‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 46 sur 369 · Ibid,, xxvin, 7; Marc, xvi · texte numérisé non relu

Ibid,, xxvin, 7; Marc, xvi

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odieuse leur pesait ; elles aspiraient à revoir la terre où elles avaient possédé celui qu'elles aimaient, bien sures d'avance de l'y rencontrer encore,

La plupart des disciples partirent donc pleins de joie et d'espérance, peut-être en conipagnie de la caravane qui ramenait les pèlerins de la fête de Pâques. Ce qu'ils espéraient trouver en Galilée , ce n'étaient pas seulement des visions passagères, c'était Jésus lui-même d'une manière continue, comme cela avait lieu avant sa mort. Une immense attente remplissait ' leurs âmes. Allait-il renouveler le royaume d'Israël, fonder définitivement le règne de Dieu, et, comme on disait, a révéler sa justice * »? Tout était possible. Ils se représentaient déjà les riants paysages où ils avaient joui de lui. Plusieurs croyaient qu'il leur avait donné rendez-vous sur une montagne 2, probablement celle-là même à laquelle se rattachçiient leurs plus doux souvenirs. Jamais sans doute voyage ne fut plus joyeux. C'étaient tous leurs rêves de bonheur qui étaient à la veille de se réaliser. Ils allaient le. revoir!

Ils le revirent en effet. A peine rendus à leurs paisibles chimères , ils se crurent en pleine période évangélique. On était vers la fin du mois d'avril.

4. Finale de Marc, dans saint Jérôme, Âdv. Pelag,, H. % Matth., xxvni, 16.

30 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 33]

La terre alors est parsemée d'anémones rouges, qui sont probablement ces « lis des champs » dont Jésus aimait à tirer ses comparaisons. A chaque pas, on retrouvait ses paroles, comme attachées aux mille accidents du chemin. Voici l'arbre, la fleur, la semence, dont il prit sa parabole; voici la colline où il tjnt ses plus touchants discours; voici la barque où il enseigna. C'était comme un beau rêve recommencé, comme une illusion évanouie puis retrouvée. L'enchantement sembla renaître. Le doux « royaume de Dieu » galiléen reprit son' cours. Cet air transparent, ces matinées sur la rive ou sur la montagne, ces nuits passées sur le lac en gardant les filets, se retrouvèrent pleines de visions. Ils le voyaient partout où ils avaient vécu avec lui. Sans doute, ce n'était pas la joie de la jouissance à toute heure. Parfois le lac devait leur paraître bien solitaire. Mais le grand amour se contente de peu de chose. Si tous tant que nous sommes, une fois par an, à la dérobée, durant un instant assez long pour échanger deux paroles, nous pouvions revoir les personnes aimées que nous avons perdues, la mort ne serait plus la mort!

Tel était Tétat d'âme de la troupe fidèle, dans cette courte période où le christianisme sembla revenir un moment à son berceau pour lui dire un éter-

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nel adieu. Les principaux disciples, Pierre, Thomas, Nathanaël, les fils* de Zébédée, se retrouvèrent sur le bord du lac et désormais vécurent ensemble^ ; ils avaient repris leur ancien état de pêcheurs, à Bethsaïda ou h Capharnahum. Les femmes galiléennes étaient sans doute avec eux. Elles avaient poussé plus que personne à ce retour, qui était pour elles un besoin de cœur. Ce fut leur dernier acte dans la fondation du christianisme. A partir de ce moment, on ne les voit plus paraître. Fidèles à leur amour, elles ne voulurent plus quitter le pays où elles avaient goujté leur grande joie 2. On les oublia vite, et, comme le christianisme galiléen n'eut guère de postérité, leur souvenir se perdit complètement dans certaines branches de la tradition. Ces touchantes démoniaques, ces pécheresses converties, ces vraies fondatrices du christianisme , Marie de Magdala , Marie Cléophas , Jeanne, Susanne, passèrent à Tétat de saintes délaissées. Saint Paul ne les connaît pas ^. La foi qu'elles

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