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Dion Cassius, XXXVII

[An 45] LES APOTRES. 351

Trajan qu'on voit l'Empire les persécuter systématiquement, comme hostiles aux autres , comme intolérantes et comme impliquant la négation de l'État. En somme, la seule chose à laquelle l'empire romain ^it déclaré la guerre, en fait de religion, c'est la théocratie. Son principe était celui de l'État laïque; il n'admettait pas qu'une religion eut des conséquences civiles ou politiques à aucun degré ; il n'admettait surtout aucune association dans l'État en dehors de l'État. ^e dernier point est essentiel; il est, à vrai dire, la racine de toutes les persécutions. La loi sur les confréries, bien plus que l'intolérance rehgieuse, fut la cause fatale des violences qui déshonorèrent les règnes des meilleurs souverains.

Les pays grecs , en fait d'association comme dans toutes les choses bonnes et délicates, avaient eu la priorité sur les Romains. Les éranes ou thiases grecs d'Athènes, de Rhodes, des îles de l'Archipel avaient été de belles sociétés de secours mutuels, de crédit, d'assurance en cas d'incendie, de piété, d'honnêtes plaisirs^. Chaque érane avait ses décisions gra-

4. Voir les inscriptions publiées ou corrigées dans la Remœ QVchéoL, nov. 1864, 397 et suiv.; déc. 1864, p. 460 et suiv.; juin i86o, p. 451-452 etp. 497 et suiv.; sept. 1865, p. 214 et suiv.; avril 1866; Ross, Inscr, grœc. ined., fasc. Il, n° 282, 291, 292; Hamilton, Researches in Asia Minor, vol. Il, n° 301; Corpus

vées sur des stèles, ses archives, sa caisse commune, alimentée par des dons volontaires et des cotisations. Les éranistes, ou thiasites, célébraient ensemble certaines fêtes, se réunissaient pour des banquets, où régnait la cordialité ^. Le sociétaire, dans ses em,barras d'argent, pouvait faire des emprunts à la caisse, à charge de remboursement. Les femmes faisaient partie de ces éranes; elles avaient leur présidente à part (proéranistrie). Les assemblées étaient absolument secrètes; un règlement sévère y maintenait l'ordre; elles avaient lieu, ce semble, dans des jardins fermés, entourés de portiques ou de petites constructions, et au milieu desquels s'élevait l'autel des sacrifices 2. Enfin, chaque congrégation avait un corps de dignitaires, tirés au sort pour un an {dévotes ^), selon l'usage des anciennes démocraties grecques , et d'oi) le « clergé » chrétien ^ peut

inscr. grœc, n"" 120, 126, 2525 b, 2562; Rhangabé, Aîitiq. hellén., n*» 811; Henzen, n° 6082 ; Virgile, Ed. .y, 30. Comp. Harpocration, Lex.j au mof. epavtcrni;; Festus, au mot Thiasitas; Digeste, XLVII, XXII, de Coll. et Corp., 4; Pline, Epist., X^ 93, 94.

1 . Arislote, Mor. à Nicom., VHI, ix, 5; Plut., Quest. grecques, 44.

2. Wescher, dans les Archives des missions scientif,, 2« série, t. î, p. 432, et Rev. arch.. sept. 1865, p. 221-222. a. AfIstote, Œconom., Il, 3; Strabon, IX, i, 15; Corpus inscr. gr., n° 2274, lignes 13-14.

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