Vers le bas de la rue Saint-Jean-de-Latran
4. Voir Saint Paul., p. 107, note 3. On peut se figurer l'ancienne Rome par le Corpo di Napoli. Les pauvres gens pass>*ient leur vie en plein air, et ne rentraient chez eux que pour coucher ^r chambrées de huit et dix persoKces.
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maisons impériales du Palatin, la maison « transitoire » elle-même, avec ses dépendances, tout le quartier environnant, furent abîmés ^ Néron évidemment ne tenait pas beaucoup à ce qu'on sauvât sa résidence. La sublime horreur du spectacle le transportait. On voulut plus tard que, monté sur une tour, il eût contemplé l'incendie, et que là, en habit de théâtre, une lyre à la main, il eut chanté, sur le rhythme touchant de l'élégie antique , la ruine d'Ilion \
i. Pour l'étendue de l'incendie, voir la discussion topngraphique de Noël des Vergers, art. Néton, dans la Nouvelle biogr, générale, t. XXXVII, col. 7â9-730.
2. Le récit de Tacite [Ann., XV, 39] exclut cette circonstance. Tacite parle, il est vrai, d'un bruit selon lequel Néron, pendant l'incendie, aurait chanté la ruine de Troie « sur son théâtre domestique » . Ce fait, s'il était exact, n'aurait pu se passer qu'à Antium ; ce qui serait bien gauche. Il est évident que Tacite rapporte ce bruit sans l'adopter. Les récits de Suétone et de Dion ne concordent pas dans les détails : l'un place la scène aux Esquilles, l'autre au Palatin. — L'anecdote vint sans doute du poëme intitulé Troica, que Néron composa et lut en public l'année suivante, et qui offrait un double sens, comme le poëme de Lucain intitulé Catacausmos Iliacus, composé vers le même temps. Dion Gassius, LXII, 29; Servius ad Virg., Georg,, III, 36; JEn., V, 370; Perse, i, 4 23; Stace, Silv.j, II, vu, 58-61; Juvéns i, viii, 221 ; Pétrone, p. 105 (édit. BUcheler). L'inconvenance de pareilles allusions frappa tout le monde, et fit dire que Néron « jouait de la lyre sur les ruines de la patrie ». (L'expression /jafno? ruinis est dans Tacite, Ann., XV, 42.) Cette phrase sera devenue une anecdote, et, comme la
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C'était là une légende, fruit du temps et des exagérations successives ; mais un point sur lequel l'opinion universelle se prononça tout d'abord, ce fut que l'incendie avait été ordonné par Néron, ou du moins ravivé par lui quand il allait s'éteindre ^ On crut reconnaître des personnes de sa maison l'allumant de divers côtés. En certains endroits, le feu fut
légende naît d'ordinaire d'un mot juste, d'un sentiment vrai, transformé en réalité au moyen de violences faites au temps et à l'espace, on aura rapporté le chant des Troica aux jours de la catastrophe. L'anecdote offrait une difficulté capitale à ceux qui, comme Tacite, savaient qu'au début de l'incendie Néron était à Antium; pour rendre leur récit moins inconsistant, ils supposèrent que Néron avait chanté son élégie « sur une scène domestique ». Ceux qui ne savaient pas que Néron se trouva pendant la plus grande partie de l'incendie à Antium transportèrent l'historiette à Rome, où chacun choisit pour la placer le point le plus théâtral. La prétendue Torre di Nerone qu'on montre aujourd'hui est du moyen âge.
\. Suétone (38), Dion Cassius (LXXII, 16) et Pline l'Ancien, liist. nat.j XVII, i (i), le disent positivement. Tacite [Ann., XV, 38) ne se prononce pas. Plus loin cependant (XV, 67), « l'incendie » est reproché à Néron comme un crime notoire. Dans ses derniers jours, Néron voulut encore brûler Rome. Suétone, Néroîi, 43. Certes, il faut faire dans de pareils bruits la part des bavardages populaires et delà malveillance. Ce qu'il y a de grave contre Néron, c'est qu'il est difficile d'admettre que la propagation d'un incendie aussi extraordinaire se soit faite sans qu'on y ait aidé, dans une ville comme Rome, bâtie en pierre pour la plus grande partie. L'inscription Orelli, n'* 736, prouve bien le caractère exceptionnel de l'incendie. Les incendies sous Titus et sous Commode, quoique très-considérables, restèrent bien au-dessous de celui-ci.
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mis, dit-on, par des hommes feignant l'ivresse. La conflagration avait eu Tair de naître simultanément sur plusieurs points à la fois. On raconta que, pendant l'incendie, on avait vu les soldats et les veilleurs chargés de l'éteindre l'attiser et empêcher les efforts qu'on faisait pour le circonscrire, tout cela avec un air de menace et à la façon de gens qui exécutent des ordres officiels ^ De grosses constructions de pierre, voisines de la demeure impériale, et dont Néron convoitait l'emplacement, furent renversées comme dans un siège. Lorsque le feu reprit, il commença par des bâtiments qui appartenaient à Tigellin. Ce qui confirma les soupçons, c'est qu'après l'incendie, Néron, sous prétexte de nettoyer les ruines à ses frais pour laisser la place libre aux propriétaires, se chargea d'enlever les démolitions, si bien qu'il ne fut permis à personne d'en approcher. Ce fut bien pis, quand on le vit tirer bon parti des ruines de la patrie, quand on vit le nouveau palais de Néron, cette « Maison d'or » qui était depuis longtemps le jouet de son imagination en délire, se relever sur l'emplacement de l'ancienne résidence provisoire, agrandi des espaces que l'in*
4. Peut-être étaient-ce des malfaiteurs, augmentant le désastre pour profiter du pillage.
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cendie avait déblayés ^ On pensa qu'il avait voulu préparer les terrains de ce nouveau palais, justifier la reconstruction qu'il projetait depuis longtemps, se procurer de l'argent en s'appropriant les débris de l'incendie, satisfaire enfin sa folle vanité, qui lui faisait désirer d'avoir Rome à rebâtir pour qu'elle datât de lui et qu'il piit lui donner son nom.
Tout porte à croire que ce n'était point là une calomnie. Le vrai, quand il s'agit de Néron, peut n'être guère vraisemblable. Qu'on ne dise pas qu'avec son pouvoir il avait des moyens plus simples que l'incendie pour se procurer les terrains qu'il désirait. Le pouvoir des empereurs, sans bornes en un sens, trouvait d'un autre côté bientôt sa limite dans les usages, les préjugés d'un peuple conservateur au plus haut degré de ses monuments religieux. Rome était pleine de sanctuaires, de lieux saints, dCareœ^ d'édifices qu'aucune loi d'expropriation n'aurait pu faire disparaître. César et plusieurs autres empereurs avaient vu leurs desseins d'utilité publique, surtout en ce qui concerne la rectification du cours du Tibre, traversés par cet obstacle. Pour exécuter ses plans insensés, Néron n'avait réellement qu'un moyen, l'incendie. La situation ressemblait à ce qu'elle est à