Voir la belle Lettre de Pline, III, 4 1. Comp. V
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tous ayant été les persécutés de Domitien, toa5 pleurant quelque parent, quelque ami, victime du règne abhorré.
L'âge des monstres était passé. Cette haute race des Jules et des familles qui leur étaient alliées avait déroulé devant le monde le plus étrange spectacle de folie, de grandeur, de perversité. Désormais Tâcreté du sang romain semble épuisée. Rome a sué toute sa malice. C'est le propre d'une aristocratie qui a mené la vie sans frein de devenir sur ses vieux jours réglée, orthodoxe, puritaine. La noblesse romaine, la plus terrible qui ait jamais existé, n'a plus maintenant que des raffinements extrêmes de vertu, de délicatesse, de modestie.
Cette transformation fut en grande partie l'œuvre de la Grèce * . Le pédagogue grec avait réussi à se faire accepter de la noblesse romaine, à force de subir ses dédains, sa grossièreté, son mépris pour les choses de l'esprit. Dès le temps de Jules César, Sextius le père apportait d'Athènes à Rome la fière discipline morale du stoïcisme, l'examen de conscience, l'ascétisme, l'abstinence, l'amour de la pauvreté ^ Après lui, Sextius fils, Sotion d'Alexandrie, Âttale, Démétrius le cynique, Métronax, Claranus,
4. Livre 1*' des Pensées de Marc-Âurèle, tout entier. 2. Fabianus, dans Sénèque le Rhéteur, Controv., II, 9.
FabianusS Sénèque, donnent le modèle d^une philosophie active et pratique, employant tous les moyens, la prédication, la direction des consciences, pour la propagande de la vertu ^ La noble lutte des philosophes contre Néron et Domitien, leurs bannissements, leurs supplices achevèrent de les rendre chers à la meilleure société romaine. Leur crédit va toujours grandissant jusqu^à Marc-Aurèle, sous lequel ils régnent. La force d*un parti est toujours en proportion du nombre de ses martyrs. La philosophie avait eu les siens. Elle avait souffert, comme tout ce qui était noble, des abominables régimes qu'on avait traversés ; elle bénéficia de la réaction morale provoquée par l'excès du mal. Alors naît une idée, chère aux rhéteurs, le tyran ennemi-né du philosophe, le philosophe ennemi-né du tyran '. Tous les
4. Sénèque, Epîsl., 5î, 59, 6S, 64, 66, 67, 73, 93, 98, 400, 408, 440; De ira,m^ 36; QuœsL naL, Vil, 32; De provid.,Z, 5. Sénèque le Rbét., Controv., II, praef.
t, c Disserebat populo Fabianus. » Sén., Épilres, 52. Cf. ép. 4 00.
3. Voir surtout, dans la Vie d'Apollonius de Philostrate, la façoD dont Fauteur insiste sur le rôle brillant du philosophe, en lutte avec les mauvais empereurs, honoré dé leur haine personnelle, persécuté nommément par eux, puis, à partir de Nerva, recherché, flatté, ayant ses entrées particulières au palais. Voir aussi du môme Vies des soph,, I, vu ; Lucien, Nero seu de isthmo; Arrien, Disserl. EpicL, I, viii, 42; Spartien, Adrien, 46; Thémistius, Orat. 5, ad Jov. imp., p. 63, édit. Hardouin.
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maîtres des Ânlonins sont pleins de cette idée; le bon Marc-Aurèle passa sa jeunesse à déclamer contre les tyrans ; l'horreur pour Néron et pour ces empereurs que Pline TÂncien appelait les « brandons incen* diaires du genre humain » ^ remplit la littérature du temps ^ Trajan eut toujours pour les philosophes les plus grands égards et les plus délicates attentions'. Entre la discipline grecque et la fierté romaine Talliance est désormais intime. « Vivre comme il convient à un Romain, à un homme n^, est le rêve de quiconque se respecte : Marc-Aurèle n'est pas au monde encore ; mais il est né moralement ; la maîtrise spirituelle d'où il sortira est complètement instituée^
Certes, la philosophie ancienne avait eu des jours de plus grande originalité ; elle n'avait jamais pénétré plus profondément la vie et la société. Les différences des écoles étaient à peu près effacées ; les systèmes généraux étaient abandonnés; un éclectisme supcrnciel, comme celui qu'aiment les gens du monde soucieux de bien faire, était à la mode. La philoso-