‹ L'Antechrist (volume 4)Chapitre 115 sur 353 · MaUh., xxvii, 62-66; xxviii · texte numérisé non relu

MaUh., xxvii, 62-66; xxviii

184 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 85]

se dessinaient ; mais, comme tous les deux répondaient à des besoins de la conscience chrétienne, on les conciliait tant bien que mal. D'une part, il fallait que Jésus fût descendant de David * ; de l'autre, on ne voulait pas que Jésus eût été conçu dans les conditions ordinaires de l'humanité. Il n'était pas naturel que celui qui n'avait pas vécu comme les autres homm es fût né comme les autres hommes. La descendance de David s'établissait par une généalogie ou Joseph était rattaché à la souche davidique. Joseph était père de Jésus * ; pour rattacher Jésus à David, il s'agissait donc simplement d'y rattacher Joseph. Gela n'était guère satisfaisant dans l'hypothèse de la conception surnaturelle, Joseph et ses ascendants supposés n'ayant dans une telle hypothèse contribué en rien à la naissance de Jésus. C'est Marie qu'il aurait fallu rattacher à la famille royale; or aucune tentative ne fut faite au i'^ siècle pour cela ' , sans

i, Rom., 1,3; Apoc, v, 5; Acl.j ii, 30. Cf. Talm. de Jér., Sanhédrin, 43 a.

%. Luc (m, 23) atténue la difficulté par son ôç ivof&îCtTo. Cériûthe et Carpocrate étaient ici parfaitement logiques. Épipb., béer, xxx, U. Peut-être la rédaction du v. 46 du premier chapitre de Matthieu était-elle plus précise dans TËvangile nazaréen dont se servaient Cérintbe et Carpocrate. Voir Hilgenfeld, p. 45, 49.

3. Les passages Luc, i, 27, et ii, 4, impliquent même l'opinion contraire. La logique reprit ses droits au ii* siècle; on crée aior:?, ou du moins Ton suppose à Marie une descendance davidique.

[Ab 85) LES ÉVANGILES. 185

doute parce que les généalogies étaient fixées avant que Ton prélat d*une manière sérieuse à Jésus une naissance en dehors de l'union régulière des deux sexes, et qu'on ne contestât à Joseph ses droits à une réelle paternité. L'Évangile hébreu, au moins à la date où nous sommes, laissait toujours Jésus fils de Joseph et de Marie ^ ; TEsprit-Saint, dans la conception de cet Evangile était pour Jésus-Messie (personnage distinct de Thomme-Jésus ') une mère, non un pè^e^ L'Evangile selon Matthieu, au contraire, s'arrête à une combinaison tout à fait contradictoire. Jésus chez lui est fils de David par Joseph, qui n'est pas son père. L'auteur sort de cet embarras avec une naïveté extrême *. Un ange vient lever les peines

Prolévangile de Jacques, c. 40 (p. 49, Tisch.); Êvang. de la Nat. de Marie, c. 4 (p. 406); Évang. de pseudo-Matlb., c. 42 (p. 73); saint Justin, Z)ta/.^ «3, 43, 45, 400, 401, 420; ApoL I, 32; Irénée,lU,xxi, 5; Tertullien, Adv.Marc, III, M, 20 ; IV, 4,7, 49; V, 8; ^rfr. jfwrf., 9; De came Chrisli, 22. (Hilgenfeld, Krit. L'ntmwh, ûber die Evang. Jusiin's, etc., p. 400, 404, 440 et sniv., 1.53 et suiv., 456 et suiv.)

4. Èpiph., haer. x\x, 44. Toutes les sectes ébionites adoptèrent cet Évangile; or une partie au moins de ces sectes niait la naissance surnaturelle de Jésus.

î. Voir ci -dessus, p. 60, 403, note 2; 406, note 2; 476, note.

3. ftj&innip {uu r& â^iov ir»iû{fc«. Hilgenfeld, p. 45 (ligne 22], 46 (ligne 15 et suiv.), 20, 23.

*. Matth., I, 4 6, 4 8, 25.

186 ORIGINES DD CHRISTIANISME. [An M)

d'esprit que Joseph, en un cas si étrange, avait le ^ droit de concevoir, <

La généalogie que nous lisons dans TÉvangile dit \ selon saint Matthieu n'est sûrement pas l'ouvrage de 1 l'auteur de cet Évangile. Il l'a prise dans un doca* r

ment antérieur. Etait-ce dans l'Evangile hébreu lui- \ même? On en peut douter *. Une grande fraction des | chrétiens hébreux de Syrie garda toujours un texte ; cil de telles généalogies ne figuraient pas; mais, très-anciennement aussi, certains manuscrits nazaréens présentèrent, en guise de préface, un sépher loledoth ^ Le tour de la généalogie de Matthieu est hébraïque ; les transcriptions des noms propres ne sont pas celles des Septante '• Nous avons vu d*ail* leurs ^ que les généalogies furent probablement l'œuvre des parents de Jésus, retirés en Batanée et parlant hébreu. Ce qu'il y a de sur, c'est que ce travail des généalogies ne fut pas exécuté avec beaucoup d'unité ni d'autorité; car deux systèmes tout à fait discordants pour rattacher Joseph aux derniers personnages connus de la lignée davidique sont parvenus jusqu'à nous. Il n'est pas impossible que le nom du

I. Voir ci-dessus, p. 405. Épiph., haer. xxviii, 5; xxix, 9; XXX, 3, 6, U.

Page 1