‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 307 sur 373 · Mort. Polyc.j · texte numérisé non relu

Mort. Polyc.j

2. Les preuves à cet égard sont : l^'que la lettre des Églises de Lyon et d« Vienne, sur les martyres de MU (Eus., H. E,, \, i), est écrite en grec et adressée aux Églises d'Asie et de Phrygie ; il en fut de même des épi 1res des confesseurs relatives au montânisme {ibid., V, m, 4); 2« que la lettre desdit^s Églises au pape Éle^itbèrô {ibid., V, met iv) est également en grec; 'i* que plusieurs des confesseurs de Lyon sont asiates; 4° qu'Irénée fut prêtre, puis évéque de TÉglise de Lyon, après la mort de Pothin (Eus., H, E,, V, iv). Quant à Tassertion de Grégoire de Tours (I^ 27) sur une mission donnée par Polycarpe à Irénée, c'est une hypothèse gratuite.

468 ORIGINES DU GHHISTlAxMSME. [An 156]

élan vigoureux TÉvangile en des contrées lointaines, où le nom de Jésus n'avait pas encore pénétré. Un vieillard de soixante et dix ans, Pothin S peut-être Smyrniote et disciple de Polycarpe, était, ce semble, le chef du départ.

Depuis longtemps, un courant de communications réciproques était établi entre les ports d'Asie Mineure et les rivages méditerranéens de la Gaule. Les vieux sillages des Phocéens n'étaient pas tout à fait effacés. Ces populations d'Asie et de Syrie, trèsportées à l'émigration vers l'Occident, aimaient à remonter le Rhône et la Saône, ayant avec elles un bazar portatif de marchandises diverses *, ou bien s*arrêtant sur les rives de ces grands fleuves, aux endroits où s'offrait à elles l'espérance de vivre ^ Vienne et Lyon, les deux principales villes de la contrée, étaient en quelque sorte le point de mire de ces émigrants, qui apportaient en Gaule des

1. Lettre des Églises de Lyon et de Vienne, dans Eus., H. E., V, I, 29. Pothin avait plus de quatre-vingt-dix ans en 417. D est donc vraisemblable qu'il partit d'Asie déjà très-âgé.

2. Inscription bilingue de Gêna y, près Trévoux, dans les Mém, de la Soc. des antiq. de France^ t. XXVIII, p. 1 et suiv.; inscription do la fille du maître de poste Moxip.oç (nom arabesyrien), à Vienne, Le Blant, Inscr. chrét. de la Gatde, n® 423. Cf. n°» 445, 521.

3. Le Blant, n°' 521, 613. Un riche Trallien à Vienne : Corpus inscr. grœc, n° 6783. Voir les Apôtres, p. 300.

[An 156] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 469

qualités de marchands, de domestiques, d'ouvriers, et même de médecins, que les paysans allobroges et ségusiaves n'avaient sans doute pas au même degré. La population laborieuse ou industrielle des grandes villes des bords du Rhône était pour une forte partie composée de ces Orientaux, plus doux, plus intelligents, moins superstitieux que la population indigène, susceptibles, par leurs manières insinuantes et aimables, d'exercer sur celle-ci une profonde influence. L'empire romain avait fait tomber les barrières d'esprit national qui empêchaient le contact des différents peuples. Des propagandes que les anciennes institutions gauloises, par exemple, eussent arrêtées dès le premier pas étaient devenues pos^bles. Rome persécutait, mais n'employait pas de moyens préventifs, si bien que, loin de nuire au développement d'une opinion aspirant à devenir universelle, elle y servait. Ces Syriens, ces Asiates arrivaient dans l'Occident ne sachant que le grec. Ils n'abandonnaient pas cette langue entre eux; ils s'en servaient dans leurs écrits et dans toutes leurs relations; mais ils apprenaient vite le latin et même le celtique*. Le. grec, d'ailleurs, qui continuait à être

«XiioTov àoxcXcu{i.cvii>v. Irénée, I, proœm., 3.

474). ORIGIPIES DU CHRISTIANISME. [ÂitiSG]

parlé dai)s la région du bas EUi^iiieS était a^ez répandu à. Vienne et à Lycm*.

Sortis d'une région bien limilée, l'Asie et la Phrygie,, tous presque compatriotes, nourris des mèmnes livres et des mêmes enseignements, les chrétiens de Lyon et de Vienne offraient une rare unité. Leurs rapports avec les Églises d'Asie et de Phrygie étaient fréquents; dans les circonstances graves, c'était à ces Églises qu'ils écrivaient '« Ils étaient piétistes ardents, comme en général les Phrygiens ; mais ils n'avaient pas la nuance sectaire qui allait bientôt faire des montanistes; un danger, presque un fléau dans l'Église. Potbin, reconnu tout d'abord

4. Varron, cité par saint Jérâme, In Gai., lib. lI,proœqi.; Strabon, IV, I, 5; Panégyr. de Constantin le jeune» prononcé eu grec, à Arles, en 340, HisL lUt. de la Fr., I, 2« partie, p. 402-104; Vie de saint Césaire, I, 11, dans MabiJlon, Acta 5S. Ord. 5. Bened., I, p. 662; Corpus inscr. qrœcj, n°' 67^4 et tuiv., QOtaïaiBeat 6785^ 6786; Allmer, Hevue épigraph, (Lyon, 1878), p. 1-2, 49- 50, 108; La Saussaye, Numism. de la Gaule narh,, p. 163; Le Blanè, Inscr., n*»» 521, 547.

2. Inscriptions grecques, Corpus inscr, grœe, 8°» 6781 et suiv., 6792 et suiv,; nombreuse noms grecs dans les inscriptions latines ; J. G. Bulliot, Essai hist, sy.r l'abb. de Sainl-Martin, I, p. 47, 48, 50 (AtttuQ, 1849); Le Blant, hiscr. chréi.y rO' 46^ 415. 423; Egger, C Hellénisme en France, I, p. 32, 33. La célèbre inscription chrétienne d'Autun se rapporte au môme ensemble de faits. Comp. Le Blant, Manuel d'épigr.. chnéLj p, 93-94*

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