‹ L'Année terribleChapitre 13 sur 73 · A LA NUIT TOMBANTE · texte numérisé non relu

A LA NUIT TOMBANTE

L'Occident était blanc, l'Orient était noir; Comme si quelque bras sorti des ossuaires Dressait un catafalque aux colonnes du soir, Et sur le firmament déployait deux suaires.

Et la nuit se fermait ainsi qu'une prison. L'oiseau mêlait sa plainte au frisson de la plante

J'allais. Quand je levai mes yeux vers l'horizon, Le couchant n'était plus qu'une lame sanglante.

Gela faisait penser à quelque grand duel

D'un monstre contre un dieu, tous deux de même taille;

Et l'on eût dit l'épée effrayante du ciel

Rouge et tombée à terre après une bataille.

PARIS DIFFAMÉ A BERLIiN

Pour la sinistre nuit l'aurore est un scandale ;

Et l'Athénien semble un affront au Vandale.

Paris, en même temps qu'on t'attaque, on voudrait

Donner au guet-apens le faux air d'un arrêt ;

Le cuistre aide le reître; ils font cette gageure,

Déshonorer la ville héroïque; et l'injure

Pleut, mêlée à l'obus, dans le bombardement;

Ici le soudard tue et là le rhéteur ment;

On te dénonce au nom des mœurs, au nom du culte ;

C'est afin de pouvoir t'égorger qu'on t'insulte,

La calomnie ayant pour but l'assassinat.

0 ville, dont le peuple est grand comme un sénat,

Combats, tire l'épée, ô cité de lumière

Qui fondes l'atelier, qui défends la chaumière,

Va, laisse, ô fier chef-lieu des hommes tous égaux,

Hurler autour de toi l'affreux tas des bigots,

Noirs sauveurs de l'autel et du trône, hypocrites

Par qui dans tous les temps les clartés sont proscrites,

Qui gardent tous les dieux contre tous les esprits,

Et dont nous entendons dans l'histoire les cris,

A Rome, à Thèbe, à Delphe, à Memphis, à Mycènes,

Pareils aux aboiements lointains des chiens obscènes.

Page 1