus chère, parce qu'elle est plus large, plus copieuse et moins économe. La consommation des boissons alcooliques est considérable, mais les remèdes à ce danger ne sont pas encore suffisants.

Pour le vêlement, si la commande est ordinairement plus chère qu'en France, la confectioo y est beaucoup meilleur marché. L'ouvrier américain de plus donne assez à sa toilette; homme ou femme, il vise à l'apparence bourgeoise, à un « luxe démocratique ».

Le logement coûte cher. Mais en général Touvrier américain semble être mieux logé. Il faut distinguer entre la ville et la campagne. Il faut distinguer entre les quartiers misérables des villes, lentement améliorés, et les régions bien construites. Le système des grandes constructions {Tenement homes) s'oppose au système des petites maisons isolées permettant la couslitution d'un home. Ce sont parfois les patrons qui établissent des maisons ou des cités ouvrières pour leurs ouvriers, en leur donnant souvent des facilités d'acquérir. Beaucoup de ménages installés à pari ont des pensionnaires. L'ouvrier célibataire est ordinairement en pension dans une famille, en garni, ou en pension au boarding bouse. L'ouvrier marié devient souvent et aisément propriétaire. L'ameublement et l'aménagement sont souvent assez confortables.

Il convient d'iosister sur une institution très développée aux Etats-Unis, les sociétés de prêt et de construction (Loan and Building Associations). Elles accumulent d'une part des épargnes versées par cotisations régulières, elles prêtent d'autre part ce capital ainsi constitué pour la construction de maisons. Leur rôle est croissant et d'une grande importance sociale.

Malgré les apparences et les opinions courantes, la place de l'épargne et de la prévoyance est considérable dans la vie ouvrière américaine. Le développement des caisses d'épargne et des Loan and Building Associations est remarquable, et dû

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sans doute pour une notable part à la classe ouvrière. Les institutions de prévoyance et de mutualité sent nombreuses et prospères en général : trade unions en tant que sociétés d'assistance, sociétés de secours mutuels contre la maladie et le décès, sociétés d'assurance sur la vie, sociétés de doiatioii (cette étude est faite avec détail pour le Gonnecticut).

Ces éléments permettent d'aborder le problème du salaire réel. Les conditions du bien-être s'apprécient obieciivement par le pouvoir social de l'argent, qui a certainement crû beaucoup. Mais il faut examiner l'économie des budgets ouvriers pour apprécier leur niveau de vie. Aux chapitres ordinaires (nourriture, logement, vêtement) s'ajoutent souvent chez l'ouvrier américain un chapitre de prévoyance, un chapitre de dépenses d'agrément assez considérables (voyages, sociétés, culte, journaK plaisirs, toilette, etc.)- Le niveau intellectuel et moral est beaucoup plusdifficile à apprécier. — M. Levasseur estime qu'en somme le salaire réel de l'ouvrier américain a crû depuis trente ans plus vite que le salaire nominal, que la supériorité du salaire réel américain sur le salaire réel français est encore plus forte que la dilTérence des salaires nominaux correspondants, mais que Touvriei* américain, ayaat acquis, par l'usage des hauts salaires, des besoins nouveaux, ne s'en trouve pas forcément plus heureux, que d'ailleurs une masse notable d'ouvriers, surtout dans la population immigrée ne peuvent atteindre à ce niveau de vie supérieur, et même ne peuvent pour une part sortir de la misère.

111. — Le monde américain n'est donc pas exempt de questions sociales. Le paupérisme y existe très grand. Et même la portion favorisée de la classe ouvrière de contentement étant toujours chose subjective et relative) réclame mieux et prétend volontiers n'avoir pas eu sa part égale dans l'accroissement des jouissances perni is par le développement économique.

Une première question d'un inlérèt spécial et présent est l'iulluence du régime prolecteur sur le niveau des salaires. Malgré les argumentations ardentes des partis, il ne semble pas à M. Levasseur scientifiquement établi que le taux élevé des salaires (ni même le prix des produits) dépende ainsi de la protection.

Le |>aupérisme est combattu aussi en Amérique par le système de l'assistance qui « fait vivi^ l'indigent, mais perpétue l'indigence ». L'assistance est diversement organisée selon les

Etats. Le droit à Tâssistauce eet reconnu dans plusieurs. L'assistance par le travail est souvent pratiquée. L'initiative privée des formes variées a un grand rôle. Mais l'assistance permanente intéresse moins proprement la classe ouvrière que l'assistance temporaire, aux époques de crises industrielles, dans les moments de chômage, assistance qu'on a essayé d'organiser à différentes reprises eu divers lieux.

L'amélioration de la situation ouvrière par l'action des classes^ supérieures, sous la forme du patronage, a aussi sa place. Le patronage industriel proprement dit offre quelques exemples célèbres (la cité Pullmann). La pratique de la participation aux bénéfices s'y rattache : elle se heurte ordinai^ rement, comme ce patronage, aux défiances ouvrières. — Le patronage social, procédant d'une inspiration religieuse ou d'uoe inspiration purement philanthropique, a eu beaucoup plus d'extension et de succès. Les « Social seUlements » ou « University settlemeuts » (colonies de personnes des classes aisées dans des milieux populaires) empruntés à l'Angleterre, se développent notablement.

Une autre méthode d'amélioration demande à la classe ouvrière de s'élever elle-même : c'est l'association ouvrière, qui, on l'a vu, est très puissante aux États-Unis. La coopération proprement dite, de consommation ou de production, a eu un succès fort inégal, et s'est montrée en tout cas jusqu'ici incapable de résoudre la question ouvrière.

Pour échapper à la solution brutale de la guerre entre ouvriers et patrons (grève, lockout, etc.), finstilution de la conciliation et de l'arbitrage a été recommandée en Amérique comme en Europe. Mais elle a réussi à entrer dans la législation plus vite que dans la pratique. Elle est loin de paraître à tous un remède suffisant et définitif.

L'aspiration à une réforme du régime actuel a pris, aux Etats-Unis comme ailleurs, une forme plus radicale, la forme du socialisme, qui prétend substituer à ce régime une organisation nouvelle. M. Levasseur est ainsi amené à passer en revue les doctrines et les organisations du socialisme américain. Il en explique les progrès et les succès principalement par la force séductrice que des systèmes utopiques mais simples et pleins d'espérances exercent sur des esprits peu cultivés. Mais il est en somme rassuré pour l'avenir par l'impraticabilité des systèmes socialistes et spécialement par l'esprit solide et positif du peuple américain. Le livre se

E. DuRKHEiu. — Année sociol., 1898. 31

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ferme sur un chapitre qui, après avoir résumé à grands traits Tétat actuel, donne les vues de Tauteur sur le futur immédiat (« Dans vingt ou trente ans ») : elles expriment une confiance assurée dans le développement de la civilisation.

Cette œuvre considérable est d'un exemple très proprement sociologique. C'est uneclasse sociale définie, d'une société donnée, en un temps donné, qui est l'objet d'étude. Les phénomènes sociaux qui la caractérisent sont méthodiquement dissociés et, autant que les moyens d'information le permettent, exactement observés. Mais l'étude n'est pas seulement descriptive, elle veut être explicative ; et à cet elïet, ce sont de véritables expériences qu'elle institue en tâchant de mettre eu évidence des concomitances ou des séquences, des rapports entre le phénomène à expliquer et tel autre phénomène, économique ou social, cause possible. L'induction qui se fonde sur ces régularités constatées est prudente dans ses généralisations et remarquablement consciente de la complexité possible des causes sociales; elle utilise accessoirement la comparaison avec d'autres sociétés; puis elle cherche légitimement à s'encadrer dans les grandes hypothèses de l'économie générale et abstraite. — La forme vivante et même, à l'occasion, anecdotique, de la composition et de la rédaction du livre ne laisse pas apparaître cette trame méthodique ; mais il est possible de l'y discerner et de l'en dégager.

Cependant M. Levasseur fait profession d'appartenir à l'école de l'économie libérale, qui n'a point la réputation de conduire ainsi ses travaux. C'est que l'économie libérale, dont se réclame M. Levasseur est pour lui proprement historique et expérimentale. Elle a sans doute une doctrine dogmatique, mais elle s'efforce « de fonder ses démonstrations sur des preuves positives. L'observation préserve celle école du danger de perdre le sentiment delà réalité et la féconde ; elle lui permet de contrôler les théorèmes rationnels, de pénétrer dans les replis de la vie des nations et de juger ainsi de la diversité des phénomènes dans un môme temps, et de leur variation dans la suite des temps, d'étendre ses recherches et la portée de ses doctrines à mesure que s'étendent et se déplacent les intérêts matériels des sociétés, de montrer la relation intime qui unit à toute époque les choses de l'ordre économique à l'ensemble social » (t. I, p. xni). Cette école n'a pas ces prétentions à l'immutabilité ni à l'infaillibilité tant reprochées à l'économie libérale traditionnelle. « La science

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économique n'est ni parfaite ni complète... Elle ne sera jamais achevée» (t. II, p. 463). « Il ne saurait y avoir d'orthodoxie dans la science et il n'y a de vraiment classique que le vrai » (t. 1, p. xtv). Voilà d'excellents principes de méthode positive: ce sont eux sans doute qui expliquent l'originalité et la valeur propre des travaux de iM. Levasseur parmi les productions de notre économie libérale contemporaine*. Mais pourtant, en cette œuvre, subsistent du libéralisme tel qu'il est ordinairement représenté, deux caractères principaux : un certain corps de doctrine, et une aversion radicale du socialisme. — Le corps de doctrine ne saurait assurément Hre accepté à priori par la sociologie positive : pour une science vraiment expérimentale, il ne peut avoir que la valeur d'une généralisation à posteriori, sujette par suite aux corrections d'une induction mieux fondée, ou que la valeur d'une hypothèse cohérente, où s'ordonnent le plus de faits possibles, mais non absolue ni définitive, et soumise aux réserves de droit. L'économiste, dit M. Levasseur, n'a pas besoin de l'histoire (c'est-à-dire, en ce sens, de lobservation) « pour établir certaines notions simples, par exemple que la production est le résultat de la coopération de trois facteurs, ou que la valeur est un rapport de quantité entre deux marchandises qui se fixé au moment de l'échange par l'échange même » (t. I, p. xv). Or c'est là précisément un exemple de théories abstraites toutes relatives à certain régime économique, qui n'auraient pas de sens dans d'autres régimes sociologiquement constatés : M. Biicher s'est efforcé, on Ta vu plus haut, de nous montrer des étals économiques où l'échange à notre sens n'existe pas. Mais, cette réserve méthodique faite, il faut ajouter que ce corps de doctrine gène très peu ici l'œuvre sociologique de M. Levasseur, parce que justement la société américaine étudiée se trouve avoir, pour la plus grande part, le régime économique correspondant à la théorie classique. Et pourtant si l'ouvrage de M. Levasseur a une composition gênée par endroits, si la richesse des faits, la spécialité des phénomènes rendent difficile une ordonnance cohérente et aisée à la fois, n'est-ce point que les catégories et concepts de la théorie économique sont construits trop logiquement, trop loin de la réalité, et que la complexité d'une

(U Cf. rhommage que lui rend M. Cauwès au nom de rêcononiie nationale dans l'article plus haut cité (p. 4.j0\

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économie sociale concrète, concrètement étudiée, ne se range pas exactement dans ces cadres trop simples et en somme trop grossiers ?

Quant à Taversion pour le socialisme, elle est aversion eo eflet, et non pas, ainsi qu elle pense Tètre, réfutation. Qu'un régimesocialiste n'ait jamais existé, c'est une affirmation d'ordre scientifique, car elle est susceptible d'une preuve de fait, si 1 on suppose une information suffisante. Mais qu'un régime socialiste ne puisse exister est une affirmation d'ordre sentimental (c'est-à-dire la simple expression d'une aversion;, si la science sociale est une science expérimentale : car railirmation d'une impossibilité n'est, en toute rigueur de méthode, pas légitime dans une science expérimentale. J'entends Talfirmation d'une impossibilité absolue : notre induction atteint à des improbabilités extrêmes, mais non à des impossibilités absolues, n'étant jamais assurée d'avoir embrassé toute hypothèse. Mais, s'il agit en l'espèce d'une impossibilité relative, il est probable qu'entre adversaires et partisans du socialisme il y a divergence sur le principe même à tenir pour assuré, et l'adhésion à un pareil principe est aussi d'ordre sentimental. — Au demeurant l'important est que cette prévention n'ait point altéré la sincérité de l'observation sociolc^ique, et ce semble être le cas en effet pour M. Levasseur.

Il reste donc que ces réserves de méthode présentées laissent entier le mérite comme l'utilité de ce travail sur un sujet aussi étendu, aussi divers, et aussi difficile.

1" Lucv MAYNARD SALMON. — Domestic service (Service domestique). New-York and London, Macmillan, 1897

I vol. in-8% xxiv-307 p.

2** WiLHELrf K AEHLER. — Gesinde^vesen und Gresindereetat in Deutschland (Domesticité et droit des domestiques en A liemagne). léna. G. Fischer, 1896, i vol. in-8°, x-229p.

II ne faudrait pas chercher dans ces ouvrages un essai quelconque sur la théorie économique des services, à Toccasion des services domestiques, théorie intéressante d'ailleurs et souvent trop négligée. Ces deux travaux sont seulement des recherches de fait et des études selon la méthode positive.

Miss L. Maynard Salmon a provoqué et utilisé dans son ouvrage une enquête spéciale sur la situation des dômes*

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tiques aux États-Unis. Des questiounaires (dont les types sont reproduits) ont été envoyés dans diverses villes et diverses régions, un pour les maîtres, un pour les domestiques, un pour diverses institutions, écoles spéciales, « Woman's exchanges », susceptibles de donner des renseignements statistiques. 1.0^5 réponses par des maîtres, 719 par des domestiques ont été obtenues. Quoique assez étroite, cette expérience peut être tenue pour assez représentative. Le classement et le groupement des réponses et des renseignements ont été opérés méthodiquement de manière à présenter les diverses combinaisons utiles.

Un historique de l'emploiement domestique dans les États d'Amérique remonte jusqu'au xviii^ siècle et au régime colonial : lesystèmede colonisation contraiote et de déportation de servantes alors pratiqué, les modifications et les conséquences de ce système sont exposés avec des documents à l'appui. Le mouvement d'émancipation améliore la condition des domestiques par ses tendances démocratiques (au nom de servante est substitué le nom d' « aide»). Mais une troisième phase commence avec Timmigration d'Irlandais et d'Allemands misérables, vers le milieu du siècle, et avec les débuts de rinvasion chinoise; puis c'est raffranchissement des esclaves qui a un reteotissement notable sur la condition de domesticité (le nom de servante rentre dans l'usage).

Les résultats statistiques de l'enquête donnent lieu à diverses constatations sur l'origine iudigène ou étrangère des domestiques, sur la distribution des domestiques selon les Étals, entre les grandes villes, selon la richesse locale, selon l'industrie locale dominante (possibilité plus ou moins grande d'un travail pour les femmes). Des déterminations de salaires sont aussi présentées (mais avec des réserves, parce que l'étroitesse de l'enquête entraîne plus de chances d'erreur sur des chiffres que sur des conditions générales), et la diversité des rémunérations étudiée à différents points de vue.

Puis ce sont les conditions sociales du travail domestique qui sont analysées : les diflicultés au point de vue du maître, les avantages de la condition de domestique, les désavantages industriels (comme l'irrégularité des heures de travail, etc.) et les désavantages sociaux (manque de « home », humiliations et servilité de la condition).

L'auteur, après avoir constaté les faits, présente une longue discussion théorique des remèdes, qu'elle distingue ca

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remèdes douteux et en remèdes possibles (principes, amélioration de la condition sociale, spécialisation des travaux de maison, participation aux bénéfices spéciale, éducation pour les travaux de maison).

Le travail de M. Kàhler porte sur l'état de la classe domestique et sur le droit particulier de cette condition en Allemagne. Une brève esquisse de révolution de la domesticité, et une bistoire de la statistique des domestiques ouvrent le volume. Puis Tauteur analyse les données tirées des derniers recensements (qui Tétaient du moins au moment de la composition du livre;. Pour la domesticité personnelle, c'est le recensement professionnel de 188:2 qui est utilisé : les relations sont établies avec la population en général (empire allemand, États de l'empire, catégories de communes), et ensuite avec les professions des maîtres par groupes et par espèces. Pour la domesticité agricole (qui n'était pas en question dans le travailde Miss Maynard Salmon et qui tient une place importante ici), c'est encore la statistique professionnelle de 1882 et de plus les constatations du Verein fiir Sozialpolitik de i892qui fondent Tétude : les relations concernant la domesticité sont présentées en détail pour cbacun des États et petits États de Tempire. — Une seconde partie du travail est consacrée au droit des domestiques (contrat de domesticité, rapports de droit, conséquences diverses, nécessité d'une codification générale;. — Ce travail est consciencieux et plein de faits, mais il ne s*en dégage pas de résultats bien nets au point de vue sociologique.

SiDNEY AND DEATRicE WEBB. — IndustHal Democracy

{Démocratie induslrielle). Loudon, Longmans, Green and C% 1897, 2 vol. in-8'^ xix-9-29 p.

Cet ouvrage nous donne une anulijse scientijxque du tradeunionisme dans le Royaume-Uni. Le livre antérieur des mêmes auteurs * qui décrivait l'origine, le développement et les positions actuelles du trade-unionisme, ne faisait en somme (jue le caractériser extérieurement. Mais, pour être scientifiquement légitimes, les inductions sociologiques à ' tirer de cette grande expérience de démocratie industrielle

J) s. a. B. Webb. Ilishry of Trade r/ito/i/*m, 2« éd. London, Longmans. Grceu a. Co, 189G. — Traduction française par A. Métin, Paris, Giard et Brière, 1897.

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exigent une analyse précise des faits observés et une élaboration rigoureuse des données.

L'œuvre se divise en trois parties (dont la seconde représente à peu près la moitié de Toeuvre) : la première analyse la striLcture de la trade union, la seconde la fonction de la trade-union ; la troisième dégage des résultats obtenus la théorie de la trade-Union.

I. — La structure de la trade-union est essentiellement démocratique, mais cette démocratie a évolué, rencontrant certaines difficultés, adoptant diverses constitutions, dont l'exemple esta étudier et à retenir pour ce genre de démocraties, et même à étendre, sous certaines conditions, aux démocraties politiques.

Les trade-unions sont parties du gouvernement direct, immédiat, et coutumier, sans gouvernants spécialisés. L'extension des groupements à la région, puis à la nation a rendu ce système primitif impossible. Pour assurer l'administration continue et complexe de ces corps agrandis, la nécessité s'est imposée de fonctionnaires permanents et spéciaux. Mais la dictature de ces fonctionnaires, pratiquement fort indépendants, était à craindre. Et le problème a été de concilier l'unité nécessaire d'administration avec un contrôle populaire réel et efficace. L'expédient de faire gouverner l'union entière par une branche locale dominante était insuffisant, et ôtait aux autres branches toute participation. Le remède de fixer aux fonctionnaires des règles étroites de gouvernement ne les liait jamais assez dans tout le détail et dans toute la nouveauté possible des. affaires. Le mandat impératif aux délégués élus se montra bientôt peu commode. Deux pratiques alors eurent, pendant un temps, la faveur de beaucoup d'unionistes : le référendum obligatoire, et le droit d'initiative populaire. Mais elles semblent aujourd'hui disparaître complètement : l'expérience aurait appris que les propositions, émanant d'auteurs inexpérimentés, étaient mal fondées et dangereuses, et que le choix populaire était incapable de s'éclairer lui-môme sur leur valeur. En fait, il en était venu à n'approuver que les propositions recommandées par les fonctionnaires de l'Union. Mais le succès de ce régime dépend trop de la valeur d'un seul homme, le secrétaire général.

Aussi le système du gouDernement représentatif a prévalu dans des Unions considérables. L'exemple le plus parfait en

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est VAmalgamated association of operative Cottonspinners : on y trouve uo véritable Parlement souverain, se réunissant à périodes fixes, élu sans mandat impératif, nommant un comité exécutif qui a la fonction d'un ministère, et désignant même (ce qui est exceptionnel dans le régime des trade-unions) le secrétaire général. Plusieurs grandes associations de mineurs de charbon offrent un système représentatif un peu moins complet. Et, ce qui est fort remarquable, des Unions considérables du type ancien et traditionnel viennent d'évoluer vers une organisation représentative. Mais il faut reconnaître qu elle présente de grandes difficultés : celle de réunir aisément une assemblée périodique pour les Unions dont les branches, par la nature du métier ou Teflet des circonstances, sont fort dispersées ; celle de retirer sans inconvénient de leur travail, pour le temps d'un congrès, des salariés à la semaine ; celle surtout de trouver chez des travailleurs manuels, enlevés pour un moment seulement à leur besogne, les qualités intellectuelles nécessaires à un contrôle efficace de fonctionnaires devenus spécialistes intellectuels. — En étendant, sous réserves, cette expérience aux démocraties politiques, il semble que la consultation populaire doive porter sur des résultats, et non sur des projets, que, pour letude et l'appréciation des projets, il y ait lieu de constituer des représentants de profession (payés, pour pouvoir être pris dans les classes salariées) qui se consacrent tout entiers aux devoirs de cette charge, devoirs d'information, de consultation, d'expression, de prévision, et y acquièrent une compétence spéciale.

Les rapports des autorites locales au gouvernement central sont, dans le trade-unionisme, réglés contrairement à fesprit britannique ordinaire. La tendance constante a été de subordonner les organisations locales au gouvernement central, de substituer aux privilèges et aux monopoles locaux une réglementation générale, de parvenir à constituer chaque métier en un seul tout à travers le royaume (la différence des races seule a fait jusqu'ici échec à cette tendance, mais ce n'est peut-être pas délinitif). La raison de ce mouvement est dans le désir cher au trade-unionisme d'assurer l'uniformité d'un minimum de conditions dans chaque industrie. La centralisation administrative et par suite la centralisation financière doit donc être étroite, surtout en ce qui concerne la conduite tactique, les mesures de combat» en un mot la

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{onction de lutte. L'autre fonction de runionisme, la fonction d assistance mutuelle, peut davantage être abandonnée aux pouvoirs locaux. 11 reste en tout cas aux branches la mission essentielle de renseigner exactement le pouvoir central sur les éléments de fait des décisions à prendre. — Ici l'intérêt tout spécial que suit le trade-unionisme fait que rien n'est proprement à tirer de son exemple pour la démocratie politique.

L'unionisme tend à organiser chaque métier comme un tout. Mais dans la complexité de l'industrie moderne, dans la dépendance réciproque de travailleurs fort divers, où se limitera le métier ? où s'étendra l'Union ? Les diverses catégories d'ouvriers liés par une certaine collaboration industrielle ont, avec des intérêts communs , des conditions de travail et de rémunération et des positions stratégiques fort différentes. Le problème se pose des t'elations entre Unions. Un système, à une époque fort préconisé, était « d'amalgamer » entièrement les diverses unions d'une même industrie (ex. V Àmalgamated Society of Engineers). Mais il ne réussit pas à vaincre la volonté et les intérêts d'indépendance d'Unions restreintes à certaines catégories puissantes d'ouvriers; et alors la rivalité entre Unions de clientèle analogue n'a que de fâcheux résultats pour l'économie de leur gestion et pour refficacilé de leur inffueuce. Le système préférable est de combiner l'autonomie des Unions avec l'unité d'action nécessaire (ex. l'Association des ouvriers fîleurs de coton). Il teud non à une amalgamation, mais à une fédération strictement limitée au besoin. La difficulté principale est de déterminer la situation des catégories d'ouvriers peu nombreuses, mais souvent supérieures par la qualité du travail et par la position stratégique. La seule loi du nombre ne peut -être acceptée. Ainsi les ententes entre UnioQS, indispensables à certaines pratiques telles que le contrat collectif ou la limitation des heures de travail, et fort utiles à d'autres telles que l'action parlementaire, peuvent se développer à la condition d'assurer les droits de chaque section, quelle qu'en soit l'importance numérique, et de proportionner le d^ré d'association executive et financière au degré demandé d'action collective. C'est de la sorte que la démocratie industrielle , après le problème de concilier les éléments locaux et les éléments généraux dans chaque ordre de travail, doit résoudre le problème, plus difficile encore, de combiner les éléments coextensifs des ordres concurrents dans l'œuvre totale.

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II. — Quelle est la fonction de celte organisation ? Le Iradeunionisrae se donne pour but général de maintenir et d'améliorer la situation sociale de ses adhérents. Mais il s'assigne, dans cette vue, comme fins plus précises, d'atteindre à certaines réglementations capables à son sens d'assurer à ses membres « l'étalon de vie » jugé convenable. Pour arriver à ces fins il emploie (ou a employé) diverses méthodes qu'il faut d'abord passer en revue.

La première est la méthode de Y assurance mutuelle. L'assurance mutuelle est en effet, dans la trade-union, an moyen plus qu'une fin. Sinon, comment expliquer que les ouvriers. s'ils cherchaient seulement les avantages d'une société de secours mutuels, ne s'adressent pas plutôt aux Friendhj societin qui présentent la garantie d'une administration responsable et surveillée? et que d autre part le trade-unionisme donne toujours l'avantage, en importance et en urgence, au secours de chômage (qui écarte la concurrence désastreuse des ouvriers sans travail) sur les secours de maladie et de vieillesse? C'est qu'en effet pour le trade-unionisme la protection contre les misères individuelles est relativement accessoire, au lieu que le maintien des conditions générales du travail professionnel est l'essentiel. Il n'a fait qu'appliquer plus consciemment c^tte méthode, lorsque dans certains cas il a employé la « grève de détail » (le départ un à un des ouvriers d'un patron rebelle, avec une entente empêchant le patron de trouver à les remplacer). Mais ce procédé n'est utilisable que dans un métier très restreint, très spécialisé, et très organisé. La méthode générale de l'assurance est également insuffisante : elle ne prête pas à la discussion des conditions, ni à l'entente entre patrons et ouvriers, et elle présente encore d'autres inconvénients.

La méthode du contrat collectif est supérieure. Aux divers degrés, dans les divers effets possibles du contrat collectif, quel en sera le mécanisme? par qui seront représentés les contractants? qui traitera au nom de l'Union? les pouvoirs locaux ou centraux ? les fonctionnaires ordinaires ou les délégués spéciaux? Il faut distinguer nettement entre la conclusion de contrats nouveaux, et Tapplication de contrats établis : au second cas suffisent des fonctionnaires experts et une action presque mécanique ; au premier sont nécessaires des représentants accrédités et influents et un talent diplomatique. Les essais d'entente régulière entre les groupements patronaux

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A-NALYSES. — ÊCOXOMIE MODERNE ET OCCIDENTALE 491

et ouvriers ont échoué quand cette distinction a été méconnue (Ex. l'Union des Boot and Shoe operatites); ils ont réussi lorsqu'elle a été faite et observée (ouvriers du coton, certaines unions de mineurs, etc.). Le contrat collectif répond particulièrement au but du trade-unionisme : rétablissement et le maintien d'une loi commune ; alors que l'impossibilité de contrôler la multiplicité et le détail possibles des contrats individuels lui fait échec. Ou y objecte que la liberté des individus, étrangers à l'union, est contrainte : contrainte à subir certaines règles forcément communes (ex. : heures de travail dans une usine), contrainte parfois à contribuer aux frais de contrôle du contrat collectif. Mais la liberté dans les contrats individuels n'est qu'illusoire avec l'inégalité économique des contractants. Les véritables défauts de la méthode sont autres. L'entente entre les patrons et les ouvriers d'une industrie peut se faire aux dépens des intérêts de la collectivité. Et surtout du désaccord dans la conclusion ou Texécution du contrat collectif, il n'y a de recours qu'en la grève : à tout prendre cependant, mieux vaut une lutte organisée.

La méthode de V arbitrage, fort chère à beaucoup de nos philanthropes, n'est guère plus goûtée par les ouvriers que par les patrons. Elle est admise au plus pour l'interprétation d'un contrat existant, mais non pour la conclusion d'un accord. C'est qu'en effet dans ce dernier cas les positions des deux parties impliquent en général des postulats économiques opposés, et que l'arbitre, devant partir des uns ou des autres principes, est soupçonné par les ouvriers d'incliner plutôt vers les principes patronaux. En matière d'interprétation d'autre part, un arbitre étranger au métier entend difficilement les questions, surtout techniques, dont il s'agit, et un arbitre pris dans le métier, étant ou patron ou ouvrier, est toujours suspect à une partie. L'utilité la plus réelle de l'arbitrage est d'amener les parties à se rencontrer, à se connaître, à admettre la discussion, et de préparer ainsi les voies à la méthode du contrat collectif. — L'arbitrage légalement obligatoire se ramènerait à la méthode suivante.

La méthode de la disposition législative , bien que les premières trade-unions aient eu pour but de réclamer l'application des lois alors existantes, a été, semble-t-il, méconnue longtemps par le trade-unionisme de ce siècle. C'est que, le monde politique et dirigeant étant acquis à la doctrine du libéralisme orthodoxe, il était vain de solliciter une intervention de l'État

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refusée par principe. Mais, dès que quelque succès est apparu possible, la méthode a retrouvé la faveur du trade-UDionismc. Cest que, malgré d'apparents désavantages, malgré qu'une décision parlementaire soit longue à obtenir, et accorde en général moins que la demande, la méthode de la disposition législative a pour Tunionisme les incomparables avantages d'imposer une application universelle et de présenter une valeur permanente où la métliode du contrat collectif ni aucune autre ne peut guère atteindre. Mais l'action au Parlement demande au trade-unionisme une organisation nouvelle, une organisation selon le lieu à travers les métiers (puisque les circonscriptions électorales sont à base territoriale), à côté de son organisation présente selon le métier à travers le royaume. La décadence présente du comité parlementaire, et l'intérêt et Timportance décroissante du congrès des tradeunions sont loin de préparer cette transformation.

Telles sont les méthodes. Mais quelles sont les réglementations qu'elles s'emploient à obtenir? — Le taujc étalon du salaire est une demande constante du trade-unionisme. Ce taux est un minimum ; il n'entraîne pas Tégalisation des salaires (pour le salaire aux pièces, cela va sans dire ; pour le salaire au temps, il n'interdit pas un paiement supérieur des travaux supérieurs). Le principe de cette action trade-unioniste est d'obtenir identique paiement pour identique effort. Ce principe seul permet de comprendre pourquoi un certain nombre d'Unions exigent le salaire au temps, d'autres le salaire aux pièces, et que d'autres enfin restent indifférentes à la question. En observant la nature des métiers, on reconnaît que, dans les deux premiers cas, respectivement, seul le travail aux pièces ou bien seul le travail au temps assure une constatation régulière de l'effort et en Interdit par suite une augmentation subreptice, et que dans le troisième cas les deux systèmes de travail répondent à ces fms. C'est au même principe que se rattachent certaines règles fixant un maximum de travail dans des métiere de travail au temps. C'est du môme principe encore que procède le contrôle, parfois légalement organisé, par des représentants des ouvriers, du travail aux pièces exécuté. La prohibition habituelle de toutes les formes du trucksystem (reprise indirecte d'une part du salaire, retenues pour amendes, réparations, fournitures, cantine, etc.) n'a d'autre raison que d'éviter des violations indirectes et inobservables de la loi posée. — Si

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les ouvriers d'un métier aspirent légitimement à maintenir \env standard oflife, ils en déduisent logiquement la nécessité d'une règle générale, puis celle d'un taux minimum du salaire, etc. La seule diflSculté, qui n'est pas résolue complètement par Tunionisme, est de faire que le salaire ainsi maintenu soit le salaire réel et non simplement le salaire nominal.

La demande du jour normal est relativement récente dans Tunionisme; c'est qu'elle n'a pris tout son sens en effet qu'avec le développement du travail en fabrique. Une règle commune de la durée du travail étant ici nécessaire, il reste à savoir comment et par qui elle sera fixée. L'unionisme qui se propose essentiellement de maintenir un même salaire pour un même effort, a une attitude assez complexe ici, variant selon que la durée irréguiière ou illimitée du travail parait ou non abaisser le taux du salaire et les conditions de vie dans le métier et dans les circonstances considérées. L'historique du mouvement montre et explique ces variations. On objecte à une réglementation de la journée qu'elle est une entrave nuisible à l'ouvrier même, silesheures supplémentaires sont payées avec prime. Mais l'expérience semble apprendre que l'ouvrier est finalement lésé, l'allongement exceptionnel de la journée devenant peu à peu normal, la dépense de forces croissant outre mesure, et le taux du salaire tendant en somme à fléchir. La limitation n'est efficace que si elle est précise et rigoureuse. Il est à noter que la demande du jour normal, étant par sa nature forcément simple et égalitaire, réunit l'unionisme à l'ensemble de la classe ouvrière.

Le trade-unionisme a porté assez tard ses demandes sur Vhygiène et la sécurité des ouvriers, se contentant en quelque sorte de compensations en salaire élevé ou en journée raccourcie. Mais le danger subsistant pour l'état physique et moral de la classe ouvrière fut aperçu ; et aujourd'hui les exigences des unionistes à cet égard sont unanimes. Certaines règles de confort même sont souvent posées. L'opinion des classes moyennes ici comprend et ne redoute pas le besoin d'amélioration, et se montre favorable au grief ouvrier. La législation a suivi le mouvement d'opinion, mais fragmentairement et au jour le jour, selon la méthode anglaise. Le droit anglais a eu beaucoup de peine à établir une responsabilité des entrepreneurs envers leurs ouvriers et à écarter des artifices permettant de tourner la loi une fois acquise. La sanction reste vaine

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d'ailleurs, tant que Tassurance contre les responsabilités coûte moins cher à Tentrepreneur que les précautions pour les éviter. De plus, il apparaît au trade-unionisrae présent intolérable que Touvrierpar le contrat de salaire supporte le risque des dangers fortuits. Le remède est dans la corporation forcée, ou dans Taction de l'Etat. (L*act Chamberlain de 1897, postérieur à la composition du chapitre, ne résout pas le problème.)

11 est inexact que le trade-unionisme soit de parti pris hostile aux nouveaux procédés ^i au machinisme. Ce n'est pas l'introduction elle-même qui lui en importe, ce sont les conditions de cette introduction. Conformément à son but essentiel de maintenir la condition acquise par chaque catégorie ouvrière, il lutte pour que les innovations industrielles n'empirent pas cette condition. Il y a même lutte entre patrons et ouvriers pour l'attribution du bénéfice des perfectionnements; et les arguments des deux parties ne sont pas exempts de contradictions. Mais ce qui paraît se dégager aujourd'hui est que l'unionisme prétend seulement, à travers les économies de travail humain réalisées, maintenir le taux étalon du salaire (un salaire donné pour un effort donné). — Mais il y a des cas où l'innovation a pour effet de remplacer un genre d'ouvriers par un autre. L'ouvrier à la main, s'il veut lutter avec la machine introduite dans son métier, doit de plus en plus avilir la qualité de son travail, et se condamne donc davantage. La solution heureuse (pratiquée par exemple dans la chaussure et la papeterie) est au contraire que l'ouvrier à la main se spécialise dans une production de qualité supérieure et différenciée de la production mécanique. — Il arrive enfin que, sans économie de travail humain, l'innovation permette de substituer à une classe forte une classe économiquement faible (manœuvres, femmes, enfants). La solution, encore mal aperçue par le trade-unionisme, serait que le paupérisme atténué supprimât cette compétition.

L'effort du trade-unionisme a porté non seulement sur les conditions d'emploi, mais encore sur la continuité d'emploi. Le remède du contrat à long terme (année par exemple) ne lui a jamais plu, comme échappant à une règle commune. Du reste, le chômage et la concurrence pèsent le plus fortement sur les faibles, manœuvres, femmes, etc. L'unionisme s'est néanmoins beaucoup préoccupé d'éviter le non-emploi d'ouvriers qualifiés dû à un travail accru des ouvriers placés : un grand

nombre de règles répondent à ce dessein. Mais cette réglementation n'a pas réussi à assurer aux ouvriers un plein travail ni un plein salaire pour toute semaine de Tannée. C'est que le trade-unionisme, à tort ou à raison, a admis, avec les patrons, que l'entreprise manquait d'emplois parce qu'elle manquait de travail, et qu'ainsi le chômage tenait à un manque d'adaptation entre l'offre et la demande. Seulement il nie que le remède cher aux patrons, l'abaissement du prix, soit efficace, et qu'en tout cas la diminution des salaires soit acceptable dans cette intention; et il cherche la solution dans une restriction de la surproduction; et, par les divers moyens qu'il préconise pour régler la production, il tend à un monopole de métier, presque digne du moyen âge.

Le trade-unionisme passe aussi pour vouloir remédier à la concurrence ouvrière par une diminution du nombre des ouvriers, par une réglementation de Ventrée dans un métier. — La réglementation de Y apprentissage est de tradition dans Tunionisme. Mais à côté de l'apprentissage proprement dit (obligation d'une certaine éducation auprès d'ouvriers formés et sous certaines conditions), se rencontre le droit du père d'introduire ses fils dans le métier : ces deux systèmes sont même associés dans certains métiers. Mais en somme, dans le monde unioniste actuel, une réglementation de l'apprentissage (sous l'une ou l'autre forme) n'est en fait appliquée que pour une minorité (principalement les constructeurs de chaudières, les métiers de Sheffield, les maçons de pierre). Divers exemples montrent pourquoi les Unions ont dû renoncer à imposer aux patrons d'exiger la preuve de l'apprentissage, et renoncer môme à l'exiger pour leur propre recrutement : les transformations industrielles permettent souvent le développement de centres de production hors de l'influence unioniste, et souvent aussi l'exécution du travail par d'autres catégories d'ouvriers. L'apprentissage, n'étant plus la condition nécessaire et suffisante de l'admission à un métier fermé, est déserté. En dépit des regrets possibles, ce mode de formation, qui n'est ni démocratique, ni scientifique, ni économique, est destiné à disparaître. — Une forme plus moderne est la limitation de Vemploi des enfants, devenus souvent susceptibles d'éliminer les adultes. Elle s'est établie dans le métier de la chaussure, mais non sans restriction. Et en effet les exigences de l'industrie la rendent peu praticable. Quant à une limitation par la loi, elle n'aurait pas aujourd'hui de

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bases suffisammeot établies. — On trouve, dans certaines Unions de métiers propres aux adultes, une réglementation de la progression dans le métier. Celte pratique fait que le métier n'est pas en somme un métier ouvert, et pourtant ne limite nullement le nombre total des ouvriers ni l'expansion de rindustrie. C'est là sans doute la pratique de Tavenir dans la démocratie industrielle (il est à noter qu*à la différence de Tadministration civile et militaire, Tunionisme ne reconnaît pas la seule ancienneté comme un mérite). — Enûa l'unionisme a souvent posé en règle Yexclusion des femmes. L« habitudes sociales et le souci de la moralité y ont eu leur part Mais la raison principale est sans doute la concurrence des bag salaires et d'un étalon de vie inférieur. Il semble que l'unionisme présent cherche, plutôt qu'à éliminer les femmes, à les spécialiser dans un travail de degré inférieur, digne par suite d'un taux de salaire moindre (tisseurs de coton), écartant ainsi la concurrence par une égalité véritable de traitement (à travail égal salaire égal), désormais indépendaDle du sexe.

On a vu des Unions de métiers voisins engager et soutenir, à propos de prétextes souvent futiles, des disputes et àm luttes considérables, souvent funestes à Tunionisme, pour 1» délimitation de leurs domaines respectifs de travail. C'est que cet acharnement procédait d'une force morale, de la conviction traditionnelle d'un droit de métier. Mais l'évolution industrielle s'est plu à confondre et à mêler les métiers : aocun caractère de distinction commode ne subsiste, ni la tradition* ni la qualité de l'outil, ni la nature des matériaux. Une délimitation ne peut être qu'arbitraire; et d'autre part laisser à l'entrepreneur le soin de choisir les ouvriers à employer peut compromettre, par la concurrence d'un taux de salaire inférieur, la situation acquise de telle Union. II semble que ce soit ici un domaine propre à l'arbitrage, à un arbitrage régulier et organisé entre les différentes unions de métiers concurrents. Mais au lieu de chercher, avec beaucoup de peine et de conflits possibles, à quelle catégorie d'ouvriers attribuer exclusivement tel travail particulier, ces fédérations d*Unîons devraient plutôt, d'accord avec les employeurs, déterminer à quel taux de salaire régler ce travail, quels que soient les ouvriers employés. Le trade-unionisme sauvegarderait ainsi le taux du salaire, objet de ses eflorts, sans recourir à un monopole anachronique de métier.

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Après cette revue des réglementations du trade-unionisme il convient de revenir et d'insister sur les implications du trade-unionisme. La méthode de l'assurance mutuelle implique une opposition du trade-unionisme à toute assurance générale par rÉtat avec contributions individuelles, car l'ouvrier n'entamerait pas deux fois son salaire (pour la contribution obligatoire et pour la contribution unioniste); elle implique, d'autre part, une répugnance pour le régime des sociétés ordinaires de secours mutuels et pour une personnalité juridique complète, qui lui vaudraient des embarras et des entraves à sa fonction de lutte. — La méthode du contrat collectif implique la liberté d'association l'emportant sur la prétendue « liberté du travail », et, à la limite, le trade-unionisme obligatoire, puis la reconnaissance juridique de ce nouveau mode de contrat, et Torganisation d'une sanction légale à ce contrat. — La méthode de la disposition législative implique une influence parlementaire, et, pour cela, l'extension de la capacité électorale à toute la classe ouvrière ; le trade-unionisme sera acquis au parti politique qui, à l'acceptation du but unioniste, unira une connaissance technique des moyens. — Les réglementations impliquent une opposition ou une adhésion aux diverses formes d'industrie, selon qu'elles paraissent nuire ou servir aux progrès du trade-unionisme. Le travail à domicile est condamné par l'unionisme : en dépit des apparences, les conditions en sont ordinairement mauvaises pour la santé et surtout dangereuses pour le taux du salaire (contrat individuel, sweating System, surtravail). Le système des petits patrons lui répugne également : car tous les membres de la classe ouvrière ne peuvent néanmoins parvenir au patronat, et par contre la petite industrie apparaît défavorable aux salaires, à la productivité maxima (qui permet les hauts salaires), à l'organisation stratégique et à la conclusion des arrangements collectifs. L'unionisme se montre hostile à toutes les institutions patronales de prévoyance et d'assistance, à la participation aux bénéfices, qui tendent à grouper « verticalement », au lieu de grouper <c horizontalement » comme il le fait, et qui constituent des entraves à la règle commune. L'unionisme ne désire pourtant pas la concentration extrême d'une industrie en une seule organisation, car il deviendrait alors impuissant contre l'employeur, ainsi qu'il Test déjà à peu près actuellement en face des compagnies de chemin de fer ou de l'État patron. 11 ne se prêterait

E. DunKHEiM. — Année sociol., 1898. 3i

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à une extension de TÉtat dans le domaine industriel, que si le gouvernement était auparavant acquis à Tinfluence démocratique ; et de plus ici c'est Tunionisme des manœuvres et des ouvriers inférieurs qui y gagnerait, plutôt que l'unionisme des ouvriers d'élite, déjà capables d'imposer aux employeurs les conditions de leur concours nécessaire. Mais Tunionisme n*est pas effrayé par le système de l'entreprise municipale, avec laquelle il se sent capable de lutter.

L'analyse, pour se clore, doit dégager les postulats de l'action unioniste. Cette action suppose d'abord le postulat général que l'action humaine délibérée peut modifier et améliorer les conditions sociales et économiques et notamment la répartition entre patrons et salariés. Mais quelle sera la situation que Les procédés unionistes essentiels, l'établissement d'une (( règle commune » et la limitation du nombre (déjà moins général), tendront à assurer à leurs membres? Trois principes ou postulats semblent avoir tour à tour dominé. — La doctrine « des intérêts acquis » pose comme but aux ouvriers de conserver la situation jusqu'ici possédée : c'est elle qui inspire la lutte contre les machines, qui fonde la conviction en un (( droit au métier )>. Ce sentiment est le même que celui des propriétaires du sol inquiétés dans la possession traditionnelle qu'ils tiennent pour un droit. L'ordre social nous apparaît compromis, parce que les circonstances modifient les données de vie sur lesquelles nous comptions ; et l'appel à la puissance publique pour le maintenir s'ensuit naturellement. Mais ici cette doctrine n'exigerait rien moins que la cristallisation de 1 industrie en l'état donné et le renoncement à tout progrès dans la production. — Aussi l'unionisme a, en ce siècle, fortement adhéré à une autre doctrine qui peut être dite de « l'offre et de la demande ». L'ouvrier n'a pas droit à une protection spéciale, il est un vendeur d'une certaine marchandise sur le marché ; il n'a qu'à tâcher d'être le plus fort dans le contrat. L'action de sentiment est méprisée, et le faible qui succombe a tort. Mais justement cette doctrine ne convient pas aux catégories d'ouvriers mal armées pour la lutte. Et, d'autre part, elle ne vaut guère pour les questions autres que le salaire: hygiène, heures de travail, etc. — Une troisième doctrine tend à s'établir, celle du « salaire de vie » {liring wage) : il est d'intérêt général de prendre des mesures pour que les travailleurs aient les conditions de vie nécessaires au meilleur emploi de leurs forces, au meilleur accomplissement de leur fonction

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sociale. La supériorité de cette doctriae est sensible, notamment sur les points où se dressaient les objections à la précédente. Mais les difficultés d'application sont considérables. Les besoins de la vie sont individuels. Surtout nous manquons de données précises sur les conditions réelles d'efficacité industrielle et de vie saine dans les divers métiers. Cette doctrine tend pourtant moins à une unification des salaires qu'à rétablissement d'un minimum. Elle intéresse surtout les classes d'ouvriers peu favorisées*. Son rôle semble croissant (hygiène, journée de travail, taux du salaire). — Ainsi trois principes coexistent dans le monde unioniste, l'un à près mort, l'autre encore fort, le dernier grandissant, dont ont procédé divers systèmes de réglementation. Eu généralisant on y reconnaîtra les trois tendances, conservatrice, indi vidualiste, collectiviste, qui se partagent les esprits dans notre société ; on en induira que probablement une part devra longtemps encore être faite aux deux premières dans notre mouvement de réforme môme.

IIL — Les faits ainsi analysés, la théorie de la trade-union peut être tentée. — Le jugeinent des économistes théoriciens sur Tunionisme est d'abord à étudier. Longtemps il a été une condamnation intégrale. La théorie régnante du salaire, la théorie du fonds des salaires, démontrait que toute plainte contre le taux présent du salaire était vaine, et les efforts pour le modifier inutiles, qu'une amélioration obtenue ici entraînait une péjoration correspondante ailleurs. La théorie du capital démontrait que la hausse des salaires détournerait ailleurs le capital, et de plus ne pourrait durer, le capital par suite cessant de se former et de s'employer. La théorie de la population réduisait toute amélioration du sort ouvrier à être vaine, par l'accroissement de population et de concurrence qui devait en résulter. — La science économique actuelle critique cette doctrine. Statiquement et dynamiquement ces théories du salaire et du capital sont démontrées mal fondées, témérairement ou faussement induites : notamment l'emploi du capital ne diminue pas, augmente plutôt avec la baisse de l'intérêt, et de même la productivité avec la hausse des salaires. La théorie de la population, outre

(I) Les trois systèmes laissent d'ailleurs également irrésolu le problème du chômage.

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qu'elle n'importe pas aux questions d'heures de travail et d'hygiène, parait inexacte : une étude générale et précise est à faire; ici n'a pu être entreprise qu'une étude particulière il est vrai, mais elle est sigaificative : avec la prospérité croissante d'une grande société de secours mutuels diminue le nombre relatif des secours pour couches. — Les écono* mistes présents, par leur analyse nouvelle de la répartition (théorie de la distribution, de la rente au sens étendu) avouent que le contrat de salaire est théoriquement indéterminé et que le résultat du débat du prix est imprévisible. L'unionisme, déclarent-ils, paraît en somme élever les salaires.

Le débat du prix sur le marché^ qui règle les conditions du travail ouvrier, suppose une série de contrats, outre le contrat entre l'ouvrier et le patron industriel : les contrats entre Tindustriel et le commissionnaire en gros, entre le commissionnaire et le détaillant, entre ce dernier et le consommateur. — Entre l'ouvrier et l'industriel, I équilibre de l'offre et de la demande môme supposé, l'avantage est au patron tant au point de vue des conséquences de l'alternalive négative, qu'au point de vue de la connaissance des circonstances ; si l'offre est inégale à la demande, et que cette inégalité soit contre Touvrier, il est réduit à discrétion, au lieu que l'inverse n'est pas vrai. L'obligation de l'ouvrier est d'autre part beaucoup plus arbitraire et moins simple que celle du patron. Pourtant le patron améliorerait volontiers les salaires s'il n'était lui-même tenu. — Dans le débat entre l'industriel et le commissionnaire en gros, c'est pour ce dernier que le danger de l'alternative est moindre et la connaissance du marché supérieure ; l'industriel est donc forcé de baisser son coût de production et tenté d'y réduire la part des salaires ; les rivalités peu scrupuleuses y contraignent les meilleures volontés. — Entre le commissionnaire et le détaillant, le premierest plus puissant, mais le second connaît mieux la demande du consommateur; de plus les grands magasins de détail, qui se passent du commissionnaire, pèsent sur lui. — Entre le détaillant et le consommateur, le premier a une meilleure connaissance de l'objet, mais le second a une liberté extrême de ne pas contracter : or il se règle sur le prix plus que sur la qualité, qu'il se sent incapable de reconnaître, et il va au meilleur marché, ne pouvant savoir à qui, de l'ouvrier, du patron ou des intermédiaires, profiterait la différence de prix. — Ainsi dans notre système complexe de production et d'échange, l'acheteur fait

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la loi au vendeur d'un bout à l'autre , et ce régime dit de liberté manque remarquablement d'égalité et de fraternité. — Contre cette pression collective et irresponsable chaque classe d'intéressés s'est efforcée d'établir des remparts. Ainsi la classe patronale s'est fait protéger par la loi de diverses manières (Chartered, brevets d'invention, etc.). Chaque producteur s'applique à s'emparer et à jouir d'un monopole (les gros bénéfices passent d'une industrie à une autre avec le temps, mais il en existe toujours à chaque moment dans quelque industrie). La marque de fabrique et la « spécialité » sont des procédés pour atteindre la demande du consommateur sans l'aide du détaillant. La vente au détail est organisée directement par de grandes productions. Ou encore certaines industries ont réussi à faire supporter par l'ouvrier tout l'avilissement des prix {sxveating System). Au lieu donc de la liberté idéale des contrats, l'observation positive rencontre un monde de monopoles plus ou moins complets , de droit ou de fait. Mais l'indépendance conquise par le patronat ne profite guère ou pas du tout à l'ouvrier, surtout dans l'entreprise anonyme. — La classe ouvrière, pour se défendre ellemême, oppose d'abord surtout un sentiment instinctif, mais obstiné, d'un certain état de vie nécessaire. Tous les économistes ont observé qu'on ne réussit guère à baisser les salaires. Mais ce sentiment, qui strictement éliminerait les effets fâcheux de la concurrence, est vague, et le patronat profite de cette imprécision ; il fléchit ordinairement dans une lutte sérieuse; et enfin il ne s'élève pas avec les progrès possibles. Le trade-unionisme a été en somme l'expression consciente et organisée de cette résistance à la pression économique au nom d'un état de vie défini.

Mais cette interprétation générale du trade-unionisme ne suffit. pas à fonder un jugement critique de l'économiste, surtout à l'égard de ses effets sur la puissance totale de la nation. Les caractéristiques économiques de l'unionisme sont à étudier dans le détail. Des deux grands objets où ont été ramenées les réglementations unionistes, la restriction' du nombre et l'établissement d'une « règle commune », le premier a rinconvénient : pour le rendement industriel, de supprimer la sélection des plus capables et d'abaisser par suite le niveau des travailleurs et celui des intellectuels du métier ; pour rintérèt du consommateur, de ne pas développer la production. Mais il a l'avantage de maintenir l'état de vie

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nécessaire à l'ouvrier : le choix serait dilficile, s'il n'existait un autre procédé. — L'établissement d'une ^ règle commune », en consolidant une moyenne comme un minimum, transporte du prix à la qualité l'effort de la coocurrence; il entraîne unesélectionconstante des meilleurs ouvriers; il incite laclasse ouvrière à accroître sa capacité, à perfectionner sa spécialisation pour la rendre indispensable ; et il assure en même temps l'effort intellectuel et les cooditious matérielles nécessaire pour l'adaptation fonctionnelle à un travail plus élevé et plus productif. Sur la direction de l'industrie, il a Tinfluence de stimuler l'invention et la productivité et d'amener une sélection entre les employeurs mêmes, en même temps que de concentrer Tindustrie dans les centres les plus favorables. Mais ces effets sont lents, et l'accroissement produit varie beaucoup, en qualité et en intensité, d'un métier à un autre. L'élévation de niveau sera donc graduelle et souvent arrêtée pour un temps. — Si maintenant on considère dans l'ensemble le développement industriel de la nation, ou la répartition des capitaux et du travail manuel et intellectuel entre les diverses branches d'industrie, on peut voir que, toute industrie dépendant au moins indirectement, et surtout par l'effet des échanges internationaux, de toute autre industrie, ce sont les industries soumises à une règle, et par là amenées (on l'a vu) à produire aux meilleures conditions, qui prendront le meilleur de l'activité nationale, et abaisseront la situation dfâ autres. — Mais jusqu'ici la concurrence a été supposée vraiment libre entre les industries, ce qui est inexact. Certaines industries bénélicient d'une véritable prime , lorsque , employant à salaire insuffisant des femmes, entretenues pour le reste sur les salaires de maris ou parents travaillant ailleurs, elles se font ainsi indirectement payer une part de leur main-d'oeuvre par d'autres industries, ou lorsque surtout, employant à de mauvaises conditions femmes, enfants ou ouvriers non qualiliés, elles grèvent par là l'hygiène physique et morale d'une partie de la nation, et compromettent ainsi la reproduction normale et le développement normal de la population laborieuse : ces industries sont «parasites w. Ces industries parasites semblent avoir crû en ce siècle en même temps que les industries réglées: mais il est inexact que les mêmes fonctions ne puissent être remplies par un travail soumis à une règle. Cependant le trade-unionisme est impuissant à assurer cette règle, car les travailleurs en question

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sont les moins capables de s'organiser par métier de façon efficace. — Mais du moins il indique la voie du remède : c*est une réglementation nationale, analogue à la réglementation par métier de Tunionisme, c'est rétablissement d'un minimum nationaly analogue au minimum imposé dans les industries réglées, qui peut supprimer le parasitisme : ce minimum, pour être efficace, doit être un minimum non feulement d'hygiène et de durée de travail, mais de salaire, établi du reste sur des observations méthodiques et précises ; seulement, n'étant qu'un minimum, il n'est nullement cette fixation du salaire universel parla loi qui est fort combattue. Sans doute il s'ensuivrait une modification des industries actuellement parasites et un déplacement d'emploi ; mais rien ne fonde à croire que l'activité totale en serait diminuée. — Quant aux travailleurs, il faut distinguer nettement des non employés les « non employables » (malades, infirmes, etc.) : pour ceux-ci aucune forme d'entretien par la société ne peut être plus onéreuse à l'intérêt général, qu'il ne l'est présentement de les laisser sur le marché du travail, compromettant le meilleur emploi des capables. Du reste l'amélioration des conditions de la vie ouvrière doit en diminuer progressivement le nombre. — Au total , une application ainsi généralisée et coordonnée de la Règle commune constitue une théorie du trade-unionisme bien adaptée aux conditions del'industrie moderne, non restrictive ni oppressive, capable d'assurer le plus grand progrès de l'industrie et le plus grand développement de la nation. — Des méthodes employées à atteindre ce but, la méthode de l'assurance mutuelle peut être négligée comme étant la forme imparfaite de la méthode du contrat collectif. Des deux restantes, la méthode du contrat collectif est plus rapide et plus souple, mais la méthode de la disposition législative est plus pacifique et supprime les longues hostilités. Pour l'application, la seconde est plus régulière et uniforme et plus stable, mais la première plus avantageuse aux situations ou aux occasions favorables : celle-là vaudra donc «n ce qui concerne la doctrine du salaire de vie, celle-ci en ce qui touche à une « rente d'habileté » ou à une « rente de circonstance » possible.

Reste à étudier le rapport du trade-unionism^e avec le régime démocratique qui peut-être n'est pas nécessairement lié à l'unionisme, mais qui, en fait, parait devoir l'être dans le monde anglo-saxon. — La démocratie se réalisant complète-

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îueDt et consciemmeat demandera à runionisme de renoncer complètement à la doctrine des intérêts acquis, et 4ans la doctrine de l'oUre et de la demande, de répudier la restriction du nombre, la résistance à Tinnovation et de s'attendre à céder à un intérêt général supérieur; le contrat collectil ne sera permis que dans les limites de cet intérêt général; la doctrine du salaire de vie sera acceptée, en tant qu'elle assure la meilleure adaptation fonctionnelle; elle devra s'étendre à l'exigence du minimum national. — Par là se détermine le rôle nouveau du trade-unionisme. Des trois fonctions de l'organisation démocratique de l'industrie, choisir les biens à produire, décider des procédés pour les produire et déterminer les conditions d'emploi des agents humains dans cette production, si la première ne peut appartenir qu'aux citoyens consommateurs, la seconde qu'aux directeurs techniques choisis, la troisième ne peut être bien assurée sans une organisation des travailleurs qui représente leurs intérêts contre les tendances économiques de l'entreprise , l'intérêt de la communauté devant toutefois s'imposer aux deux parties. Mais, pour répondre à cette fonction propre, le trade-unionisme doit se transformer. Il doit d'abord abandonner son rôle d'assurance, mieux rempli par l'État ou les organisations spéciales : car, étant désormais association professionnelle et devenu obligatoire, il n'a plus besoin de ce moyen de recrutement. Seul le secours de chômage doit lui rester et ne peut être bien géré que par lui. Il devra en revanche s'employer à assurer Téducation technique des nouvelles générations. Et il a enfin un grand rôle de conseil à jouer dans la vie industrielle de la démocratie. — Ainsi se limite la capacité du trade-unionisme : il ne résout pas la répartition de la « rente », qui reste affaire aux propriétaires des moyens de production ; et d'autre part les unionistes, en tant qu'unionistes, ne sont d'aucune doctrine politique ou religieuse (mais en tant que citoyens, c'est tout différent). — Non seulement la fonction, mais la structure de l'uuionisme doit se modifier : elle sera coextensive avec le métier, nationale de tendance, centralisée d'administration, servie par des fonctionnaires propres. Le rôle des sections locales se déterminera dans le sens où on a dit ; et le problème des rapports entre unions se résoudra par une hiérarchie de fédérations appropriée aux divers intérêts et aux divers buts. Le programme d'action est nettement indiqué : le « minimum national », puis les diverses « implications » du

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trade-uDionisme. — Dans Tensemble, l'exemple du tradeunlonisme met en évidence que la tendance égalitaire de notre société, dominante et acceptée en politique, est encore combattue, dans le domaine économique, par la prétendue liberté des contrats. Il nous montre d'autre part que la démocratie industrielle ne tend pas à une unification des conditions, mais qu'elle s'organise au contraire en fonctions bien différenciées ; pour le gouvernement elle spécialise électeurs , représentants et fonctionnaires experts. Chaque membre de la démocratie est à la fois maître et serviteur, c'est la raison et la force môme du régime ; mais le danger de la réunion en une main, fût-ce celle de la majorité, de la puissance et de la connaissance, est évité par la distinction entre le citoyen qui décide et l'expert professionnel qui exécute. Chacun commande et obéit, commande aux affaires d^autrui et obéit pour les siennes. Mais que devient la liberté? Si par liberté on entend non pas l'indépendance de l'arbitraire individuel, mais la condition du plus grand développement de l'être humain, c'est justement la démocratie qui seule réalise la liberté de tous.

— Une analyse, même étendue, de ce livre magistral ne peut montrer comment toutes les propositions en reposent sur des faits soigneusement et exactement rassemblés et analysés. Les auteurs prennent soin d'indiquer quels procédés d'information ils ont employés (documeiîts, observations personnelles, interviews scientifiques et systématiques). Ainsi cette œuvre est proprement inductite. Mais la conscience méthodique des auteurs est trop grande pour qu'ils n'instituent pas eux-mêmes une critique de la valeur de ces résultats. La description de la structure et de la fonction unionistes (parlies 1 et II), pensent-ils, aura une valeur permanente pour la science sociologi([ue, comme étant une observation analytique du trade-unionisme en une certaine contrée et en une certaine date. Les généralisations économiques de la troisième partie auront au contraire le sort des théories scientifiques, bientôt démolies, en partie rejetées, en partie reprises dans des constructions plus grandes et meilleures. Et enfin les conclusions sur le rôle du trade-unionisme dans l'avenir démocratique de la nation ne valent que pour qui trouve désirable ridéal social des auteurs : le postulat consciemment dégagé en est que le progrès de la société consiste à ce que ses membres atteignent de génération en génération une vie plus large

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et plus pleine, en développant leurs facultés accrues et en satisfaisant plus de désirs multipliés (« sélection des meilleurs »et (( adaptation fonctionnelle » doivent s*entendre ici par rapporta cette tendance même) ; mais un tout autre idéal de viepeutyèlre opposé (par exemple la limitation bouddhiste des désirsi, et enlever tout sens à ces conclusions (p. 703, note). Une fois c€ postulat acquis, c'est bien à la science sociologique, et nooà un empirisme irréfléchi, qu'il appartient de déterminer avec prudence les conditions de réalisation. L'expérience est malheureusement, par les difficultés qu'elle présente eu œtte matière, assez limitée. Les auteurs ont voulu apporter une contribution au grand problème démocratique et social, par l'étude scientifique d'une manifestation caractéristique et exemplaire de Tesprit démocratique : des études semblables seraient à entreprendre sur d'autres formes de rorganisation démocratique, sur d'autres phénomènes de la vie sociale.

Ainsi fondé sur une observation méthodique de faits sociaux, pratiquant l'induction et la généralisation avec cette prudence et ces réserves toutes scientifiques, cet ouvrage paraît être un véritable modèle d'étude sociologique en matière économique et sociale contemporaine. Ce n'est pas le lieu ici de discuter toutes les questions de fait ou de méthode qu'il soulève. Il suffira d'avoir signalé la très grande valeur et l'influence souhaitable de l'ensemble de l'œuvre.

NOTICES 1. — Paupi^risme

Thomas MAGKAY. — The State and Charity. London, Macmillan, 1898, in-80, vin-201 p. 2 s. 6 d.

Cet omTOgc fait partie d'une collection de manuels civiques. D est donc de caractère exotérique. 11 retrace l'histoire de la question du paupérisme, en Angleterre dans la doctrine et dans le fait : l'ancienne période, la théorie des économistes et de Turgot, la grande enquête et ses résultats, les lois nouvelles, et l'organisation contemporaine et présente de la charité. Des faits assez nombreux et as>*'i précis sont réunis dans ce petit volume etTexposition en est claire. Mais l'inspiration en est conforme à la tradition des économiste? classiques.

P.-J. ASCHROTT. — Die Entwîckelung des Armenwesens in England seit dem Jahre 1885. — Jahrbuch fur Geseisgebvng,

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Vertcaltung u, Volkswirtschafiy hgg. v. G. Schmoller, XXII, H. 2, p. 87-150. Et aussi à part : Dunckeru. Hurablot, 1898.

Continuation de Touvrage de l'auteur sur le paupérisme en Angleterre, lequel s'arrêtait à 1885. L'information est toujours aussi étendue et aussi soignée; la méthode et la critique sont à louer également.

Emil m LEiNSTERRERG . — Bericht ûber die 1 7 . JahresTersammluBg des Deutschen Vereins fOr Armenpflege und 'Wohlth&tigkeit. Jaàrbuch fur Gesetzgebung, Verivaltung m. VolkswirUchafl, hgg. V. Schmoller, XXII, H. 3, p. 261-288.

On connaît la compétence de l'auteur dans les questions de paupérisme et d'assistance. Cet article est un exposé précis et critique.

1. Charles HENDERSOX. — Das Armenwesen in den Vereinig^en Staaten von Nordamerika. — Jahrbnchn' fur Nationalokonomie u. Slulislik, hgg. Conrad, XV, 1 (janvier 1898), p. 18-37.

2. P. PEARODY. — Das Armenwesen in den Vereinigten Staaten ▼on Nordamerika. — Ilandwôrtei'buch der Sfaatswissensehaflen. Conrad, Elster... 2'" Supplementband, léna, Fischer, 1897, p. 132-

Ces deux articles portent surtout sur l'organisation et la législation de l'assistance aux États-Unis.

Friedrich von CALL. — Das Armen^wesen in Oesterreich. — J/andivdrt. der Sfaatswissenschaflen (Conrad, Elster...). 2** Supplementband. léna, Fischer, 1897, p. 126-132.

Edo. LOENINCi. — Arbeiterversicherung und Offentliche Armenpflege. Ifandwôrt. der Slanfswissrtisvhafteii, 2*" Suppl. bd. léna, Fischer, 1897, p. 79-89 et 1010.

Article d'information précis.

Louis PARTl'RIER. — L'assistance à Paris sous Tancien Régime et pendant la Révolution. Paris, Larose, 1897.

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