‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 331 sur 373 · Luc, XXII · texte numérisé non relu

Luc, XXII

des mutilations analogues \ Mais l'orthodoxie, . déjà régnante, empêchait ces fantaisies individuelles de compromettre sérieusement l'intégrité des textes déjà sacrés.

En réalité, au travers de tout ce chaos, l'ordre se faisait. De même que, au milieu des doctrines opposées, une orthodoxie se dessinait, de même, au milieu de la foule des Evangiles, quatre textes tendaient de plus en plus à devenir canoniques à l'exclusion des autres. Marc, pseudo-Matthiep, Luc et pseudo-Jean marchaient vers une consécration officielle*. L'Evan-

gile des Hébreux, qui les égala d'abord en valeur, mais dont les nazaréens et les ébionites faisaient un usage dangereux, commençait à être écarté. Les Évangiles de Pierre, des douze apôtres, parurent des variétés défectueuses et furent supprimés par les évêques\ Comment n'alla-t-on pas plus loin encore,

1 . Saint Hilaire, De trinitate, X, 9 et suiv.; saint JérÔHie, Adv, Pelag. jll, 0pp., IV, 2« part., coi. 521 , Mart.; saint Épiphane, loc. ait,

2. L'auteur des Homélies pseudo-clémentines paraît connaître les quatre Évangiles. Matthieu est sa base principale. II est vrai que, comme Justin et Tatien, il puise à d'autres sources, qu'il juge tout aussi canoniques. De Wette, Einl. in dus N. T,, §§ 67 c, 109 b. Voir aussi Hilgenfeld, KrU. Unters, ûber Evang, Juslin's, der clem. Hom, und Marcion's (Halle, 1850).

3. V. les Évangiles j^. 112. Notez Uépisode de l'Évangile de Pierre à Rhossus. Eusèbe, H. E.j YI,12. Cf. Credner, Gesch. des neuL Kan,^ p. 256.

[An 160] . L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 501

et ne fut-on pas tenté de réduire les quatre Évangiles à un seul, soit en en supprimant trois, soit en faisant une harmonie des quatre, à la façon du Dia-tessaron de Tatien, soit en dressant une sorte d'Évangile a priori comme Marcion ? On ne vit jamais mieux l'honnêteté de l'Église qu'en cette circonstance. De gaieté de cœur, elle se mit dans les plus terribles embarras. Il est impossible que quelques-unes des

contradictions des Evangiles n'aient pas dès lors crevé les yeux. Celse les relève déjà finement*. On aima mieux s'exposer pour l'avenir aux plus foudroyantes objections que de condamner des écrits tenus pour inspirés par tant de personnes. Chacun des quatre grands Évangiles avait sa clientèle, si l'on peut s'exprimer ainsi. Les arracher des mains de ceux qui les aimaient aurait été une impossibilité. C'eût été, en outre, condamner à l'oubli une foule de beaux traits où l'on reconnaissait Jésus, quoique l'agencement du récit fut divers. La tétractys^ l'emporta, sauf à imposer à la critique ecclésiastique la plus étrange des , tortures, celle de faire un texte concordant avec quatre textes discordants.

Page 1