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86 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 35]
distinctions de la hiérarchie ecclésiastique n'existaient pas encore. Le titre n'était rien ; l'importance personnelle était tout. Le principe du célibat ecclésiastique était bien déjà posé ^ ; mais il fallait du temps pour amener tous ces germes à leur complet développement. Pierre et Philippe étaient mariés, avaient des fils et des filles 2.
Le terme pour désigner la réunion des fidèles était l'hébreu kahal, qu'on rendit par le mot essentiellement démocratique £X)c>.T,<yia. Ecclesia, c'est la convocation du peuple dans les vieilles cités grecques, l'appel au Pnyx ou \ V agora. A partir du iC ou du m* siècle avant J.-C, les mots de la démocratie athénienne devinrent en quelque sorte de droit commun dans la langue hellénique ; plusieurs de ces termes ^, par suite de l'usage qu'en firent les confréries grecques, entrèrent dans la langue chrétienne. C'était, en effet, la vie populaire, restreinte depuis des siècles, qui repre-, nait son cougi> sous des formes tout à fait différentes. L'Église primitive est une petite démocratie à sa manière. Il n'est pas jusqu'à l'élection par le sort,
\. Voir Vie de Jésus ^ p. 307.
%, YoirVie de Jésus j p. 150. Cf. Papias, dans Eûsèbe, H, E,, m, 39; Polycrate, ibid,, V, 24 ; Clément d'Alex. , 5^row., III, 6; VIT, 41.
3. Par exemple, 6ma)C(wpoç, peut-être xX^poç. V. Wescher, dans la Revue archéoL, avril 1 866, et ci-dessous, p. 354.
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moyen si cher aux anciennes républiques, qui ne s'y retrouve parfois^. Moins âpre pourtant et moins soupçonneuse que les anciennes cités, l'Église déléguait volontiers son autorité; comme toute société théocratique, elle tendait à abdiquer entre les mains d'un clergé, et il était facile de prévoir qu'un ou deux siècles ne s'écouleraient pas avant que toute cette démocratie tournât à l'oligarchie.
Le pouvoir qu'on prêtait à l'Église réunie et à ses chefs était énorme. L'Église conférait toute mission, se guidant uniquement dans ses choix sur des signes donnés par l'Esprit 2. Son autorité allait jusqu'à décrétei; la mort. On racontait qu'à la voix de Pierre, des délinquants étaient tombés à la renverse et avaient expiré sur-le-champ^. Saint Paul, un peu plus tard, ne craint pas, en excommuniant un incestueux, « de le livrer à Satan pour la mort de sa chair, afin que son esprit soit sauvé au grand jour du Seigneur^)). L'excommunication était tenue pour l'équivalent d'une sentence de mort. On ne doutait pas qu'uhe personne que les apôtres ou les chefs d'Église avaient retranchée du corps des saints et
! . Act., I, 26. V. ci-dessous, p. 353.