‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 175 sur 369 · Philon, Leg. ad CaiuMj § 27, 30, 44 et suiv · texte numérisé non relu

Philon, Leg. ad CaiuMj § 27, 30, 44 et suiv

1U6 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 38]

crifié. Quel avantage en retiré-je? » Là-dessus, leur tournant le dos, il se mit à parcourir les appartements, donnant des ordres pour les réparations, montant et descendant sans cesse. Les malheureux députés (entre lesquels Philon, âgé de quatre-vingts ans, l'homme peut-être le plus vénérable du temps, depuis que Jésus n'était plus) le suivaient en haut, en bas, essoufflés, tremblants, bafoués par l'assistance. Caligula, se retournant tout à coup : «A propos, leur dit-il, pourquoi donc ne mangez-vous pas de porc? » Les flatteurs éclatèrent de rire; des officiers, d'un ton sévère, les avertirent qu'on manquait à la majesté de l'empereur par des rires immodérés. Les Juifs balbutièrent; un d'eux dit assez gauchement: « Mais il y a des personnes qui ne mangent pas d'agneau. — Ah! pour ceux-là, dit l'empereur, ils ont bien raison; c'est une viande qui n'a pas de goût. )i^ll feignit ensuite de s'enquérir de leur affaire; puis, la harangue à peine commencée, il les quitte et va donner des ordres pour la décoration d'une salle, qu'il voulait garnir de pierre spéculaire. 11 revient, affectant un air modéré, demande aux envoyés s'ils ont quelque chose à ajouter, et, comme ceux-ci reprennent le discours interrompu, il leur tourne le dos pour aller voir une autre salle qu'il faisait orner de peintures. Ce jeu de tigre, badinant avec sa proie.

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dura des heures. Les Juifs s'attendaient à la niort. Mais, au dernier moment, les griffes de la bête rentrèrent. «Allons! dit Caligula en repassant, décidément ces gens-ci ne sont pas aussi coupables qu'ils sont à plaindre de ne pas croire à ma divinité. » Voilà comment les questions les plus graves pouvaient être traitées sous l'horrible régime que la bassesse du monde avait créé, qu'une soldatesque et une populace également viles chérissaient, que la lâcheté de presque tous maintenait.

On comprend que cette situation si tendue ait enlevé aux Juifs, du temps de MaruUus, beaucoup de cette audace qui les faisait parler si fièrement à Pilate. Déjà presque détachés du temple, les chrétiens devaient être bien moins effrayes que les Juifs des projets sacrilèges de Caligula. Ils étaient, d'ailleurs, trop peu nombreux pour que l'on connût à Rome leur existence. L'orage du temps de Caligula, comme celui qui aboutit à la prise de Jérusalem par Titus, passa sur leur tête, et à plusieurs égards les servit. Tout ce qui affaiblissait l'indépendance juive leur était favorable, puisque c'était autant d'enlevé au pouvoir d'une orthodoxie soupçonneuse, appuyant ses prétentions par de sévères pénalités.

Cette période de paix fut fécondj en développements intérieurs. L'Eglise lîaissante se divisait en

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trois provinces : Judée, Samarie, Galilée ^ à laquelle sans doute se rattachait Damas. Jérusalem avait sa primauté absolument incontestée. L'Eglise de cette ville, qui avait été dispersée après la mort d'Etienne, se reconstitua vite. Les apôtres n'avaient jamais quitté la ville. Les frères du Seigneur continuaient d'y résider et de jouir d'une grande autorité 2. Il ne semble pas que cette nouvelle Église de Jérusalem ait été organisée d'une manière aussi rigoureuse que la première ; la communauté des biens n'y fut pas strictement rétablie. Seulement, on fonda une grande caisse des pauvres, où devaient être versées les aumônes que les Églises particulières envoyaient à l'Église mère, origine et ^urce permanente de leur foi *.

Pierre faisait de fréquents voyages apostoliques dans les environs de Jérusalem ^. 11 jouissait toujours d'une grande réputation de thaumaturge. ALydda^, en particulier, il passa pour avoir guéri un parajytique nommé Énée, -miracle qui, dit-on, amena de nombreuses conversions dans la plaine de Saron ^.

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