A LA NUIT TOMBANTE
L'Occident était blanc, l'Orient était noir; Comme si quelque bras sorti des ossuaires Dressait un catafalque aux colonnes du soir, Et sur le firmament déployait deux suaires.
Et la nuit se fermait ainsi qu'une prison. L'oiseau mêlait sa plainte au frisson de la plante
J'allais. Quand je levai mes yeux vers l'horizon, Le couchant n'était plus qu'une lame sanglante.
Gela faisait penser à quelque grand duel
D'un monstre contre un dieu, tous deux de même taille;
Et l'on eût dit l'épée effrayante du ciel
Rouge et tombée à terre après une bataille.
PARIS DIFFAMÉ A BERLIiN
Pour la sinistre nuit l'aurore est un scandale ;
Et l'Athénien semble un affront au Vandale.
Paris, en même temps qu'on t'attaque, on voudrait
Donner au guet-apens le faux air d'un arrêt ;
Le cuistre aide le reître; ils font cette gageure,
Déshonorer la ville héroïque; et l'injure
Pleut, mêlée à l'obus, dans le bombardement;
Ici le soudard tue et là le rhéteur ment;
On te dénonce au nom des mœurs, au nom du culte ;
C'est afin de pouvoir t'égorger qu'on t'insulte,
La calomnie ayant pour but l'assassinat.
0 ville, dont le peuple est grand comme un sénat,
Combats, tire l'épée, ô cité de lumière
Qui fondes l'atelier, qui défends la chaumière,
Va, laisse, ô fier chef-lieu des hommes tous égaux,
Hurler autour de toi l'affreux tas des bigots,
Noirs sauveurs de l'autel et du trône, hypocrites
Par qui dans tous les temps les clartés sont proscrites,
Qui gardent tous les dieux contre tous les esprits,
Et dont nous entendons dans l'histoire les cris,
A Rome, à Thèbe, à Delphe, à Memphis, à Mycènes,
Pareils aux aboiements lointains des chiens obscènes.