‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 217 sur 373 · Irénée, dans Eus., //. £., V, xxiv · texte numérisé non relu

Irénée, dans Eus., //. £., V, xxiv

jpf, 0lSlCiI5ES DC CHBISTIAMSME. [An I4d]

La fusion qui s'opérait entre les groopes s'opérait entre leurs écrits. On faisait l'échange des livres d'un bord à Fautre. Les écrits passaient de l*écoIe judéo-chrétienne à l'école de Paul avec de légères modifications. Ce Cérygme de Pierre, si blessant dans sa première forme pour les disciples de Paul, de\int le Cérygme de Pierre et Paul^. Pierre et Paul furent censés avoir voyagé de compagnie, navigué de conserve, prêché partout l'Evangile en parfaite concorde. L'Église de Corinthe, notamment, prétendit avoir été fondée k la fois par Pierre et par Paul*. Un assez gros embarras était ce personnage de Simon le Magicien, qui, dans les premières rédactions ébionites du Cérygme et des Périodes de Pierre^ était Paul luimôme, désigné par un sobriquet injurieux. On conserva le nom de Simon dans le Cérygme de Pierre et Paul^ en le ramenant à son sens propre. Comme le symbolisme du pamphlet ébionite n'était pas évident, Simon fut désormais le commun adversaire que Pierre

1. Lo livre 03t pordu, M. Hilgenfeld {IVov. tesl. extra Can, rvc, IV, p. 52 et suiv.) a recueilli les mentions qui en sont faites par (^liénient d'Alexandrie, Origène, l'auteur du Sermon sur la rt^ilération du baptôme, Lactance, Grégoire de Nazianze, Jean Damaï-wno, OKcumonius, Iléracléon, Apollonius, l'auteur de l'épltrc à Diognôto, Donys de Corinthe s'en servent déjà. C'est probablement de ce Cérygme que parlent Eusèbe, \^. E.^ UI, ui, 2, et saint Jérôme, De viris ill., 1 .

i. Denys do Corinthe, dans Eus., //. E,j If, xxv, 8.

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et Paul avaient poursuivi ensemble, en se donnant la main.

La condition fondamentale du succès du christianisme est maintenant posée. Ni Pierre ni Paul ne pouvaient réussir séparément. Pierre était la conservation, Paul la révolution : les deux étaient nécessaires. On raconte en Bretagne que, quand saint Pierre et saint Paul vinrent prêcher le christianisme en Armorique, ils arrivèrent devant un bras de mer étroit et profond. Quoiqu'ils fussent d'accord sur les points essentiels, ils résolurent de s'établir l'un d'un côté, l'autre de l'autre, pour enseigner l'Évangile chacun à sa guise ; car il semble que, malgré leur intime confraternité, ils ne pouvaient bien vivre ensemble. Tous deux, selon l'habitude des saints de Bretagne, se mirent à bâtir leur chapelle. Ils avaient les matériaux de part et d'autre ; mais ils n'avaient qu'un marteau, si bien que, chaque soir, le saint qui avait travaillé dans la journée lançait le marteau à son compagnon pardessus le bras de mer . Grâce au travail alternatif, résultant de cet arrangement, l'œuvre marcha bien et les deux chapelles qui se voient encore furent bâties.

C'était surtout la mort des deux apôtres qui préoccupait les partis et donnait lieu aux combinaisons les plus diverses. Le tissu de la légende se formait à cet égard par un travail instinctif, presque

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aussi impérieux que celui qui avait présidé à la confection de la légende de Jésus. La fin de la vie de Pierre et Paul était commandée a priori. On soutint que le Christ avait annoncé le martyre de Pierre, comme il avait prédit la mort des fils de Zébédée *. On éprouvait le besoin d'associer dans la mort les deux personnages qu'on avait réconciliés de force. On voulut, et peut-être en cela n'était-on pas loin du vrai, qu'ils fussent morts ensemble, ou du moins par suite du même événement. Les lieux qu'on crut avoir été sanctifiés par ce drame sanglant furent fixés de bonne heure et consacrés par des memoriœ*. En pareil cas, ce que le peuple veut finit toujours par l'emporter. Il n'y a pas de lieu populaire en Italie oii ne se voient côte à côte les portraits de Victor- Emmanuel et de Pie IX, et la croyance générale veut que ces deux hommes, représentant des principes dont la réconciliation est, selon le sentiment le plus général, nécessaire à l'Italie, aient été au fond très-bien ensemble. Si, de notre temps, de pareilles vues s'imposaient à l'histoire, on lirait un jour, dans des documents réputés sérieux, que Victor-Emmanuel, Pie IX ( on y joindrait probablement Garibaldi) se voyaient

1. Jean, xii, 32-33; xiii, 36; xxi, 18-19; Comp. Matth., XX, 22-23; Marc, x, 38-39.

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secrètement, s'entendaient, s'aimaient. L'association (( Voltaire et Rousseau » s'est faite par des nécessités analogues. Le moyen âge, à diverses reprises, chercha également, pour apaiser les haines des dominicains et des franciscains, à prouver que les fondateurs de ces deux ordres avaient été deux frères, vivant entre eux dans les rapports les plus affectueux, que leurs règles n'en firent d'abord qu'une, que saint Dominique se ceignit de la corde de saint François, elc^

Le Cérygme de Pierre et de Paul eut d'autant plus d'importance qu'il comblait les fâcheuses lacunes que présentaient les Actes des apôtres. Dans ce dernier livre, la prédication de Pierre était fort écourtée et les circonstances de la mort des apôtres étaient passées sous silence ^ Le succès était assuré h un livre qui montrait Pierre et Paul allant partout de compagnie pour convertir les gentils, venant à Rome, y prêchant et y trouvant tous les deux la couronne du martyre. La doctrine qu'ils enseignaient, à en croire ce livre, était également éloignée du judaïsme et de l'hellénisme \ Les juifs étaient traités par eux comme

4. Dante, Parada, xi, 28 et suiv. ; Wadding, Ann., I, 253-290 et suiv.; IH, p. 380 et suiv.; Acla SS. Maii, II, 827 et suiv.; Aug,, I, 442, 484 et suiv., 560, 576; Oct., II, 865 et suiv., 876 et suiv.

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