LES ABUS ET LA PENITENCE. — PROPHETIES NOUVELLES
L'Église était déjà comme fut le pieux Israël au temps où il bâtissait son nouveau temple; d'une main, elle combattait; de l'autre, elle édifiait. Les préoccupations philosophiques étaient le fait d'un très petit nombre. La grande œuvre chrétienne était morale et
populaire. L'Eglise de Rome, en particulier, se montrait de plus en plus indifférente à ces spéculations creuses, où se complaisaient des esprits pleins de l'activité intellectuelle des Grecs, mais gâtés par les rêveries de l'Orient. L'organisation disciplinaire était à Rome le travail principal ; cette ville extraordinaire y appliquait son génie tout pratique et sa forte énergie morale *.
La pénitence avait toujours été une institution fondamentale du christianisme ^ L'élu de la future cité
4. Ignace, Ad Rom., 3 (èMot^aTe.... (xaOyiTeûcvre; èvTsXXeode),
prouve des constitutions romaines pour les temps de persécution. 2. Voir Conslit, Apost,, II, ch. xii, et suiv. ; xxxviii et suiv.
[An 1511 L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 391
de Dieu devait être d'une pureté absolue. Eviter les fautes était impossible; il fallait donc qu'il y eût des moyens de rentrer dans la grâce perdue. De bonne heure, l'Eglise s'érigea en tribunal et transfowna le repentir en pénitence publique, imposée par l'autorité et acceptée par le délinquant. Une foule de ques-
tions, qui troubleront l'Eglise pendant un siècle et demi, se posèrent dès lors. Pouvait-on, après être tombé plusieurs fois, venir encore à résipiscence? Ces moyens de réconciliation s'appliquaient-ils à tous les crimes? L'hypothèse du meurtre ne se posait guère ; les mœurs douces et timides de la secte écartaient jusqu'à l'hypothèse d'un chrétien assassin ; mais l'adultère dans une petite congrégation de frères et de sœurs S vivant presque toujours ensemble, était assez commun. L'apostasie enfin, vu l'âpreté des persécutions, n'était point rare. Les uns, pour éviter le supplice, allaient jusqu'à maudire le Christ ; quelques-uns même se faisaient les dénonciateurs de leurs frères ; d'autres se contentaient d'un simple reniement : « Je ne suis pas chrétien. » Ils rougis-saient du Christ, sans précisément le blasphémer \ C'était cette dernière catégorie de personnes qui
4. Minucius Félix, § 9. Cf. ci-dessus, p. 374. 2. Hermas, Sim. viii, 6. Cf. Lettre de Pline [les Évangiles, p. 478); Jac, ii, 7.
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causait les plus grands embarras. L'Église était une source de telles douceurs, que, le lendemain de leur chute, les apostats, les dénonciateurs de leurs frères, éprouvaient de cruels remords. Ils eussent vpulu rentrer dans l'assemblée qu'ils avaient trahie. La situation de ces malheureux était navrante *. Désespérant de leur salut, ils étaient en proie à d'affreuses terreurs. On les voyait rôder, l'air sombre, autour de réglîse, où ils avaient goûté tant de joies intérieures. Nul rapport entre eux et les fidèles. Avec une s^^vérité que Jésus n'eût pas approuvée, mais que la gravité des circonstances excusait -, on les traitait de galeux % on les nommait, par une plaisanterie cruelle, « les sauvages, les solitaires » ^. Plusieurs allaient voir les confesseurs en prison, et trouvaient une sorte de joie austère dans les dures paroles que ceux-ci leur adressaient \ La plupart des fidèles les considéraient comme totalement morts à l'Église et n'admettaient pas qu'il pût y avoir de pénitence pour eux. Quel-
1. Lettre des Égl. de Lyon et de Vienne, dans Eus., H. E,, V, I, 33 et suiv.