‹ L'Antechrist (volume 4)Chapitre 290 sur 353 · Luc, V, 4-M. Comp. Marc, i, U, 15; Matth., iv, iî · texte numérisé non relu

Luc, V, 4-M. Comp. Marc, i, U, 15; Matth., iv, iî

la première, et la pêche du royaume de Dieu est surabondante.

li se passa quelque chose d'analogue à ce qui eut lieu, vers l'époque de la Restauration , dans le parti qui se prit à relever le culte de la révolution française. Entre les héros de la Révolution, les luttes avaient été ardentes, acharnées; on s'était haï jusqu'à la mort. Mais, vingt-cinq ans après, il ne restait de tout cela qu'un grand résultat neutre. On oublia que les girondins, Danton, Robespierre, s'étaient tranché la tête les uns aux autres. Â part quelques rares exceptions, il n'y eut plus de partisans des girondins, de Danton, de Robespierre; il y eut les partisans de ce que l'on considéra comme leur œuvre commune, c'est-à-dire de la Révolution. On plaça au même Panthéon, comme frères, des gens qui s'étaient proscrits entre eux. Dans les grands mouvements historiques, il y a le moment d'exaltation où des hommes associés en vue d'une œuvre commune se séparent ou se tuent pour une nuance, puis le moment de réconciliation , où l'on cherche à prouver que ces ennemis apparents s'entendaient et qu'ils ont travaillé pour une même fln. Au bout de quelque temps, de toutes ces discordances sort une doctrine unique, et un accord parfait règne entre les disciples de gens qui se sont anathématisés.

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Un autre trait de Luc , essentiellement romain, . et qui le rapproche encore de Clément, c'est son respect pour Tautorité impériale et les précautions qu'il prend pour ne pas la blesser. On ne trouve pas chez ces deux écrivains la haine sombre contre Rome qui caractérise les auteurs d'apocalypses et de poèmes sibyllins. L'auteur des Actes évite tout ce qui présenterait les Romains comme des ennemis du christianisme. Au contraire, il cherche à montrer que, dans beaucoup de circonstances, ils ont défendu saint Paul et les chrétiens contre les juifs ^ Jamais un mot blessant pour les magistrats civils. S'il arrête son récit h l'arrivée de Paul à Rome, c'est peut-être pour n'avoir pas à raconter les monstruosités de Néron. Luc n'admet pas que les chrétiens aient jamais été compromis légalement. Si Paul n'en avait pas appelé à l'empereur, « on aurait pu le renvoyer absous ». Une arrière-pensée juridique, en plein accord avec le siècle de Trajan , le préoccupe : il veut créer des précédents, montrer qu'il n'y a pas lieu à poursuivre ceux que les tribunaux romains ont tant de fois acquittés. Les mauvais procédés ne le rebutent pas* On ne poussa jamais plus loin la patience, l'optimisme. Le goût de la persécution, la joie des ava-

4. AcleSy XXIV, 7, H: xxv, 9, 16, Î5; xxviii, 47-48. Cf. les Apôtres^ p. XXII et suiv.; Saint Paul, p. 433-134.

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nies endurées pour le nom de Jésus, remplissent rame de Luc et ont fait de son livre le manuel par excellence du missionnaire chrétien.

La parfaite unité du livre ne permet guère de dire si Luc, en le composant, avait sous les yeux des documents écrits antérieurs, ou s'il fut le premier à écrire l'histoire des apôtres sur des traditions orales. Il y a eu beaucoup d'Actes des Apôtres,

comme il y a eu beaucoup d'Evangiles; mais, tandis

que plusieurs Evangiles sont restés dans le canon, un seul livre des Actes y a été conservé. La « Prédication de Pierre » S dont le but était de présenter Jérusalem comme la source de tout le christianisme, et Pierre comme le centre de ce christianisme hiérosolymitain, est peut-être aussi ancienne pour le fond que les Actes; maiscertainement Luc ne la connaissait pas. C'est gratuitement aussi que l'on a supposé que Luc aurait remanié et complété, dans le sens de la réconciliation des judéo-chrétiens et de Paul, un écrit plus ancien, composé pour la plus grande gloire de l'Église de Jérusalem et des Douze. Le dessein d'égaler Paul aux Douze et surtout de rapprocher Pierre et Paul est manifeste chez notre auteur; mais il semble qu'il ne suivit dans son récit qu'un cadre d'exposition

4 . Kti3u«]fp.% ntTpcu, premier noyau, perdu, de la légende pseudoclémeniine, dont le développement sera expliqué dans le tome VI'.

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orale depuis longtemps établi. Les chefs de TËglise de Rome devaient avoir une manière consacrée de raconter l'histoire apostolique *. Luc s'y conforma, en y ajoutant une biographie de Paul assez développée et vers la fm des souvenirs personnels. Comme tous les historiens de l'antiquité, il ne s'interdit pas l'emploi d'une innocente rhétorique. A Rome, son éducation hellénique avait dû se compléter, et le sentiment de la composition oratoire à la manière grecque put s'éveiller en lui *.

Le livre des Acte$, comme le troisième Évangile, écrit pour la société chrétienne de Rome, y resta longtemps confiné \ Tant que le développement de l'Église se fit par tradition directe et par des nécessités internes, on n'y attacha qu'une importance secondaire^ ; mais, quand l'argument décisif dans les

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