‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 90 sur 373 · Dial. II, c · texte numérisé non relu

Dial. II, c

9. Origène, De princ, II, c. 11; In Matth., t. XVII, 35; Epiph., haer. lxvii, 36;. Saint Augustin, De civ. Dei, XX, 7, 9; Sermon cclix, 2; saint Jérôme, In Is., un, uv, lx; proœm. in 1. XVIII ; In Jer,, xxxi ; In Ezech., xxxvi, xxxviii ; In Zack., xiy; In MaltL, xlx; Epist. ad Hedib., quaest. 2; Jules Hilarion, dans Bibl. Pair, de Gallandi, t. VIII, p. 238; Philastre, c. 19; Marins Victorinus, dans Maï, ScripL veL, III, 2« part." p. 39. Pour répigraphie et la liturgie, voir Le Blant, Inscr, chréL de la Gaule, II, p. 81 et suiv.

[An 130] L'ÉGLISE CHilÉTIENNE. 137

une première résurrection pour les seuls justes ; que ceux qui seront alors sur la terre, bons et méchants, seront conservés en vie, les bons pour obéir aux justes ressuscites comme à leurs princes, les méchants pour leur être assujettis. Une Jérusalem, toute d'or, de cyprès et de cèdre, rebâtie par les nations, qui viendront, conduites par leurs rois, travailler à relever ses murailles, — un temple restauré et devenu le centre du monde, — des tas de victimes autour de l'autel, — les portes de la ville ouvertes nuit et jour pour recevoir les tributs des peuples, — les pèlerins arrivant à leur rang, selon qu'il leur sera permis de venir toutes les semaines, tous les mois ou tous les ans, — les saints, les patriarches et les prophètes passant mille ans, au milieu d'un sabbat perpétuel, dans un parfait contentement avec le Christ, qui leur rendra au centuple ce qu'ils ont quitté pour lui, — voilà le paradis essentiellement juif, que plusieurs rêvaient encore du temps de saint Jérôme et de saint Augustin. L'orthodoxie combattait ces idées ; cependant, elles étaient exprimées dans un si grand nombre de passages des Pères, que Ton n'en fit jamais une hérésie strictement qualifiée. Saint Épiphane, rigoureux inquisiteur, qui cherche tous les moyens d'enrichir son catalogue d'hérésies en faisant deux et trois sectes avec une seule, n'a pas de chapitre spé-

138 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 130]

cial pour les millénaires. Il lui eût fallu, pour être conséquent, chasser préalablement l'Apocalypse du Canon. Or, malgré les plus ingénieux efforts des Pères grecs, on n'y put jamais réussir.

Il y avait, du reste, des degrés dans le matérialisme de ces naïfs croyants. Les uns, comme saint Irénée, ne voyaient dans la première résurrection qu'un commencement d'incorruption, un moyen de s'accoutumer à la vue de Dieu, un âge durant lequel les saints jouiraient de la conversation, de la compagnie des anges, et s'exerceraient avec eux dans les choses spirituelles. D'autres rêvaient un grossier paradis de buveurs et de mangeurs. Ils prétendaient que les saints passeraient ce temps dans des festins tout charnels ; que, durant ce règne du Messie, il naîtrait des enfants * ; que les seigneurs de ce monde nouveau rouleraient sur l'or et les pierres précieuses, toutes les créatures obéissant sur un signe à leur moindre désir.

Les idées de l'infini, de l'immortalité de l*âme, étaient si absentes de ces rêves juifs % que mille ans semblaient devoir suffire aux plus exigeants. II eût

i. Jésus combattait déjà cette conception. Marc, xii, 25; Matlh., XXII, 30; Luc, xX, 35.

2. L'éternité absolue des êtres n'entre pas non plus dans l'idée des sectes hindoues [Journ, des Sav,, nov. 4878).

[An 130] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 13^

fallu être bien avide de vie pour ne pas être, au bout de ce temps, « rassasié de jours » ! A nos yeux, un paradis de mille ans serait peu de chose, puisque chaque année nous rapprocherait du terme où tout s'évanouirait. Les dernières années qui précéderaient le néant nous paraîtraient un enfer, et la perspective de l'an 999 suffirait pour empoisonner le bonheur des années qui auraient précédé. Mais il ne faut pas demander de logique aux solutions que l'homme imagine pour sortir de l'intolérable destinée qui lui est échue. Invinciblement porté à croire au juste, et jeté dans un monde qui est l'injustice même, ayant besoin de l'éternité pour ses revendications, et brusquement arrêté par le fossé de la mort, que voulez-vous qu'il fasse? Il s'accroche au cercueil, il rend la chair à Tos décharné, la vie au cerveau plein de pourriture, la lumière à l'œil éteint; il imagine des chimères dont il rirait chez un enfant, pour ne pas avouer que Dieu a pu se moquer de sa création jusqu'à lui imposer le fardeau du devoir sans compensation.

Page 1