‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 254 sur 369 · Cic, De prov. cansuL · texte numérisé non relu

Cic, De prov. cansuL

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leur assurait l'avenir; car l'avenir alors était aux esclaves. Un trait non moins essentiel du Syrien était sa facilité, sa souplesse , la clarté superficielle de son esprit. La nature syrienne est comme une image fugitive dans les nuées du ciel. On voit par moments certaines lignes s'y tracer avec grâce; mais ces lignes n'arrivent jamais à former un dessin complet. Dans l'ombre, à la lueur indécise d'une lampe, la femme syrienne, sous ses voiles, avec son œil vague et ses mollesses infinies, produit quelques instants d'illusion. Puis, quand on veut analyser cette'beauté, elle s'évanouit; elle ne supporte pas l'examen. Tout cela , au reste , dure à. peine trois ou quatre années. Ce que la race syrienne a de charmant, c'est l'enfant de cinq ou six ans ; à l'inverse de la Grèce, ou l'enfant était peu de chose, le jeune homme inférieur à l'homme fait, l'homme fait inférieur au vieillard ^. L'intelligence syrienne attache par un air de promptitude et de légèreté; mais elle manque de fixité, de solidité; à peu près comme ce (( vin d'or » du Liban, qui cause un transport agréable , mais dont on se fatigue vite. Les vrais dons de Dieu ont quelque chose à la fois de fin et de fort, d'enivrant et de durable. La Grèce est plus appré-

1. Les enfants qui m'avaient plu lors de mon premier voyage, je les retrouvai, quatre ans après, laids, communs et alourdis.

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ciée aujourd'hui qu'elle ne Ta jamais été; elle le sera toujours de plus en plus.

' Beaucoup des émigrants syriens que le désir de faire fortune entraînait vers l'Occident étaient plus ou moins rattachés au judaïsme. Ceux qui ne l'étaient pas restaient fidèles au culte de leur village*, c'està-dire au souvenir de quelque temple dédié à un « Jupiter » local 2 , lequel n'était d'ordinaire que le Dieu suprême, déterminé par quelque titre particulier *. C'était au fond une espèce de monothéisme que ces Syriens apportaient sous le couvert de leurs dieux étranges. Comparés du moins aux personnalités divines profondément distinctes qu'offrait le polythéisme grec et romain, les dieux dont il s'agit, pour la plupart synonymes du Soleil , étaient presque des frères du dieu unique^. Semblables à de longues

i. OaTpcpct; deci;, formule très-fréquentc dans les inscriptions émanant de Syriens {Corpus imcr. grœc, n'^ 4449, 4450, 4451, 4463, 4479, 4480, 6015}.

2. Corpus inscr. grœc.,n°* 4474, 4475, 5936; Mission de Phénicie, 1. H, c. 11 [sous presse], inscription d'Abédat. Comp. Corpus, n<^* 2271, 5853.

3 Ztù; cùfotvioç, éircufàvio;, u<|/tffrc;, 1x5-^^'*^? ^*°5 aarpain;;. Corpus inscr. gr., n»» 4300, 4501, 4502, 4503, 6012; Lepsius, Denhnœler, t, XII, feuille 100, n» 590; Mission de Phémcie, p. 103, 104, et la suite [sous presse].

4. J*al développé ceci dans le Journal Asiatique , février-mars 1859, p. 259 et suiv., e dans la Mission de Phénicie^ 1. H, c. 11.

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mélopées énervantes , ces cultes de Syrie pouvaient paraître moins secs que le culte latin, moins vides que le culte grec. Les femmes syriennes y prenaient quelque chose à la fois de voluptueux et d'exalté. Ces femmes furent de tout temps des êtres bizarres , disputées entre le démon et Dieu, flottant entre la sainte et la possédée. La sainte des vertus sérieuses, des héroïques renoncements , des résolutions suivies appartient à d'autres races et à d'autres climats; la sainte des fortes imaginations, des entraînements absolus, des promptes amours, est la sainte de Syrie. La possédée de notre moyen âge est l'esclave de Satan par bassesse ou par péché; la possédée de Syrie est la folle par idéal, la femme dont le sentiment a été blessé, qui se venge par la frénésie ou se renferme dans le mutisme ^, qui n'attend pour être guérie qu'une douce parole ou qu'un doux regard. Transportées dans le monde occidental, ces Syriennes acquéraient de l'influence, quelquefois par de mauvais arts de femme, plus souvent par une certaine supériorité morale et une réelle capacité. Cela se vit surtout cent cinquante ans plus tard, quand les personnages les plus importants de Rome épousèrent des Syriennes , qui prirent tout à coup

4. Code syrien, dans Land, Anecdota Syriaca, F, p. hol ; faits divers dont j'ai été témoin.

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sur les affaires un très-grand ascendant. La femme musulmane de nos jours, mégère criarde, sottement fanatique, n'existant guère que pour le mal, presque incapable de vertu, ne doit pas faire oublier les Julia Domna, les Julia Maesa, les Julia Mamsea, les Julia Soémie, qui portèrent à Rome, en fait de religion^ une tolérance et des instincts de mysticité inconnus jusque-là. Ce qu'il y a de bien remarquable aussi,, c'est que la dynastie syrienne amenée de la sorte se montra favorable au christianisme, que Mamée, et plus tard l'empereur Philippe l'Arabe ^, passèrent pour chrétiens. Le christianisme, au m* et au iv* siècle, fut par excellence la religion de la Syrie. Aprè& la Palestine, la Syrie eut la plus grande part à sa fondation.

C'est surtout à Rome que le Syrien, au premier siècle, exerçait sa pénétrante activité. Chargé de presque tous les petits métiers, valet de place, commissionnaire, porteur de litière, le Syrus^ entrait partout,, introduisant avec lui la langue et les mœurs de son pays^. Il n'avait ni la fierté ni la hauteur philoso-

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