V. ci-dessus, p. 347-348; Bleek, p. 321 et suiv
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per cet ordre d'imaginations, auxquelles s'associaient facilement des polémiques amères contre les juifs. C'est seulement au rv^ siècle que les épisodes, d'un caractère presque épique, que Ton supposait s'être passés dans le voyage de Jésus aux enfers furent mis par écrit *. Plus tard, ces légendes sur la vie souterraine de Jésus, se réunissant aux faux Actes de Pilale, formèrent le célèbre ouvrage appelé Évangile de Nicodème.
Cette basse littérature chrétienne, empreinte d'un esprit tout populaire, fut en général l'œuvre des sectes judaïsantes et gnostiques. Les disciples de saint Paul n'y prirent aucune part. Elle naquit, selon toutes les apparences, en Syrie. L'Egypte y esl>ussi mal connue que possible*. Les apocryphes d'origine égyptienne, par exemple V Histoire de Joseph le charpentier^^ sont plus récents. Quoique d'humble origine et entachés d'une ignorance vraiment sordide.
4 . Sur l'idée elle-même de la descente aux enfers, voyez l'Antéchrist, p. 58 et suiv. On parla] aussi d'une descente des apôtres (Hermas, sim. ix, 46) et de Jean-Baptiste (saint Hippolyte, De Antîchr^j 45; Évang. de Nicod., 2« par^, ch. ii, 3) aux enfers.
2. Les Pharaons sont censés régner quand Jésus vient en Egypte.
3. Dulaurier, liëvél. de saint Barth., p. 23; Revillout, Apocr. coptes, p. viii-x; Arch. des miss, scienlif,, 3" série, t. IV, p. 447 et suiv.
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les Evangiles apocryphes prirent bientôt Une importance de premier ordre. Ils plurent à la foule, offrirent de riches thèmes à la prédication, élargirent considérablement le cercle du personnel: évangélique. Sainte Anne, saint Joachim, la Véronique, saint Longin viennent de cette source un peu trouble. Les plus belles fêtes chrétiennes, TAssomption, la Présentation de la Vierge, n'ont aucun appui dans les Évangiles canoniques; ils en ont dans les apocryphes. La riche ciselure de légendes qui a fait de Noël le joyau de l'année chrétienne est taillée pour une très grande partie dans les apocryphes. La même Uttérature a créé l'Enfant Jésus. La dévotion à la Vierge y trouve presque tous ses arguments. L'importance de saint Joseph en provient tout entière. L'art chrétien, enfin, doit à ces compositions, très-faibles au point de vue littéraire, mais singulièrement naïves et plastiques, quelques-uns de ses plus beaux sujets. L'iconographie chrétienne, soit byzantine, soit latine, y a toutes ses racines*. L'école pérugine n'aurait eu aucun Sposalizio; l'école vénitienne, aucune Assomption, aucune Présentation; l'école byzantine, aucune Descente de Jésus dans les limbes, sans les apocry-
4 . Voir, par exemple, Le Blant, Inscr, chrét. de la Gaule, II, n° 5421 A; Bayet, Peint, et sculpt, chrét., p. 415.
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phes. La crèche de Jésus manquerait sans eux de ses plus jolis détails. Leur avantage, c'était leur infériorite même. Les Evangiles canoniques étaient une trop forte littérature pour le peuple. Des récits vulgaires, souvent bas, étaient mieux au niveau de la foule que le Sermon sur la montagne ou les discours du quatrième Evangile.
Aussi le succès de ces écrits frauduleux fut-il immense. Dès le iv^ siècle, les Pères grecs les plus instruits, Epiphane, Grégoire de Nysse, les adoptent sans r^erve. L'Eglise latine hésite, fait même des efforts pour les expulser des mains des fidèles*, mais n'y réussit pas. La Légende dorée y puise largement. Au moyen âge, les Evangiles apocryphes jouissent d'une vogue extraordinaire ; ils ont même un avantage sur les canoniques, c'est que, n'étant pas Ecriture sacrée, ils peuvent être traduits en langue vulgaire. Pendant que la Bible est en quelque sorte mise sous clef, les apocryphes sont dans toutes les mains. Les miniaturistes s'y attachent avec amour ; les rimeurs s'en emparent, les mystères les mettent en drame sur le parvis des églises. Le premier auteur moderne
i. Décret de Gélase de 494. Saint Jérôme en est l'ennemi acharné. Fulbert de Chartres et Vincent de Beau vais sont partagés entre les anathèmes des Pères et Tadmiration que ces écrits leur inspirent.
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d'une Vie de Jésus, Ludolphe le Chartreux, en fait ses principaux documents. Sans prétention théologique, ces Evangiles populaires avaient réussi à supprimer dans une certaine mesure les Évangiles canoniques; aussi le protestantisme leur déclara- t-il une vive guerre et s'attacha-t-il à montrer en eux des ouvrages du démon*.