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A LA FRANCE

Personne pour toi. Tous sont d'accord. Celui-ci, Nommé Gladstone, dit à tes bourreaux : merci! Cet autre, nommé Grant, te conspue, et cet autre, Nommé Bancroft, t'outrage; ici c'est un apôtre, Là c'est un soldat, là c'est un juge, un tribun, Un prêtre, l'un du Nord, l'autre du Sud; pas un Que ton sang, à grands flots versé, ne satisfasse ; Pas un qui sur ta croix ne te crache à la face. Hélas! qu'as-tu donc fait aux nations? Tu vins Vers celles qui pleuraient, avec ces mots divins : Joie et Paix! — Tu criais : — Espérance! Allégresse! Sois puissante, Amérique, et toi sois libre, ô Grèce! L'Italie était grande ; elle doit l'être encor. Je le veux ! — Tu donnas à celle-ci ton or, A celle-là ton sang, à toutes la lumière. Tu défendis le droit des hommes, coutumière

De tous les dévo Ciments et de tous les devoirs. Comme le bœuf revient repu des abreuvoirs, Les hommes sont rentrés pas à pas à l'étable, Rassasiés de toi, grande sœur redoutable, De toi qui protégeas, de toi qui combattis. Ah ! se montrer ingrats, c'est se prouver petits. N'importe! pas un d'eux ne te connaît. Leur foule T'a huée, à cette heure où ta grandeur s'écroule, Riant de chaque coup de marteau qui tombait Sur toi, nue et sanglante et clouée au gibet. Leur pitié plaint tes fils que la fortune, amère Condamne à la rougeur de t'avouer pour mère. Tu ne peux pas mourir, c'est le regret qu'on a. Tu penches dans la nuit ton front qui rayonna; L'aigle de l'ombre est là qui te mange le foie; j C'est à qui reniera la vaincue ; et la joie

I Des rois pillards, pareils aux bandits des Adrets,

Charme l'Europe et plaît au monde... — Ah! je voudrais, Je voudrais n'être pas Français pour pouvoir dire Que je te choisis, France, et que, dans ton martyre, Je te proclame, toi que ronge le vautour, Ma patrie et ma gloire et mon unique amour!

xNOS MORTS

Ils gisent dans le champ terrible et solitaire. Leur sang fait une mare affreuse sur la terre; Les vautours monstrueux fouillent leur ventre ouvert ; Leurs corps farouches, froids, épars sur le pré vert, Effroyables, tordus, noirs, ont toutes les formes Que le tonnerre dunne aux foudroyés énormes ;

Leur crâne est à la pierre aveugle ressemblant;

La neige les modèle avec son linceul blanc ;

On dirait que leur main lugubre, âpre et crispée,

Tâche encor de chasser quelqu'un à coups d'épée;

Ils n'ont pas de parole, ils n'ont pas de regard;

Sur l'immobilité de leur sommeil hagard

Les nuits passent; ils ont plus de chocs et de plaies

Que les suppliciés promenés sur des claies;

Sous eux rampent le ver, la larve et la fourmi;

Us s'enfoncent déjà dans' la terre à demi

Comme dans l'eau profonde un navire qui sombre;

Leurs pâles os, couverts de pourriture et d'ombre,

Sont comme ceux auxquels Ezéchiel parlait;

On voit partout sur eux l'affreux coup du boulet,

La balafre du sabre et le trou de la lance;

Le vaste vent glacé souffle sur ce silence;

Us sont nus et sanglants sous le ciel pluvieux.

0 morts pour mon pays, je suis votre envieux.

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