Suétone, Néron
144 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 64J
La manie incendiaire étant contagieuse et souvent compliquée d'hallucination, il est très-dangereux de la réveiller dans les têtes faibles où elle dort. Un des traits du caractère de Néron était de ne pouvoir résister à l'idée fixe d'un crime. L'incendie de Troie, qu'il jouait depuis son enfance S l'obsédait d'une manière terrible ^ Une des pièces qu'il fît représenter dans une de ses fêtes était Vlncendium d'Afranius, où Ton voyait sur la scène un embrasement ^ Dans un de ses accès de fureur égoïste contre le sort, il s'écria : « Heureux Priam, qui a pu voir de ses yeux son empire et sa patrie périr à la fois * 1 » Dans une autre circonstance, entendant citer un vers grec du Bellérophon d'Euripide qui signifiait :
Moi mort, puissent la terre et le feu se confondre !
— « Oh non! dit-il, mais bien moi vivant M » La tradition selon laquelle Néron brûla Rome uniquement pour avoir la répétition de l'incendie de Troie ^ est
\. Ces jeux étaient fort à la mode. Dion Cass., XLVIH, 20; LIV, 26; Suét., JuL, 39; Aug., 43; Tib.,6; Caiiis, 18; Claude, 21 ; Néron, 7; Servius, ad Virg. ^n., V, 602. Cf. Perse, i, 4, 51.
2. Suétone, Néron, 7, 11, 22, 47; Tacite, Ann.,\N, 39; Dion Cassius, LXII, 16, 18, 29.
o. Suétone, Néron, 11.