‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 185 sur 373 · Épiph., haer. xxx · texte numérisé non relu

Épiph., haer. xxx

282 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 135J

« gogue * » . — « Pour avoir voulu, dit également saint Jérôme -, être à la fois juifs et chrétiens, ils réussirent à n'être ni juifs ni chrétiens. » Ainsi se passa dans le christianisme naissant ce qui est arrivé dans presque tous les mouvements religieux. Les créateurs des mouvements de ce genre sont d'ordinaire absorbés et supprimés par ceux qui leur succèdent. Le premier siècle de l'hégire vit l'extermination des compagnons, des parents, des amis de Mahomet, de ceux en un mot qui prétendaient confisquer à leur profit la révolution dont ils étaient les auteurs. Dans le mouvement franciscain, les vrais disciples de François d'Assise se trouvèrent, au bout d'une génération, des hérétiques dangereux, poursuivis par l'orthodoxie et livrés par centaines au bûcher.

C'est que l'idée, dans ces premiers jours d'une activité créatrice , procède à pas de géant ; l'initiateur devient vite un rétrograde, un hérétique dans sa propre secte, un obstacle à son idée, qui veut marcher malgré lui, et qui souvent alors l'injurie, le tue. Il ne se meut plus, et tout se meut autour de lui. Les ébionim^ pour qui avait été faite

\, Prov., V, i4, tourné en plaisanterie. 2. Epist. ad August., 89 (74), IV, 2« part., col. 623, Mart. ; 97 (76), ibid. col. 634.

[AnlSq L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 28^

la première béatitude (Heureux les ébionim i) sont maintenant pour l'Eglise un scandale ; leur pure doctrine passe pour blasphème. Certes, les plaisanteries d'Origène S les injures d'Epiphane * contre les vrais fondateurs du christianisme ont quelque chose de choquant. D'un autre côté, il est bien sûr que les ébionim de Kokaba n'eussent pas transformé le monde. Si le christianisme fût resté une secte juive, il se fût fait un petit Talmud, n'eût jamais abandonné la Thora. Les parents de Jésus fussent devenus avec le temps une aristocratie religieuse intolérable et funeste à l'œuvre de Jésus. Comme presque tous les descendants des grands hommes, ils se fussent prétendus héritiers de son génie ou de sa sainteté ; ils eussent traité avec dédain ceux que Jésus aurait tenus à bien meilleur titre pour sa famille spirituelle. Comme les héritiers de tel écrivain célèbre, ils eussent voulu garder pour eux ce qui avait été pensé et senti pour tous. L'humble Jésus fût devenu ainsi un principe de vanité au profit de quelques sots ; les desposyni eussent été persuadés que c'était pour leur valoir des titres religieux et des honneurs de synagogue que leur arrière-grand-oncle avait prêché et avait

\ . De princ.jlY, 22 ; In Matth.j t. XVI, i i . Cf. saint Jérôme, In l8., I, 42.

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