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le traitement qu'ils touchaient. On peut être pensionné, sans être pour cela un homme avare et intéressé. Un fait qui se passa vers le même temps à Rome montra combien il est dangereux d'opposer la persécution au fanatisme, même quand le fanatisme est agressif et taquin *.
Il y avait à Rome un très-mauvais ménage, où le mari et la femme semblaient rivaliser d'infamie. La femme fut convertie au christianisme par un certain Ptolémée, abandonna ses désordres, fit tous ses efforts pour convertir son mari, et, n'y réussissant pas, songea au divorce. Elle craignait d'être complice des impiétés de celui à qui elle demeurait unie par la société d'une même table et d'un même lit. Malgré les conseils de sa famille, elle lui envoya les significations voulues par la loi, et quitta la maison conju-
4. Justin, Apol, IL L'authenticité de cet ouvrage a été mise en doute pour des raisons insuffisantes. On a généralement admis, sur l'autorité d'Eusèbe, que la seconde apologie fut écrite sous Ûlarc-Aurèle. Mais les §§ 2 et 15 se rapportent mieux à Antonin (cf. Apol. /^ 4). Lollius Urbicus devint préfet de Rome vers 155 et garda cette fonction jusqu'en 160. Il ne l'occupait plus à Tavénement de Marc-Aurèle et de Lucius Verus (Noël Desvergers, Essai sur Marc-Aurèle, p. 54, et dans Aube, saint Justin, p. 30- 33, 68 et suiv.; Cavedoni,Cew7ii^ Modène, 1855 et 1858, Sentenza diffinitiva, ibid., 1856; Borghesi, Œuvres, VIII, p. 585 et suiv. (cf. 503 et suiv.) Les deux lirî OùpÇocou du § 1 portent à croire que Urbicus n'était plus préfet de Rome quand Justin écrivit.
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gale. Le mari protesta, intenta une action, alléguant que sa femme était chrétienne. La femme obtînt des délais. Le mari irrité tourna, comme il était naturel, toute sa colère contre Ptolémée.
Il réussit à le faire arrêter par un centurion de ses amis, à qui il persuada de lui demander simplement s'il était chrétien. Ptolémée en convint et fut mis en prison. Après une très-dure détention, il fut conduit devant Quinlus Lollius Urbicus, préfet de Rome. Nouvel interrogatoire, nouvel aveu. Ptolémée est condamné à mort. Un chrétien nommé Lucius, présent à l'auditoire, interpelle Urbicus: « Comment peux-tu condamner un homme qui n'est ni adultère, ni voleur, ni homicide, qui n'a d'autre crime que de s'avouer chrétien? Ton jugement est bien peu d'accord avec la piété de notre empereur et avec les sentiments du Philosophe, fils de César* ». Lucius s'étant avoué chrétien, Urbicus le condamna également à mort. « Merci, répondit Lucius; grâce à toi, je vais échanger des maîtres méchants pour un père, le roi du ciel. » Un troisième assistant fut saisi de la même fureur contagieuse de martyre. Il se proclama chré-
4. C'est-à-dire de Marc-Aurèle qui était associé à l'empire depuis 147. Il y a ici quelque difficulté. Voir ci-dessus, p. 368, la suscription de la première apologie. Nous croyons que TexclamatioQ de Lucius ne doit pas être prise trop à la lettre. Peut-être faut-il répéter cù^s avant Kataapoç irat^i.
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tien et fut joint pour le supplice aux deux précédents*.
Justin fut extrêmement ému de ce drame sanglant. Tant que Lollius Urbicus fut préfet de Rome, il ne put protester; mais> dès que cette fonction fut passée à un autre, Justin adressa au sénat une nouvelle apologie. Sa position à lui-même devenait difficile. 11 sentait le danger d'avoir pour ennemi un homme comme Crescent, qui, d'un mot, pouvait le perdre. C'est avec le pressentiment d'une mort prochaine qu'il rédigea cet éloquent plaidoyer contre la situation exceptionnelle faite aux chrétiens*.
Il y a quelque chose de hardi dans l'attitude que prend un philosophe' obscur devant le corps puissant que les provinciaux n'appelaient jamais autrement que hiéra synclélos^ « la sainte assemblée » . Justin rappelle ces orgueilleux au sentiment de la justice et de la vérité. L'éclat de leur prétendue dignité peut leur faire illusion; mais, qu'ils le veuillent ou ne le veuillent pas, ils sont les frères et les semblables de ceux qu'ils persécutent \ Cette persécution est la preuve de la vérité du christianisme. Les meilleurs parmi les païens