Justin, ApoL Il
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comme la nature, et cette immoralité était sans conséquence. Mais maintenant la morale était devenue l'essence de la religion; on demandait aux dieux des leçons d'honnêteté bourgeoise; des exemples comme ceux dont la mythologie était pleine paraissaient des scandales et des objections irréfutables.
C'étaient surtout les discussions publiques entre les philosophes et les apologistes qui aigrissaient les esprits et amenaient les plus graves inconvénients. On s'y insultait, et malheureusement la partie n'était pas égale. Les philosophes avaient une sorte de position officielle et de fonction d'Etat ; ils touchaient un traitement pour faire profession d'une sagesse qu'ils ne prêchaient pas toujours par leurs exemples ^ Ils ne couraient aucun risque, et ils avaient le tort de faire sentir à leurs adversaires que d'un mot ils pouvaient les perdre. Les chrétiens, de leur côté, raillaient les philosophes sur le traitement qu'ils touchaient. C'étaient des plaisanteries fades, analogues à celles qu'on a vues se produire de nos jours contre les philosophes salariés. « Ne pourraient-ils pas, se disait-on, porter leur barbe gratis * ». On affectait de croire qu'ails roulaierit sur l'or, on les traitait d'avares, de parasites ; on opposait leurs doctrines sur la
4. Tatien, Adv. Gi\, 19; Dig., XXYII, i, 8; Capit., Anl., 11. %. Gomp. Lucien, Eunuch., 8, 9.
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nécessité de savoir se passer de tout à leur genre de vie, qui paraissait de l'opulence à des gens encore plus pauvres qu'eux *.
L'ardent Justin était à la tête de ces bruyantes batailles, où nous le voyons secondé vers la fin de sa vie par un disciple encore plus violent que lui, l'Assyrien Tatianus, âme sombre, pleine de haine contre Thellénisme. Né païen, il fit des études littéraires assez étendues, et tint école publique de philosophie, non sans y obtenir une certaine réputation*. Doué d'une imagination maladive, Tatien voulait avoir des idées claires sur des choses que la destinée de l'homme lui interdit de savoir. Il parcourut, comme son maître Justin, le cercle des religions et des philosophies existantes, fit des voyages, voulut être initié à tous les prétendus secrets religieux, écouta les diverses écoles. L'heljénisme le blessa par son apparente légèreté morale. Dénué de tout sentiment littéraire, il était incapable d'en comprendre la divine beauté. Les Écritures des Hébreux eurent seules le privilège de le satisfaire. Elles lui plurent par leur sévère moralité, leur ton simple, assuré, par leur caractère monothéiste et par la façon péremptoire dont elles écartent, au moyen du dogme de la création, les curiosités in-