Justin, ApoL II, 1. Comparez ci-dessus, p
fAn 1591 L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 48i
réunions chrétiennes, la mutuelle affection qui régnait dans l'Eglise, donnèrent naissance aux imaginations les plus folles \ On crut à une société secrète, à des secrets connus des seuls adeptes, à une honteuse promiscuité, à des amours contre nature. Les uns parlaient de l'adoration d'un Dieu à tête d'âne, les autres d'ignobles hommages rendus au prêtre. Un récit qui avait généralement cours était celui-ci : « On présente à celui qu'on initie un enfant couvert de pâte, pour enhardir peu à peu sa main au meurtre. Le novice frappe, le sang coule, tous boivent avidement, se partagent les membres palpitants, cimentent ainsi leur alliance par la complicité et s'engagent à un silence absolu. Puis on s'enivre, les flambeaux se renversent, et, dans les ténèbres, tous se livrent à de hideux embrassements * » . Rome était une ville trèscancanière; une foule de nouvellistes et de bavards étaient à l' affût des nouvelles bizarres. Ces contes ineptes se répétaient, passaient pour être de notoriété publique, se traduisaient en outrages et en caricatures \ Ce qu'il y eut de grave, c'est que, dans les
1 . « Latebrosa et lucifuga natio, in publicum muta, in angulis garrula. » Min. Fel., 8. V. ci-dessus, p. 307, 373 et suiv.
2. Justin, ApoL II, 42, 14; Athénagore, 4; Min. Félix, 9, 28, )1. Comp. Lettre des Églises de Lyon et de Vienne, 44.
procès auxquels ces accusations donnèrent lieu, on mit à la question quelques esclaves des maisons chrétiennes, des femmes, des jeunes garçons, qui, vaincus par les tourments, dirent tout ce que l'on voulut et prêtèrent un fondement juridique à des inventions odieuses*.
Les calomnies, du reste, étaient réciproques, et les chrétiens rétorquaient contre leurs adversaires les mensonges inventés contre eux. Ces repas sanglants, ces orgies, c'étaient les païens qui les pratiquaient. Leurs dieux ne leur avaient-ils pas donné l'exemple de tous les vices? Dans quelques-uns des rites les plus solennels du culte romain, dans les sacrifices à Jupiter Latiaris, ne faisait-on pas des aspersions de sang humain ^ ? Le fait était inexact ; il n'en devint pas moins une des bases de l'apologétique chrétienne \ L'immoralité des dieux du vieil Olympe offrait aux controversistes un facile triomphe \ Quand Jupiter n'était que le ciel bleu,' il était immoral