‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 213 sur 373 · Épiph., XXX, io · texte numérisé non relu

Épiph., XXX, io

3. II ne faut tirer de là aucune conséquence pour la date de ces livres. Même après Adrien, et quand l'Église judéoKîhrétienne de Jérusalem n'exista plus, on put présenter un tel tableau comme un idéal qui avait été réalisé dans l'âge apostolique.

4. Voir surtout Épîlre de Pierre à Jacques, en tète des Homélies pseudo-clém., ch. 2. Cf. Recogn.j I, 70, 71, 73; IV, 35; Homél. XI, 35. On montrera, au livre Vil de cet ouvrage, que le

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les esséens et les elkasaïtes d'Orient, ceux de Rome tenaient à posséder une littérature secrète, réservée aux initiés. On employait les fraudes les plus grossières pour donner à ces produits tardifs de l'inspiration chrétienne une autorité qu'ils ne méritaient pas. La rédaction la plus ancienne des Cérygmes de Pierre s'est perdue. Nous ne possédons que deux pièces, qui formaient en quelque sorte l'introduction de l'ouvrage \ La première est une lettre par laquelle Pierre adresse à Jacques, « maître et évêque de la sainte Eglise » , le livre de ses Cérygmes^ et le prie de ne le communiquer à aucun païen, ni même à aucun juif sans épreuve préalable. Il faut, dit Pierre, imiter l'admirable politique des juifs, qui, malgré les diversités d'interprétation auxquelles donne lieu l'Ecriture, ont su garder l'unité de la foi et de l'espérance. Le livre des Cérygmes, mis indiscrètement en circulation, engendrerait des schismes. Pierre ajoute :

Ce n'est pas comme prophète que je sais cela, mais parce que je vois déjà le commencement du mal. Quelques- Homélies et les Recognitiones sont un remaniement des Cérygmes et des Penodi pri m i ti fs.

4. Ces deux pièces ont été conservées en tête du roman des Reconnaissances j écrit postérieurement (voir notre livre VII). Photius (cod. cxii-cxiii) a déjà bien vu qu'elles ne font pas patrie de l'écrit pseudo-clémentin.

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uns, en effet, de ceux qui sont d'origine païenne ont repoussé ma prédication, conforme à la Loi, et se sont attachés à l'enseignement, contraire à la Loi et fnvole, de l'Homme ennemi ^ De mon vivant, des gens ont osé essayer, par diverses interprétations, de fausser mes paroles dans le sens de la destruction de la Loi. A les entendre, ce serait là ma pensée, mais je n'aurais pas la franchise de le déclarer 2. A Dieu ne plaiise! ce serait blasphémer la loi de Dieu proclamée par Moïse, et dont Notre-Seigneur a attesté la durée éternelle en disant: cLe ciel et la terre passeront; mais pas un iota, pas un trait de la Loi ne passera. » Voilà la vérité; mais il y a des gens qui se croient autorisés, je ne sais comment, à exposer ma pensée, et qui prétendent interpréter les discours qu'ils ont entendus de moi plus pertinemment que moi-même. Ils s'en vont présentant à leurs catéchumènes comme mon opinion vraie des choses auxquelles je n'ai jamais songé. Si de mon vivant de tels mensonges se produisent, que n'osera-t-on pas faire après ma mort?

Jacques décide, en effet, qu'on ne communiquera le livre des Cérygmes qu'aux hommes murs et circoncis, aspirant au titre de docteur, qui auront été éprouvés au moins six ans. L'initiation se fera peu à peu, pour que, si les résultats d'une première expérience sont mauvais, on puisse s'arrêter.

1 • Tiv£? "jàp Twv âirb eôvûv to S'i'ép^oD vop.i|ACv àir&^oxîp.aoav xiipu^piia, Tou «x^poO àvôpwTTou àvo|Acî» Ttva xal çXuapcù^Yj 'TrpcariXapt.Evoi ^i^ocoxaXiav. Epist. Pétri ad Jac, 2.

2. Allusion à l'affaire d'Antioche. Voir Saint Paul, p. 295 et suiv.

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la communication doit se faire avec mystère, à l'endroit même où se confère le baptême, et avec les formules des promesses baptismales, selon le rit ossène ou elkasaïte. L'initié devra s'engager à être soumis à celui qui lui transmet les Cérygmes^ à ne les transmettre à personne, à ne les copier, ni laisser copier. S'il arrive qu'un jour les livres qu'on lui donnera comme Cérygmes ne lui paraissent plus vrais, il les rendra à celui qui les lui aura donnés. Lorsqu'il partira pour des voyages, il les remettra <( à son évêque, professant la même foi que lui, et partant des mêmes principes * » . En danger de mort, îl fera de même, si ses fils ne sont pas encore capables de l'initiation ; quand ils en seront devenus dignes, l'évêque leur rendra les livres comme un dépôt paternel. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que le sectaire doit prévoir le cas où îl changerait lui-même de religion et passerait au culte de quelque dieu inconnu. En ce cas, il faut qu'il jure ^ par son dieu éventuel et s'enlève même l'échappatoire de dire ensuite, pour établir la nullité de son serment, que ce

1. Tu» èmm^oitta ptou tô nnv autinv exçvti irianv xai àiïb t5>v a^rûv

6p|Acd[jiév(d. Contestatio Jacobi, 3.

2. Ibidem,, 4. Cômp. i, 2. Le chrétien ossène ne jure pas; il prend seulement la création à témoin; mais, sMl passait au culte d'un autre dieu, il pourrait jurer. Comparez les réserves qu'on faisait pour les dieux inconnus. Saint Paul, 473 et suiv.

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dieu n'existait pas. u Si je manque à mes engagements, doit ajouter le néophyte, que l'univers me soit ennemi, ainsi que l'éther, qui pénètre tout, et le dieu qui est au-dessus de tout, le meilleur, le plus grand des êtres. Et si je viens à connaître quelque autre dieu, je jure aussi, par ce dieu, que je tiendrai les engagements que je viens de prendre, soit que le dieu existe, soit qu'il n'existe pas. » En signe de société secrète, l'initiateur et l'initié prenaient ensuite le pain et le sel.

Ces bizarreries de sectaires peu éclairés fussent restées sans conséquence ailleurs qu'à Rome ; mais tout ce qui se rapportait à Pierre prenait dans la Capitale du monde des proportions considérables. Malgré ses hérésies, le livre des Cérygmes avait pour les orthodoxes un grand intérêt. La primauté de Pierre y était proclamée. Saint Paul y était injurié ; mais quelques retouches pouvaient atténuer ce que de pareilles attaques avaient de choquant. Aussi plusieurs essais furent-ils faits pour diminuer les singularités du livre nouveau et l'adapter aux besoins des catholiques. Ces façons de remanier les livres dans le sens de la secte dont on faisait partie étaient à l'ordre du jour *. Peu à peu la force des choses

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