‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 229 sur 373 · Tert., Prœscr · texte numérisé non relu

Tert., Prœscr

2. De Wette, Lehrbuch in N. T., § 34 h; Bleek, EinL in N. T., § 64.

302 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 147]

C'était la troisième tentative qui se produisait pour faire de la vie de Jésus la vie d'un être abstrait, au lieu d'une réalité galiléenne. Fruits de diverses tendances, toutes également nécessaires, — du besoin d'idéaliser une vie qui devenait celle d'un dieu, — du désir de nier que ce dieu eût eu sur la terre une famille, une race, un pays, — de l'impossibilité où était le chrétien grec d'admettre que le christianisme eût rien de commun avec le judaïsme, qu'il méprisait, ces trois tentatives eurent des succès fort divers. L'auteur des écrits pseudo-johanniques y procéda d'une façon inconséquente, incohérente, mais qui avait l'avantage de laisser subsister, à côté de la théologie du Logos, une biographie de Jésus d'un caractère historique. Sa tentative fut la seule qui réussit; car, tout en tenant le judaïsme moderne pour un ennemi et en s'imaginanl que la vérité est descendue du ciel tout entière avec le Logos y il admet que le vrai Israël a eu sa mission, et que le monde, loin d'être l'œuvre d'un démiurge hostile à Dieu, a été créé par le Logos. Les gnostiques noyèrent l'Evangile dans la métaphysique, éliminèrent tout élément juif, mécontentèrent jusqu'aux déistes, et par là se coupèrent tout avenir. Marcion fut plus sobre de spéculation ; mais le christianisme était déjà trop formé, ses textes étaient trop arrêtés, ses Évangiles trop comptés,

[An 147] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 363

pour que Topinion catholique pût être ébranlée. Marcion ne fut donc qu'un simple chef de secte. Sa secte, il est vrai, fut de beaucoup la plus nombreuse avant celle d'Ârius. La rage avec laquelle Torthodoxie le poursuivît est la meilleure preuve de Timpression profonde qu'il fit sur l'esprit de ses contemporains.

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