‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 120 sur 369 · I Cor., XII entier · texte numérisé non relu

I Cor., XII entier

1^28 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 36]

saintes, qui soutenaient la liberté sans l'étreindre, rendant possibles à là fois les douceurs de la vie commune et celles de la vie privée. C'était le contraire du pêle-mêle de nos sociétés artificielles et sans amour, où l'âme sensible est quelquefois si cruellement isolée. L'atmosphère était chaude ef douce dans ces petits réduits qu'on appelait des Eglises. On vivait ensemble de la même foi et des mêmes espérances. Mais il est clair aussi que ces conditions ne pouvaient s'appliquer à une grande société. Quand des pays entiers se firent chrétiens, la règle des premières Églises devint uuq utopie et se réfugia dans les monastères. La vie monastique n'est, en ce sens, que la continuation des Eglises primitives^. Le couvent est la conséquence nécessaire de l'esprit chrétien ; il n'y a pas de christianisme parfait sans couvent, puisque l'idéal évangélique ne peut se réaliser que là.

Une large part, assurément, doit être faite au judaïsme dans ces grandes créations. Chacune des communautés juives dispersées sur les côtes de la Méditerranée, était déjà une sorte d'Eglise, avec sa caisse de secours mutuels. L'aumône, toujours

1. Les congrégations piétistes de l'Amérique, qui sont, dans le protestantisme, l'analogue des couvents catholiques, rappellent aussi par beaucoup de traits les Eglises primitives. V. L. Bridel> Récits américains (Lausanne, 1861).

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recommandée par les sages^, était devenue un précepte; elle se faisait au temple et dans les synagogues 2 ; elle passait pour le premier devoir du prosélyte ^. Dans tous les temps, le judaïsme s'est distingué par le soin de ses pauvres et par le sentiment de charité fraternelle qu'il inspire.

Il y a une suprême injustice à opposer le christianisme au judaïsme comme un reproche, puisque tout ce qui est dans le christianisme primitif est venu en somme du judaïsme. C'est en songeant au monde romain qu'on est frappé des miracles de charité et d'association libre opérés par l'Église. Jamais société profane, ne reconnaissant pour base que la raison, n'a produit de si admirables effets. La loi de toute société profane, philosophique, si j'ose le dire, est la liberté, parfois l'égalité, jamais la fraternité. La chaïité, au point de vue du droit, n'a rien d'obligatoire; elle ne regarde que les individus; on lui trouve même certains inconvénients et on s'en défie. Toute tentative pour appliquer les deniers publics

1 . Prov., m, 27 et suiv. ; x, 2 ; xi, 4 ; xxii, 9 ; xxviii, 27 ; Eccli., m, 23 et suiv.; vu, 36; xn, 1 et suiv.; xviii, 14; xx, 13 et suiv.; XXXI, 11; Tobie, ii, 15, 22; iv, 11; xii, 9; xiv. 11; Daniel, iv, 24; Talm. de Jérus., Peah, 15 6.

2. Matth., VI, 2; Mischna, Schekalim, v, 6; Talm. de Jérus., Demai, fol. 23 h,

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