Jean, xx
3. H est bien remarquable, en effet, que Jean, sous le nom du- , quel nous a été transmis le dicton précité, n'a pas de vision particulière pour lui seul. Cf. ICor., xv, 5-8.
tique pour ne pas s'enlever le mérite de la foi. Ce fut, dès lors, en fait de crédulité, une émulation effrayante et comme une sorte de surenchère. Le mérite consistant à croire sans avoir vu, la foi à tout prix, la foi gratuite, la foi allant jusqu'à la folie fut exaltée comme le premier des dons de l'âme. Le credo quia absurdum est fondé ; la loi des dogmes chrétiens sera une étrange progression qui ne s'arrêtera devant aucune impossibilité. Une sorte de sentiment chevaleresque empêchera de regarder jamais en arrière. Les dogmes les plus chers à la piété, ceux auxquels elle s'attachera avec le plus de frénésie, seront les plus répugnants à la raison, par suite de cette idée touchante que la valeur morale de la foi augmente en proportion de la difficulté de croire, et qu'on ne fait preuve d'aucun amour en admettant" ce qui est clair.
Ces premiers jours furent ainsi comme une période de fièvre intense, où les fidèles, s'enivrant les uns les autres et s'imposant les uns aux autres leurs rêves, s'entraînaient mutuellement et se portaient aux^idées les plus exaltées. Les visions se multipliaient sans cesse. Les réunions du soir étaient le moment le plus ordinaire oii elles se produisaient^.
1. Jean, xx, 26. Le passage xxi, 44, suppose, il est vrai, qu'il n'y eut à Jérusalem que deux apparitions devant les disciples réunis. Mais les passages xx, 30, et xxi, 25, laissent beaucoup plus de latitude. Comparez Acl.j, i, 3.
20 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 33]
Quand les jportes étaient fermées, et que tous étaient obsédés de leur idée fixe, le premier qui croyait entendre le doux mot schalom « salut » ou « paix » , donnait le signal. Tous écoutaient et entendaient bientôt la même chose. C'était alors une grande joie pour ces âmes simples de savoir le maître au milieu d'elles. Chacun savourait la douceur de cette pensée, et se croyait favorisé de quelque colloque intérieur. D'autres visions étaient calquées sur un autre modèle, et rappelaient celle des voyageurs d'Emmaiis. Au moment du repas, on voyait Jésus apparaître, prendre le pain, le bénir, le rompre et Toffrir à celui qu'il favorisait de sa vision ^. En quelques jours, un cycle entier de récits, fort divergents dans les détails, mais inspires par un même esprit d'amour et de foi absolue, se forma et se répandit. C'est la plus grave erreur de croire que la légende a besoin de beaucoup de temps pour se faire. La légende naît parfois en un jour. Le dimanche soir ( 16 de nisan, 5 avril), la résurrection de Jésus était tenue pour une réalité. Huit jours après, le caractère de la vie d'outre -tombe qu'on fut amené à concevoir pour lui était arrêté quant aux traits essentiels.
2. Luc, XXIV, 41-43; Évangile des hébreux, dans saint Jérôme, De viris illmtribm, 2; finale de Marc, dans saint Jérôme, Adv. Pelag., II.