C^^ VIII, 1, 4; XI
fAn 38] LES APOTRES. IM
la ruine de la communauté, devinrent des évangélistes excellents. Ils furent l'élément actif et jeune dé la secte, en opposition avec l'élément un peu lourd constitué par les apôtres et les « hébreux » . Une seule circonstance, celle de la langue, aurait suffi pour créer à ces derniers une infériorité sous le rapport de la prédication. Ils parlaient, au moins comme langue habituelle, un dialecte dont les Juifs mêmes ne se servaient pas à quelques lieues de Jérusalem. Ce fut aux hellénistes qu'échut tout l'honneur de la grande conquête dont le récit va être maintenant notre principal objet.
Le théâtre de la première de ces missions, qui devaient bientôt embrasser tout le bassin de la Méditerranée, fut la région voisine de Jérusalem, dans un cercle de deux ou trois journées. Le diacre Philippe * fut le
1. Act., VIII, 5 et suiv. Que ce ne soit pas Tapôtre, cela résulte des passages Act.j viii, 1, 5, 12, 14, 40; xxi, 8, comparés entre eux. Il est vrai que le verset Act, jWi, 9, comparé à ce que disent Papias (dans Eusèbô, H, £., III, 39), Polycrate [ibid., V, 24), Clément d'Alexandrie {Strom.jîU^ 6), ferait identifier l'apôtre Philippe, dont parlent ces trois écrivains ecclésiastiques, avec le Philippe qui joue un rôle important dans les Actes, Mais il est plus naturel d'admettre que le verset en question renferme une méprise et a été interpolé que de contredire la tradition des Églises d'Asie et d'Hiérapolis môme, où le Philippe qui eut des filles prophétesses se retira. Les données particulières que possède l'auteur du quatrième Évangile (écrit, ce semble, en Asie Mineure) sur l'apôtre Philippe se trouvent ainsi expliquées.
152 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 38]
héros de cette première expédition sainte. II évangélisa la Samarie avec un grand succès. Les Samaritains étaient schismatiques ; mais la jeune secte, à l'exemple du maître, était moins susceptible que les juifs rigoureux sur ces questions d'orthodoxie. Jésus^ disait-on, s'était montré à diverses reprises assez favorable aux Samaritains ^.
Plrilippe paraît avoir été un des hommes apostoliques les plus préoccupés de théurgie ^. Les récits qui se rapportent h lui nous transportent dans un monde étrange et fantastique. On expliqua par des prodiges les conversions qu'il fit chez les Samaritains et en particulier à Sébaste, leur capitale. Ce pays luimême était tout rempli d'idées superstitieuses sur la magie. L'an 36, c'est-à-dire deux ou trois ans avant l'arrivée des prédicateurs chrétiens, un fanatique avait excité parmi les Samaritains une émotion assez sérieuse, en prêchant la nécessité d'un retour au mosaïsme primitif, dont il prétendait avoir retrouvé les ustensiles sacrés^. Un certain Simon, du village de Gitta ou Gitton ^, qui arriva plus tard
1. Voir Vie de Jésus ^ ch. xiv. Il se peut cependant que la tendance habituelle à l'auteur des Actes se retrouve ici. Yoirlntrod., p. XIX, XXXIX, et ci-dessous, p. 1^9, 205.