‹ L'AntechristChapitre 164 sur 397 · Apoc, II, 2, 9; III · texte numérisé non relu

Apoc, II, 2, 9; III

2. Le Canon de Muratori parle de la passio Petrij non de la passio Pauli. Ce document présente la profectio Pauli ab Urbe Spaniam proficiscentis comme le dernier acte de la vie de Paul et

I comme un fait corrélatif à la passio Pétri. Le passage de Clé-

il n*avait pas à ce moment autour de lui sa brillante couronne de disciples, les détails de sa mort seraient restés inconnus; plus tard, la légende y aurait suppléé, en tenant compte, d'une part, de la qualité de citoyen romain que les Actes lui donnent, de l'autre, du désir qu'avait la conscience chrétienne d'opérer un rapprochement entre lui et Pierre. Certes, une mort obscure pour le fougueux apôtre a quelque chose qui nous sourit. Nous aimerions à rêver Paul sceptique, naufragé, abandonné, trahi par les siens, seul, atteint du désenchantement de la vieillesse ; il nous plairait que les écailles lui fussent tombées une seconde fois des yeux, et notre incrédulité douce aurait sa petite revanche si le plus dogmatique des hommes était mort triste, désespéré (disons mieux, tranquille), sur quelque rivage ou quelque route de l'Espagne, en disant lui aussi : Ergo erravi ! Mais ce serait trop donner à la conjecture. Il est sûr que les deux apôtres étaient morts en 70; ils ne viren pas la ruine de Jérusalem, qui eût fait sur Pau une si profonde impression. Nous admettrons don comme probable, dans toute la suite de cette histoire, que les deux champions de l'idée chrétienne disparurent à Rome, pendant l'orage terrible de l'an 64.

ment Romain {Ad Cor. h S 5) s'accommoderait aussi à quelques égards d'une telle hypothèse.

(An 64] L'ANTECHRIST. 201

Jacques était mort, il y avait un peu plus de deux ans. Des « apôtres-colonnes » , il ne restait donc plus que Jean. D'autres amis de Jésus vivaient sans doute encore à Jérusalem, mais oubliés et comme perdus dans le sombre tourbillon où la Judée allait être plongée durant plusieurs années.

Nous montrerons dans le livre suivant de quelle manière l'Église consomma entre Pierre et Paul une réconciliation que la mort avait peut-être ébauchée. Le succès était à ce prix. En apparence inalliables, le judéo-christianisme de Pierre et l'hellénisme de Paul étaient également nécessaires au succès de l'œuvre future. Le judéo -christianisme représentait l'esprit conservateur, sans lequel il n'y a rien de solide ; l'hellénisme, la marche et le progrès, sans quoi rien n'existe véritablement. La vie est le résultat d'un conflit entre des forces contraires. On meurt aussi bien par l'absence de tout souffle révolutionnaire que par l'excès de la révolution.

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