CHAPITRE YII
L'iYAlffilLI ORBC. MARC.
I^ christianisme des pays grecs' avait encore plus besoin que celui des pays syriens d'une rédaction écrite de la vie et de l'enseignement de Jésus. Il semble, au premier coup d'œil, qu'il eût été bien simple de traduire, pour satisfaire à ce besoin, l'Evangile hébreu qui, peu après la ruine de Jérusalem, avait pris une forme arrêtée. Mais la traduction pure et simple n'était pas précisément le fait de ces temps ; aucun texte n'avait assez d'autorité pour se faire préférer aux autres; il est douteux d'ailleurs que les petits livrets hébreux des nazaréens eussent passé la mer et fussent sortis de Syrie. Les hommes apostoliques qui étaient en rapport avec les églises d'Occident se fiaient à leur
1. Nous ne parions pas des pays latins. Le chrislianiFme, à l'heure où nous sommes, n'a touché que Rome en fait de terre lalioe, et les chrétiens de Rome parlaient grec.
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mémoire, et sans doute n'apportaient pas avec eux ces ouvrages qui eussent été inintelligibles pour leurs fidèles. Quand la nécessité d'un Évangile en grec se fit sentir, on le composa de toutes pièces. Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, le plan, le cadre, le livre presque entier étaient tracés d'avance. Il n'y avait au fond qu'une seule manière de raconter la vie de Jésus, et deux disciples l'écrivant séparément, l'un à Rome, l'autre à Kokaba, l'un en grec, . l'autre en syro-chaldaïque , devaient produire deux ouvrages ayant entre eux beaucoup d'analogies.
Les lignes générales, l'ordre du récit n'étaient plus à fixer. Ce qui était à créer, c'était le style grec, le choix des mots essentiels. L'homme qui fit celte œuvre importante, ce fut Jean-Marc, le disciple, l'interprète de Pierre ^ Marc, ce semble, avait vu, étant enfant, quelque chose des faits évangéliques ; on peut croire qu'il avait été à Gethsémani*. II connaissait personnellement ceux qui avaient joué un rôle dans le
4. Voir Vie de Jésus, 43* édit, et suiv., p. 406 ; ^5 Apôtres, p. Si8-249, 278-280; Saint Paul, p. 20, Zt; l'Antéchrist, p. 27, 73-74,98-99, 444-442, 424-422; indxiion àe Presbytères Jo^ annes, rapportée par Papias, dans Eus., H, E., III, xxxix, 45; Constil, aposl., II, 57. Marc n*eut pas assez d'importance pour qu*on ait cru relever un écrit en le lui attribuant.
2. G^est probablement le viavioxoç de Uarc, xiv, 54-52. Voir Vie de Jésus, p. 406.
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dmme des derniers jours de Jésus ^ Ayant accompagné Pierre à Rome S il y resta probablement après la mort de Tapôtre, et traversa cjians cette ville les crises terribles qui suivirent. Ce fut là que, selon toutes les apparences, il rédigea le petit écrit de quarante ou cinquante pages qui a été le premier noyau des
Evangiles grecs,
récrit, bien que composé après la mort de Pierre^ était en un sens l'œuvre de Pierre ' ; c'était la façon dont Pierre avait coutume de raconter la vie de Jésus. Pierre savait à peine le grec ; Marc lui servait de drogman ; des centaines de fois il avait été le canal par lequel avait passé cette histoire merveilleuse. Pierre ne suivait pas dans ses prédications un ordre bien rigoureux ; il citait les faits, les paraboles, selon que les besoins de l'enseignement l'exigeaient^.
1. Notez flortout ce qu'il dil de Simon de Cyrène, c père d'Alexandre et de Rufus » (xv, 24), sa connaissaoce particulière des saintes femmes, de Joseph d'Arimathie.
1 I Pétri, V, 44.
3. Papias, dans Eus., III, xxxix, 45; Irénée, III, i, 4 ; Clément d'Alex., dans Eus., H. E., Yl, 44; Eusèbe, ^. j^.^ II, 45; sain Jérôme, De viris ilL, 8 ; Ad Hedibiam, qusest. 44 ; Gloses finales des manuscrits [Scboitz et Matthaei, Evang. sec. Afarcum, p> 8J. Le passage de Justin, Dial», 406, donne lieu à beaucoup de doules.
4. Tradition de Presbyleroe Joannes, rapportée par Papias, dans Eus., H. £., III, xxxix, 45.
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Cette liberté de composition se retrouve dans le livre de Marc. La distribution logique des matières y fait défaut ; à quelques égards, Touvrage est très-incomplet, puisque des parties entières de la vie de Jésus y manquent ; on s*en plaignait déjà au ii* siècle ^ Au contraire, la netteté, la précision de détail, l'originalité, le pittoresque, la vie de ce premier récit ne furent pas dans la suite égalés. Une sorte de réalisme y rend le trait pesant et dur * ; l'idéalité du caractère de Jésus en souffre ; il y a des incohérences, des bizarreries inexplicables. Le premier et le troisième Evangile surpassent beaucoup celui de Marc pour la beauté des discours, l'heureux agencement des anecdotes ; une foule de détails blessants y ont disparu ; mais, comme document historique, l'Évangile de Marc a une grande supériorité'. La forte impression laissée pSiT Jésus s'y retrouve tout entière. On l'y voit réellement vivant, agissant.