‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 48 sur 369 · I Cor., XV, 5 et suiv · texte numérisé non relu

I Cor., XV, 5 et suiv

n ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 33]

avaienl créée les mit presque dans Tombre. 11 faut descendre jusqu'au moyen âge pour que justice leur soit rendue; Tune d'elles, Marie-Madeleine, reprend alors sa place capitale dans le ciel chrétien.

Les visions au bord du lac paraissent avoir été assez fréquentes. Sur ces flots où ils avaient touché Dieu, comment les disciples n'eussent- ils pas revu leur divin ami? Les plus simples circonstances le leur rendaient. Une fois , ils avaient ramé toute la nuit sans prendre un seul poisson ; tout k coup les filets se remplissent; ce fut un miracle. 11 leur sembla que quelqu'un leur avait dit de terre : « Jetez vos filets h droite. » Pierre et Jean se regardèrent : « C'est le Seigneur, » dit Jean. Pierre, qui était nu , se couvrit à la hâte de sa tunique et se jeta à la mer pour aller rejoindre l'invisible conseiller *. — D'autres fois, Jésus venait prendre part à leurs simples repas. Un jour, à l'issue de la pêche, ils furent surpris de trouver les charbons allumés, un poisson posé dessus et du pain à côté. Un vif souvenir de leurs festins dijptemps passé leur traversa l'esprit. Le pain et le poisson en faisaient toujours une partie essentielle. Jésus avait l'habitude de leur en offrir. Ils

4. Jean, xxi, 1 et suiv. Ce chapitre a été ajouté à rËvangile déjà achevé, comme un post-scriptum. Mais il est de la môme provenance que le reste.

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furent persuadés, après le repas, que Jésus s'était assis à côté d'eux et leur avait présenté de ces mets, déjà devenus pour eux eucharistiques et sacrés i.

C'était surtout Jean et Pierre qui étaient favorisés de ces intimes entretii^s avec le fantôme bienaimé. Un jour, Pierre , en songe peut - être ( mais que dis-je! leur vie sur ces bords n'était-elle pas un songe perpétuel?), crut entendre Jésus lui demander: « M'aimes-tu? » La question se renouvela trois fois. Pierre, tout possédé d'un sentiment tendre et triste, s'imaginait répondre: « Oh! oui, Seigneur, tu sais que je t'aime; » et, à chaque fois, l'apparition disait :

i. Jean, xxi, 9-14; comp. Luc, xxiv, 41-43. Jean réunit en une seule les deux scènes de la pêche et du repas. Mais Luc groupe autrement les choses. En tout cas, si on pèse attentivement les versets Jean, xxi, 14-15, on se convaincra que les liaisons de Jddn sont ici un peu artificielles. Les hallucinations, au moment où elles naissent, sont toujours isolées. C'est plus tard qu'on en forme des anecdotes suivies. Cetle façon de joindre comme consécutifs des faits séparés par des mois et des semaines se voit d'une manière frappante en comparant entre eux deux passages du même écrivain, Luc, Évang., xxiv, fin, et Actes j i, commencement. D'après le premier passage, Jésus serait monté au ciel le jour même de la résurrection; or, d'après le second, il y eut un intervalle de quarante jours. Si l'on prenait aussi à la rigueur Marc, XVI , 9-20, Fascension aurait eu lieu le soir de la résurrection. Rien ne prouve mieux que la contradiction de Luc dans ces deux passages combien les rédacteurs des écrits évàngéliques tenaient peu aux sutures de leurs récits.

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« Pais mes brebis ^. » Une autre fois, Pierre fit à Jean la confidence d'un songe étrange. Il avait rêvé (Ju'il se promenait avec le maître. Jean venait par derrière à quelques pas. Jésus lui parla en termes très-obscurs, qui semblaient lui annoncer la prison ou une mort violente, et lui répéta à diverses reprises : « Suis -moi. » Pierre alors, montrant du doigt Jean qui les suivait, demanda : « Seigneur, et celui-là? — Celui-là, dit Jésus, si je veux qu'il reste, jusqu'à ce que je vienne, que t'importe? Suis -moi. » Après le supplice de Pierre, Jean se rappela ce rêve, et y vit une prédiction du genre de mort de son ami. Il le raconta à ses disciples ; ceux-ci crurent y trouver l'assurance que leur maître ne mourrait pas avant l'avènement final de Jésus 2,

Ces grands rêves naélancoliques, ces entretiens sans cesse interrompus et recommencés avec le mort chéri remplissaient les jours et les mois. La sympathie de la GaUlée pour le prophète que les Hiérosolymites avaient mis à mort s'était réveillée. Plus de cinq cents personnes étaient déjà groupées autour du souvenir de Jésus ^. A défaut du maître perdu,

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