Juvénal, iv
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déclarée à toute vertu. Faire la biographie d*un grand homme était un crime ; il semblait que l'on voulût abolir l'esprit humain et enlever à la conscience sa voix. Tout ce qu'il y avait d'illustre tremblait; le monde était plein de meurtres et d'exils ^ Il faut dire à l'honneur de notre pauvre espèce qu'elle traversa cette épreuve sans fléchir. La philosophie se reconnut et s'affirma plus que jamais dans sa lutte contre les tourments ; il y eut des épouses héroïques, des maris dévoués, des gendres constants, des esclaves fidèles. La famille de Thrasea et de Barea Soranus était toujours au premier rang de l'opposition vertueuse. Helvidius Priscus (le fils), Ârulenus Rusticus, Junius Hauricus, Sénécion, Pomponia Gratilla, Fannia, toute une société de grandes et fortes âmes, résistaient sans espérance. Épictète leur répétait chaque jour de sa voix grave : a Supporte et abstiens-toi. Douleur, tu ne me feras pas convenir que tu es un mal. Anylus et Melitus peuvent me tuer; ils ne peuvent me
nuire *.»
C'est une chose bien honorable pour la philoso* phie et le christianisme que, sous Domitien de même
1. Tacite, Agric, 2, 44, 45, 82; Uisl., 1,2; Pline, Lelires, 1, 5; m, 41; VII, 49, 33; IX, 43; Suétone, Dom., 40; Dion Cassios, LXVII, 3 et suiv., 43.*
%. Manuel, c. 4 , 5, 24 , 53, etc.
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que SOUS Néron, ils aient été persécutés de compas: '' gnie. Comme dit TertuUienS ce que de tels monstres condamnèrent dut être quelque chose d'excellent. Il est un comble de méchanceté dans le gouvemement qui ne permet pas au bien de vivre, même sous sa forme la plus résignée. Le nom de philosophe impliquait dès lors une profession de pratiques ascétiques, un genre de vie particulier, un manteau. Ces espèces de moines séculiers, protestant par leur renoncement contre les vanités du monde, furent, durant tout le r** siècle, les plus grands ennemis du césarisme. La philosophie, disons-le à sa gloire, ne prend pas facilement son parti de la bas*sesse de l'humanité et des tristes conséquences que cette bassesse entraine dans la politique. Héritiers de l'esprit libéral de la Grèce, les stoïciens de Tépoque romaine rêvaient des démocraties vertueuses, dans un temps qui ne comportait que la tyrannie^. Les politiques, qui ont pour principe de se renfermer dans les bornes du possible, avaient naturellement une forte antipathie contre une telle manière de voir.Tibèreadéjà les philosophes en aversion. Néron (en 66) chassa ces imj)ortuns, dont la présence était pour sa vie un per-