‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 3 sur 373 · H PRÉFACE · texte numérisé non relu

H PRÉFACE

montanîsme est un phénomène de l'an 170 à peu près*; or le montanîsme est un des événements les plus notables du christianisme naissant. Après plus d'un siècle écoulé depuis les étranges hallucinations du cénacle des apôtres de Jérusalem, on vit renaître tout à coup, dans quelques cantons perdus de la Phrygîe, la prophétie, la glossolalie, les charismes que l'auteur des Actes des Apôtres raconte avec tant d'admiration. Mais il était trop tard : la religion, sous Marc-Aurèle, après les manifestations désordonnées du gnosticisme, avait bien plus besoin de discipline que de dons miraculeux. La résistance que l'orthodoxie, représentée par l'épiscopat, sut opposer aux prophètes de Phrygie fut l'acte décisif de la constitution dé l'Eglise. On admit que, au-dessus de l'inspiration individuelle, il y avait le jugement moyen de la conscience universelle. Cette opinion moyenne, qui triomphera dans tout le cours de l'histoire de l'Église et qui, représentant un bon sens relatif, fit la force de cette grande institution, est déjà parfaitement caractérisée sous Marc-Aurèle. Le tableau des premières luttes que se livrèrent ainsi la liberté indivi-

\ • J'ai toujours eu Tinlention de traiter de Thîstoire du montanisme; mais je rapportais l'apparition de ce mouvement sectaire au règne d' Antonio. C'est là une chronologie que mes dernières recherches m'ont fait abandonner.

PRÉFACE. ni

duelle et l'autorité ecclésiastique m'a semblé une partie nécessaire de l'histoire que je voulais tracer du christianisme naissant.

Une autre raison, d'ailleurs, m'a décidé à traiter avec détails du règne de Marc-Aurèle dans ses rapports avec la communauté chrétienne. Il y a quelque chose de partial et d'injuste à se figurer la tentative du christianisme comme un fait isolé, comme un effort unique et en quelque sorte miraculeux de réformation religieuse et sociale. L'œuvre que le christianisme a su accomplir, bien d'autres la tentèrent. Timidement encore, au i" siècle, ouvertement et avec éclat au ii% tous les honnêtes gens du monde antique aspiraient à un adoucissement des mœurs et des lois. La piété était le besoin universel du temps. A ne considérer que la haute culture intellectuelle, le siècle était en baisse; il n'y avait plus d'esprits aussi dégagés que César, Lucrèce, Cicéron, Sénèque; mais un immense travail d'amélioration morale se poursuivait de toutes parts : la philosophie, l'hellénisme, les cultes orientaux, l'honnêteté romaine, y contribuaient également. Parce que le christianisme a triomphé, ce n'est pas une raison pour se montrer injuste envers ces nobles tentatives, parallèles à la sienne, et qui n'échouèrent que parce qu'elles étaient ^^^ aristo cratiques, trop dénuées de ce caractèr le.qu

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