‹ L'Antechrist (volume 4)Chapitre 314 sur 353 · Aujourd'hui Amassera. Cf. EpisL, X · texte numérisé non relu

Aujourd'hui Amassera. Cf. EpisL, X

2. Eusèbe, H. E., lY, 23. Cf. Syneedème d'Hiéroclès, p. 6%, WesseliDg.

3. Epist,, X, 96 (97), 97 (98). Les objections qu'on a faites contre Taulbenticité de cette lettre ne sauraient prévaloir contre les arguments tirés du style et surtout de la place que la pièce occupe dans la correspondance administrative de Pline et de Trajan. En admettant que les chrétiens eussent fabriqué une telle lettre, il n'eût pas dépendu d'eux de l'intercaler dans le recueil de la correspondance administrative. La supposition aurait eu lieu avant Tertuliien, puisque Tertullien cite la pièce, de mémoire il est vrai et avec quelques inexactitudes [Apol., 2; cf. 5). A cette époque, la collection des Épi très de Pline n'était pas à la dispoposition des chrétiens. Si la lettre avait été supposée, elle fût restée sans place fixe; tout au plus eût-elle été ajoutée à la fin du recueil. Qp ne croira jamais qu'un faussaire chrétien eût pu si admirablement imiter la langue précieuse et raffinée de Pline. Avant Tertullien et Minucius Félix, aucun chrétien n'écrivit en latin ; les premiers essais de littérature chrétienne en latin sont d*origine africaine. Le grec était ailleurs, à Rome en particulier, la langue des fidèles. Il faudrait donc supposer la pièce fabriquée en Afrique, c'est-à-dire dans le pays où la latinité atteignait le dernier degré de la barbarie. Ajoutons que, quant à commettre un faux, les chrétiens l'eussent fait bien plus favorable à leur cause que n'est ce petit écrit, où plus d'un trait dut les blesser.

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toutes les affaires où j'ai des doutes. Qui, en effet, peut mieux que vous diriger mes hésitations ou instruire mon ignoranœ? Je n^ai jamais assisté à aucun procès contre les chrétiens; aussi ne sais-je ce qu'il faut punir ou rechercher, ni jusqu'à quel point il faut aller. Par exemple, je ne sais s'il faut distinguer les âges ou bien si, en pareille matière, il n'y a pas de différence à faire entre la plus tendre jeunesse et l'âge mûr, s'il faut pardonner au repentir ou si celui qui a été tout à fait chrétien ne doit bénéficier en rien d'avoir cessé de l'être, si «c'est le nom lui-même, abstraction faite de tout crime, ou les crimes inséparables du nom que Ton punit ^ En attendant, voici la règle que j^ai suivie envers ceux qui m'ont été déférés comme chrétiens. Je leur ai posé la question s'ils étaient chrétiens; ceux qui l'ont avoué, je les ai interrogés une seconde, une troisième fois, en les menaçant du supplice; ceux qui ont persisté, je les ai fait conduire à la mort ; un point, en effet, hors de doute pour moi, c'est que, quelle que fût la nature délictueuse ou non du fait avoué, cet entêtement, cette inflexible obstination méritaient d'être punis. Il y a eu quelques autres malheureux atteints de la même folie que, vu leur titre de citoyens romains, j'ai marqués pour être renvoyés à Rome. Puis, dans le courant de la procédure, le crime, comme il arrive d'ordinaire, prenant de grandes ramifications, plusieurs espèces se sont présentées. Un libelle anonyme a été déposé, contenant beaucoup de

1. Comp. Justin, ApoL I, 4, 7; ApoL II, init.; Àthénagore, Leg., 3; TertuUien, ApoL, 2, 3; ^rf nat., I, 3 {jiomen in causa esl).

478 ORIGIXES DU CHRISTIANISME. (An il

noms. Ceux qui ont nié qu'ils fussent ou qu'ils eu sent été dirétiens, j'ai cru devoir les faire relâcher, quan ils ont invoqué après moi les dieux, et qu'ils ont suppli par l'encens et le vin votre image, que j'avais pour cel fait apporter avec les statues des divinités, et qu'en out ils ont maudit Christus, toutes choses auxquelles, dit-on, ne peuvent être amenés par la force ceux qui sont vraiment chrétiens. D'autres, nommés par le dénonciateur, ont dit qu'ils étaient chrétiens, et bientôt ils ont nié qu'ils le fussent, avouant qu'ils l'avaient bien été, mais assurant qu'ils avaient cessé de l'être, les uns il y a trois ans, d'autres depuis plus longtemps encore, certains il y a plus de vingt ans.Tous ceux-là aussi ontvénéré votre image et les statues des dieux, et ont maudit Christus. Or ils affirmaient que toute leur faute ou toute leur erreur s'était bornée à se réunir habituellement à des jours fixés, avant le lever du soleil, pour chanter entre eux alternativement un hymne à Christus comme à un dieu, et pour s'engager par serment non à tel ou tel crime, mais à ne point commettre de vols, de brigandages, d'adultères, à ne pas manquer à la foi jurée, à ne pas nier un dépôt réclamé ; que, cela fait, ils avaient coutume de se retirer, puis de se réunir de nouveau pour prendre ensemble un repas, mais un repas ordinaire et parfaitement innocent M que cela même ils avaient cessé de le faire depuis l'édit par lequel, conformément à vos ordres, j'avais interdit les hétéries. Cela m'a fait regarder comme nécessaire de procéder à la recherche

4. Distinction claire de la réunion sacramentelle (prototype de la messe) et des agapes, non essentielles au culte.

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d^ia vérité par la torture sur deux servantes, de celle ^ii'oD appelle diaconesses ^ Je n*ai rien trouvé qu'une Superstition mauvaise, démesurée. Aussi, suspendant Tin- Struction, j'ai résolu de vous consulter. L'affaire m'a paru le mériter, surtout à cause du nombre de ceux qui sont €0 péril. Un grand nombre de personnes, en effet, de tout âge, de toute condition, des deux sexes, sont appelées en justice ou le seront; ce ne sont pas seulement les villes, ce sont les bourgs et les campagn es que la conta* gion de cette superstition a envahies. Je crois qu'on pourrait l'arrêter et y porter remède. Ainsi il est déjà constaté que les temples, qui étaient à peu près abandonnés, ont recommencé à être fréquentés, que les fêtes solennelles, qui avaient été longtemps interrompues, sont reprises, et qu*on expose en vente la viande des victimes, pour laquelle on ne trouvait que de très-rares acheteurs. D'où il est facile de concevoir quelle foule d'hommes pourrait être ramenée, si on laissait de la place au repentir.

Trajan répondit :

Tu as suivi la marche que tu devais, mon cher Secundus, dans l'examen des causes de ceux qui ont été déférés à ton tribunal comme chrétiens. En pareille matière, en effet, on ne peut établir une règle fixe pour tous les cas. 11 ne faut pas les rechercher; si on les dénonce et qu'ils soient convaincus, il faut les punir, de façon cependant

4 . Minisirœ, La plupart des collegia avaient de ces sortes de ministrœ.

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que celui qui nie être chrétien et qui prouve son dire par des actes, c'est-à-dire en adressant des supplications à nos dieux, obtienne le pardon comme récompense de son repentir, quels que soient les soupçons qui pèsent sur lui pour le passé. Quant aux dénonciations anonymes, dans quelque genre d'accusation que ce soit, il n'en faut tenir compte; car c'est là une chose d'un détestable exemple et qui n'est plus de notre temps ^.

Plus d'équivoque. Être chrétien, c'est être en contravention avec la loi, c'est mériter la mort. A partir de Trajan, le christianisme est un crime d'État. Seuls, quelques emperem^ tolérants du m* siècle consentiront à fermer les yeux et à souffrir qu'on soit chrétien *. Une bonne administration, selon les idées du plus bienveillant des empereurs % ne doit pas chercher à trouver trop de coupables; elle n'encourage pas la délation; mais elle

4. Cf. Tertullien, ApoLj 2; Eusèbe, H. E., lî\, 33; Chron., p. 462, 165, édit. Schœne. Méliton, dans Eus., H. E., IV, xxvi, 40; Sulp. Sév., Uisl. sacra, II, 34; les Actes de saint Ignace publiés par Dressel (Pair. aposL, p. 374), y font allusion. — La lettre de Tibérien (dans Malala et Suidas, au mot Tpaïavo;), n'est qu'un pendant apocryphe en grec de la lettre de Pline. Un écho de la lettre de Trajan se trouve dans Tédit prétendu de Trajan, contenu dans les Actes des saints Scberbil et Darsamia. Cureton, Ancienl syr, doc, p. 70, 486.

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